Leonard Cohen, l’élégance d’un vieux poète

Débarrassé des sons synthétiques, Leonard Cohen retrouve un écrin idéal pour dix nouvelles chansons.

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Leonard Cohen entre dans sa soixante-dix-huitième année sous les éloges unanimes qui accompagnent dans le monde entier la sortie de son nouvel album, Old Ideas . Malgré toutes les qualités de ce disque, on ne peut s’empêcher de penser que les commentaires dépassent l’objet lui-même.
L’âge avancé du poète et l’élégance avec laquelle il le porte n’y sont sans doute pas pour rien – ni le fait que l’on n’osait plus espérer de nouvelles chansons.

Au-delà de ce nouvel album, ce qui semble également célébré, c’est l’ensemble de la carrière de celui qui a su écrire des chansons qui nous ont touchés de manière aussi profonde et durable. Qui font partie de nous et nous accompagnent depuis si longtemps. Comme si ce disque était l’occasion d’exprimer une profonde gratitude. Sans doute les dernières tournées ont-elles pu rappeler ce fait si évident qu’on finit par l’oublier. Ces dernières tournées qui ont tout déclenché. À commencer par la possibilité de ce disque.

On connaît l’histoire : c’est un Cohen presque ruiné, à la suite des agissements de son ancienne manageuse, qui a dû se résoudre à reprendre la route en 2007 pour renflouer un compte en banque gravement amoindri. Trois ans de tournée ont suivi. Et lui qui avait, depuis longtemps, l’habitude de se faire si rare, a fini par y prendre goût. Il enregistra un disque dans la foulée. En l’espace d’un an, temps exceptionnellement court pour quelqu’un qui a souvent raconté combien l’écriture d’une chanson pouvait être un processus extrêmement long. Douloureux aussi. Autre élément primordial lié aussi à ces tournées : Leonard Cohen s’est remis à la guitare. On raconte qu’il n’y avait pas touché depuis si longtemps qu’il a dû commencer par poser des cordes neuves.

Guitare symbolique de l’ensemble de l’instrumentation de ce disque, dans laquelle on retrouve cordes, piano, orgue, cuivres, banjo. Et ce violon que sa mère mourante, à qui il rappelait les musiques de sa jeunesse, lui avait demandé de mettre dans ses futures chansons. L’instrument avait contribué à la couleur de Recent Songs . Moins présent ici, il n’en enlumine pas moins l’une des plus belles, le très long « Amen ».

Le premier bonheur de ce disque tient donc à l’absence des sons synthétiques, qui ont ­malheureusement encombré les albums de Cohen à partir de I’m Your Man . Ce qui donne une atmosphère plus proche des anciens disques que des derniers. C’est même celui qui s’en rapproche le plus depuis longtemps, même si on ne retrouve évidemment pas cette langueur désespérée, cette sombre volupté caractéristique des débuts. Sa voix actuelle ne le permettrait de toute manière pas. Elle est devenue, depuis des années, trop fatiguée et fragile.

Encore plus basse, presque un murmure parfois, mais, placée très en avant, elle est encore plus proche et émouvante. Elle n’est pas seule. Une autre constante des chansons de Leonard Cohen depuis toujours est la présence des chœurs féminins. Ils ont pu paraître envahissants. Ils sont ici d’une merveilleuse justesse et constituent le contrepoint parfait, et comme une protection rapprochée et bienveillante pour la voix de l’auteur.

L’autre bonheur tient bien sûr à la qualité des compositions. Au moins six grandes chansons qui s’ajoutent à tant d’autres. Les sujets sont souvent graves mais pas toujours traités gravement. Lors de sa récente conférence de presse parisienne, Leonard Cohen aurait eu cette formule : « J’aime évoquer la mort, mais en rythme. » Ce qu’illustre parfaitement un morceau comme « Darkness », l’un des meilleurs de l’album, l’un des plus swingants aussi. Malgré les « Je n’ai pas d’avenir/Je sais que mes jours sont comptés » et autres « Je n’ai plus de goût pour rien » .

En fin de compte, Cohen évoque moins la mort que son antichambre sans que l’on puisse dire pour autant que la vieillesse est au centre de l’inspiration. Simplement, à l’approche des 80 ans, le sujet peut difficilement être mis de côté. La plupart des chansons expriment surtout un éventail de sentiments liés à la relation amoureuse : dépendance, voire esclavage, haine, ressentiment, désir, tentation, conflit… Leonard Cohen chante toujours l’énergie de l’amour.


Old Ideas
Leonard Cohen, Sony.

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