« Louise Wimmer » : Cosette d’aujourd’hui

Louise Wimmer, 50 ans, vit dans sa voiture. Un premier film de Cyril Mennegun.

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Louise (Corinne Masiero) dort dans sa voiture. Tous les soirs. Elle se gare dans des quartiers résidentiels. Elle se lave dans des cafés ou des stations-service. Elle prend ses repas seule. Elle va le matin à son travail de femme de ménage dans un hôtel, qu’elle fait sans zèle. Elle rend régulièrement visite aux services sociaux pour voir où en est sa demande d’appartement. Pour payer ses dettes, elle vend des biens entreposés chez un garde-meuble : montre, cuillers en argent, etc.

Louise n’a pas le profil ordinaire d’une Cosette. Blanche, la ­cinquantaine, elle appartenait à la classe moyenne qui s’en sort. Et puis elle a dégringolé. Son mari l’a trompée, elle est partie. Avec sa fille d’une vingtaine d’années, les relations sont froides. On ne saura pas pourquoi. Ce que le film met en avant, ce sont sa solitude, son courage, sa dignité mais aussi son incapacité à demander de l’aide.

Il y a du Rosetta dans la manière dont Cyril Mennegun, dont c’est le premier long-métrage de fiction, s’attache aux gestes du quotidien : le réveil qui sonne dans la voiture comme dans une chambre, le change en chaussettes devant le coffre ouvert, le sèche-mains ­utilisé en sèche-cheveux, le thermos qu’elle fait remplir au café… Mais sans l’effet de réel sidérant créé par les frères Dardenne.
Quitte à miser sur la dimension documentaire – comment une femme vit dans sa voiture pendant des mois –, pourquoi ne pas aller au bout de la description : comment s’est-elle retrouvée là, quelles démarches a-t-elle entreprises, pourquoi sa situation traîne-t-elle autant ? Cyril Mennegun mise plutôt sur le naturalisme à travers des scènes superflues (lavage des dents après siphonnage de réservoir), qui veulent à tout prix assurer la crédibilité du personnage. Mais alors, pourquoi passer par la fiction si ce n’est pour transcender une réalité ?

Louise Wimmer tente de dire quelque chose de l’humanité dont certains font preuve : la patronne du café, le vendeur du mont-de-piété, le copain du bar. Et de l’inhumanité des autres : l’ex-mari, la fille, le patron. On devine quelque chose des murs érigés dans et autour de Louise et de son combat exemplaire. Mais, sauf cette lumière qui irradie comme un message d’espoir, le film, malgré les louables intentions de son réalisateur, s’enlise et donne parfois la désagréable impression de s’adresser aux « bourgeois ». Et oui, en 2012, il y a des gens qui vivent comme ça. Ça peut être vous, moi. Pour qui est-ce encore une surprise ?


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