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Laurent Chemla : « Megaupload n'a jamais défendu l'internet libre »

Quatre jours après la fermeture de site de téléchargement Megaupload, les Anonymous annonceraient de nouvelles représailles. Analyse des enjeux de cette affaire planétaire avec Laurent Chemla*, un des pionniers du web français.

Après l'annonce, jeudi 19 janvier, de la fermeture du site de téléchargement Megaupload par la justice américaine et l'arrestation de ses dirigeants pour « violations de droits d'auteur », « association de malfaiteurs en vue de commettre racket » et « blanchiment d'argent », les réactions se sont multipliées. Nicolas Sarkozy saluait le 20 janvier la fin de « profits criminels » du site internet, tandis que la commissaire européenne en charge des nouvelles technologies, Neelie Kroes, se disait préoccupée par les conséquences globales de l'action unilatérale des Etats-Unis. Laurent Chemla est informaticien, fondateur de Gandi Domaine, le premier « bureau d'enregistrement » de nom de domaine français, et auteur de Confessions d'un voleur (2002, Denoël). Il analyse les enjeux de cette affaire internationale, pour l'économie de la culture et la liberté du net.

Que représente Megaupload dans le paysage internet ?

Illustration - Laurent Chemla : « Megaupload n'a jamais défendu l'internet libre » - Photo : chezyann - CC by-nc Laurent Chemla : Megaupload est une hérésie d'un point de vue économique comme idéologique. Internet est à l'opposé du minitel, où une entreprise diffusait de l'information vers le public, avec une distinction entre celui qui a le droit de diffuser et celui qui ne peut que recevoir. Sur internet, tout le monde est autant auteur que consommateur. C'est le principe du « peer to peer ».

D'un point de vue économique, le « peer to peer » ne coûte pas de bande passante, car chacun émet quelques données depuis son ordinateur. Le peu que chacun émet permet à tout le monde de recevoir beaucoup.

Le principe de Megaupload, au contraire, est de centraliser le contenu sur un même lieu. Cela oblige à rajouter des gros tubes vers ce centre. Il faut construire de grosses autoroutes que l'opérateur doit rentabiliser en faisant payer indirectement à ses clients.

Une logique de création de monopole se développe, à l'opposé du principe d'internet. Tout ce qui est centralisateur sur internet n'existe que pour créer des business. Il n'y a aucune autre raison. D'ailleurs Megaupload n'a jamais été, à ma connaissance, un défenseur d'un internet libre et non marchand. Ils sont dans une démarche économique tout à fait capitaliste.

Des rumeurs difficilement vérifiables annoncent que les Anonymous menaceraient de fermer Twitter, Facebook, YouTube (option peu probable pour ces trois sites), les sites de l'ONU ou les réseaux de divertissement PlayStation NetWork et Xbox live si Megaupload n'est pas rétabli dans les 48 heures. Peuvent-ils le faire ? Qu'en pensez-vous ?

On peut toujours faire tomber un site, quel qu'il soit. C'est très facile avec quelques outils accessibles à n'importe qui. Je ne partage pas personnellement cette façon de faire. C'est pousser l'État à plus de volonté de contrôle. Mais la réaction des Anonymous n'est pas une défense de Megaupload. C'est une réponse à un acte disproportionné des États-Unis qui imposent au monde leur vision économique du marché.

Cette action tombe dans un moment assez particulier. Les États-Unis viennent de laisser tomber un projet de loi similaire à Hadopi en France, face au mécontentement des utilisateurs et des grands groupes économiques. Au même moment, le FBI, par une action purement juridique arrive, sans qu'il y ait besoin de quelque loi que ce soit, à fermer un site qu'il considère comme illégal.

Mais que cette décision a permis aux Etats-Unis d'impliquer les polices de dix pays pour arrêter et fermer le site, là on doit commencer à se poser des questions. C'est à ça que les Anonymous réagissent.

Comment envisager une juste rémunération de la création dans cette nouvelle économie dans le cadre du web ?

Cette question de la rémunération des auteurs est un non-sens économique. Toutes les études indépendantes ont toujours prouvé que le partage était favorable aux auteurs et aux artistes. Les gens qui partagent le plus sont ceux qui consomment le plus.

Le fait de calculer la notoriété [d'un contenu sur internet] en termes de manque à gagner est une pure illusion des majors qui utilisent cet argument pour pousser les politiques à faire des lois d'exception pour eux, mais ça n'a jamais été une réalité. Tous les comptes publiés par les majors montrent qu'au contraire leurs bénéfices ont tendance à augmenter, même si leurs chiffres d'affaires diminuent. On a en plus la démonstration avec Megaupload - qui a fait 175 millions de dollars de bénéfices - que les gens sont prêts à payer des justes sommes.

Les gens sont prêts à payer mais ils ne trouvent pas ce qu'ils cherchent. Ils veulent simplement trouver facilement le contenu trop souvent indisponible en téléchargement légal. Ce sont les sites pirates qui répondent en premier à cette demande. On ne me fera pas croire que quatre majors au monde ne sont pas capables de se mettre d'accord pour ne pas mettre l'ensemble des œuvre de leurs catalogues à disposition.

Au départ, on pouvait mettre cela sur le compte de la « bêtise » des majors qui ne comprenaient pas les nouvelles technologies et restaient arc-boutés sur un ancien modèle. Mais aujourd'hui, je n'y crois plus du tout. Une grande partie de leurs bénéfices venaient du pouvoir qu'ils avaient sur le réseau de distribution, de leur imposer des choix d'artistes ou de diffusion en disant par exemple « si vous voulez le dernier Mickaël Jackson, vous serez obligé d'éditer tel ou tel musicien ».

Ce pouvoir qu'ils avaient à l'ère de la musique physique, ils veulent le conserver dans le nouveau monde. Cela implique que tout ne soit pas disponible tout le temps pour tout le monde : il faut recréer un phénomène de rareté pour pouvoir imposer au public des choix, qui ne sont pas des choix artistiques mais le choix des majors. **

Message de la justice américaine sur le home page de Megaupload.com


  • Laurent Chemla est actionnaire minoritaire de Politis, un journal détenu à 65 % par l'association des lecteurs Pour Politis.
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