Cultiver les simples en attendant la réhabilitation des herboristes

En attendant le rétablissement du diplôme et du métier d’herboriste, chacun peut s’offrir une petite pharmacie de jardin ou de balcon.

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Le premier jardin officiel et parisien de simples ou de plantes à la fois médicinales et aromatiques fut installé en 1626 sur les terrains qu’occupe aujourd’hui dans le 5° arrondissement le Muséum national d’histoire naturelle plus connu à Paris sous le nom de Jardin des Plantes . Un  hommage populaire inconscient au médecin Guy de la Brosse, qui inventa ce « Jardin Royal des Plantes médicinales ». Il se mit ainsi à dos les caciques de la médecine officielle de Louis XIII qui considéraient les herboristes comme des concurrents et des sorciers peu catholiques. Pourtant, en ce temps là, toutes les plantes considérées comme aromatiques étaient aussi utilisées comme remèdes, soit en décoction, soit en infusion soit en application sur la peau. Depuis des siècles, ces potagers de simples s’étaient multipliés dans les couvents, à mi-chemin entre l’infirmerie et la cuisine.

Les propriétés des plantes, occultées au XXème siècle, ont été peu à peu et récemment redécouvertes ; malgré les réticences persistantes, voire les condamnations, de la médecine officielle. Celle qui a obtenu par une ordonnance du 11 septembre 1941 la disparition des herboristes diplômés, un an après la création d’un Conseil national des pharmaciens par le Maréchal Pétain. Une décision qui fut confirmée le 5 mai 1945 par la naissance de l’Ordre des pharmaciens qui s’obstine depuis avec succès contre le rétablissement du métier d’herboriste et de son diplôme. Il s’agrippe à un monopole sur la vente, sous toutes les formes, de plus de 300 plantes, même si depuis un décret de 2008, n’importe qui peut vendre 150 simples comme la lavande, la bourrache, la camomille, le thym ou la menthe. Mais pas question d’en vanter les propriétés curatives car ce privilège reste réservé aux pharmaciens qui, dans la plupart des cas, n’y connaissent rien, faute de formation.

Pour avoir voulu affronter un monopole, Guy de la Brosse fit scandale. D’autant qu’il imagina, à partir de 1640,  de transformer son jardin un lieu d’enseignement. Gratuit et en français alors que la faculté professait encore en un latin qui n’était pas de cuisine même si le thym y occupait déjà une place de choix avec la sarriette. Aujourd’hui encore, fidèle à cette Histoire, l’Ecole de Botanique du Muséum est ouverte tous les jours gratuitement au public.

Sans prétendre égaler les talents des maitres-jardiniers du Muséum, mais sans encourir les foudres de l’Ordre des pharmaciens, il est possible (et encore temps en ce printemps) d’installer au jardin, si petit soit-il, un carré de simples. En commençant par les « larmes d’Hélène », la fille de Zeus, retrouvant la région de Sparte après de multiples aventures et versant des pleurs qui donnèrent naissance au thym alors réputé pour éloigner les serpents. Pline évoque la plante et ses vertus dans son Histoire Naturelle ., mêlant botanique et légendes. Il existe plus de 2000 espèces de thym qu’il m’est arrivé de trouver en Sibérie et en bordure du désert irakien. Le thym commun, Thymus vulgaris , facile à cultiver, se contente d’une terre pauvre en plein soleil ; à planter ou à semer à condition d’attendre un an pour les premières récoltes qui doivent se faire au début de la floraison pour s’assurer une bonne conservation. En Provence où il vaut mieux l’appeler farigoule pour être compris, il y pousse naturellement dans toutes les garrigues, tout comme le serpolet, Thymus serpyllum , qui s’adapte fort bien au jardin lui aussi. Les mêmes terres pauvres conviennent à une plante réhabilitée officiellement depuis 2003 : l’absinthe ( Artemisia absinthium ) qui, entre autres, facilite la digestion...

Les thyms cohabitent parfaitement avec leur cousine la sarriette, Satureja hortensis , une annuelle qui se sème dans le même type de terre et qu’il est possible d’utiliser trois ou quatre mois après le semis. Elle fait partie des « herbes de Provence » qui comprennent, outre le thym, le romarin, la marjolaine et l’origan. Le romarin, Rosmarinus officinalis voisine fort bien, si on lui donne un peu de place, avec la marjolaine, Origanum majorana , et son demi-frère l’origan : ils se conservent très bien dans de l’huile d’olive qu’ils parfument. Il est possible de les mettre en terre maintenant s’il ne gèle pas mais il vaut mieux attendre mai pour les semer. Le thym citron, Thymus citriodus , occupera le même espace sec et ensolleillé et, outre l’accompagnement du poulet, servira encore plus que les autres à préparer d’excellentes infusions contre les effets du rhume. Avec le laurier-sauce, Laurus nobilis , pas de précaution particulière… si l’on n’oublie pas qu’il peut monter à plusieurs mètres de hauteur : faute de cuisiner suffisamment, mieux vaut le tailler régulièrement. Son ombre sera propice au persil et au cerfeuil.

L’estragon, Artemisia dracunculus , qui nous est arrivé d’Asie centrale (où j’en ai trouvé avec des feuilles rouges) au Moyen-Age était présent dans le jardin de Guy de la Brosse pour guérir des morsures de serpents, d’araignées et de scorpions ; et toutes les formes d’indigestion. Si son nom latin fait allusion au dragon, c’est que les premiers naturalistes ont été impressionnés par sa racine souterraine qui, chaque printemps, lui permet de refaire les tiges que l’on cueille. Il a donc sa place à côte des autres. Toujours au soleil, la sauge officinale, Salvia officinalis , n’aura pas de mal à pousser et la cuisine n’utilise pas tout, il est possible d’en faire d’excellentes infusions. C’est à cet effet qu’elle était cueillie ou cultivée en Asie avant de s’acclimater aux pays méditerranéens puis aux climats plus frais. Outre ses propriétés culinaires, la sauge, dont le nom vient du latin salvare –guérir- est réputée guérir une quinzaine de maladie. Il est vrai que les tiges, en infusion, libèrent de la salicyline composé de base de l’aspirine que l’on trouve aussi dans l’écorce du saule blanc. Toutes ses propriétés expliquent sans doute le proverbe provençal aujourd’hui un peu oublié : « qui tient de la sauge en son jardin, n’a pas besoin de médecin » . Au moins, la rime est riche...

D’autres plantes vivaces ont leur place dans ce carré magique qui sent si bon tout l’été et attire les papillons: la menthe, la pimprenelle, Sanguisorba minor , la ciboule, Allium fistulosum , la ciboulette, Allium schoenoprasum , et le céleri branche. A côté de ces simples dont certaines ne disparaissent l’hiver que pour mieux renaître au printemps, il faut garder de la place pour semer en avril du fenouil, Foeniculum vulgare , de l’aneth, Anethum graveolens , du basilic, ocimum basilicum , et la coriandre, Coriandrum sativum . Un nom latin de plus mais ils permettent à l’acheteur de ne pas se laisser refiler n’importe quoi dans une jardinerie. La coriandre fut suffisamment vénérée pour avoir son jour dans le calendrier révolutionnaire de Fabre d’Eglantine –le 30 juin- ; elle aime le soleil et elle pousse très vite. Elle a donc naturellement sa place dans ce carré des simples qui fut probablement, il y a des millénaires, le premier jardin inventé par les homo sapiens.

Ne voulant pas être poursuivi pour exercice illégal de la médecine, je laisse le soin à chacun de trouver dans les livres les vertus, réelles ou supposées, des plantes qui peuvent soulager nos petits maux quotidiens mieux que les pilules chimiques. En préférant toujours le recours à la plante elle-même plutôt qu’aux gélules des laboratoires censées en contenir les principes actifs...


Pour en savoir (beaucoup) plus : association pour le renouveau de l’herboristerie : a.r.h@wanadoo.fr ou contact@arh-herboristerie.org

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