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« Mains brunes sur la ville » : l’extrême droite a détruit Orange et Bollène

Le documentaire « Mains brunes sur la ville » relate les conséquences désastreuses d’années de gestion par l’extrême droite de deux municipalités du Vaucluse. Edifiant.

A quoi ressemblerait la France si elle était gouvernée par l’extrême droite ? Sans doute à un grand format de la gestion pratiquée à Orange et Bollène, deux villes voisines du Vaucluse tombées dans les mains du couple Bompard. Dix-sept ans après l’élection de Monsieur à Orange, quatre ans après celle de Madame à Bollène, le journaliste Jean-Baptiste Malet et le réalisateur Bernard Richard ont été voir de plus près ce qui s’y passe. Dans un documentaire saisissant, « Mains brunes sur la ville » , réalisé à l’occasion des cantonales de mars 2011 (où le Front national a réalisé partout une poussée historique) et diffusé depuis le 21 mars dans quelques salles en France, ils racontent les intimidations politiques, la propagande, les coupes dans les budgets associatifs, la mise en place à peine voilée d’une politique de « préférence nationale », le rejet des enfants d’immigrés… Bref, un désastre économique, social et, finalement, humain, qui n’empêche pas Marie-Claude, et surtout Jacques Bompard d’être, chaque fois, réélu haut la main (et dès le premier tour avec plus de 60 % des voix pour ce dernier lors des municipales de 2001 et 2008).

Ces deux-là ont pourtant tout pour déplaire . Le maire d’Orange élu en 1995, et conseiller général du Vaucluse depuis 2002, est un ancien soutien de l’OAS et secrétaire national d’Occident, groupuscule fasciste dont il loue les « idées de bon sens » . Après avoir participé à la fondation du FN, celui-ci quittera le parti suite à l’ascension de la fille Le Pen et créera, en 2010, la Ligue du Sud, un mouvement lié au Bloc identitaire regroupant les plus activistes de l’extrême droite et proche des intégristes catholiques. Copie conforme, son épouse, conseillère générale depuis 2004, ex du FN et co-fondatrice de la Ligue du Sud, a pris la municipalité de Bollène en 2008, elle aussi à la faveur d’une triangulaire. On n’en saura pas beaucoup plus sur l’irrésistible ascension politique des Bompard. Si ce n’est qu’elle se fait sous l’œil mi méfiant mi complice de Thierry Mariani, actuel député du Nord Vaucluse, ministre des Transports, et l’un des leaders de la Droite populaire, qui – comble du comble ! – passerait presque pour un modéré en face des époux Bompard. Quant à la personnalité du couple, en guérilla permanente avec la presse, elle est peu abordée par les réalisateurs qui essuient de violentes fins de non-recevoir à toutes leurs demandes d’interviews…

Quelles sont les raisons profondes qui ont fait de cette terre d’accueil des pieds-noirs mais aussi d’une forte immigration de travail, une terre d’élection de l’extrême droite ? Entre le déclin agricole et industriel de la région, la peur de l’envahissement et les relents anti-arabes hérités de la guerre d’Algérie (et allègrement agités par les Bompard), le film peine à percer le « mystère » … Là où il se montre le plus percutant, c’est quand il part à la recherche de l’impact de cette politique sur la vie quotidienne (et sur les mentalités) des habitants d’Orange et Bollène. Une politique qui passe par l’achat d’ouvrages d’anciens collabos par la bibliothèque municipale, par l’effondrement des budgets sociaux et culturels au profit de la sécurité ou du « chouchoutage » des électeurs du 3ème âge (organisation à grands frais de thés dansants ou de fêtes médiévales…), par la privatisation des services publics, la fermeture des centres sociaux et le renforcement d’une police municipale « spécialiste de la gazeuse » . On reste pantois devant les images des quartiers pauvres de Bollène et Orange, sciemment laissés à l’abandon pour pousser les immigrés à quitter la ville, ou devant le désarroi de ces jeunes désormais interdits de stade…

Une « politique d’apartheid » ** qui ne fait que renforcer la défiance et les tensions à l’intérieur de la population, et donc, au fond, les fantasmes portés par l’extrême droite, analyse avec beaucoup de justesse Anne-Marie Hautant, vice-présidente (EELV) de la région Paca. Mais aussi, une politique de compression des dépenses qui plaît aux libéraux les plus orthodoxes.Si les baisses d’impôts sont en réalité loin d’être spectaculaires, la rénovation bien visible des centre-ville et la propagande locale, à grands coups de manipulations, de grossiers mensonges, et de bulletins municipaux publiant une BD pour enfants intitulée « Bollène, à l’heure des guerre de religions » , font leur effet auprès de la population. Et permettent de comprendre l’incompréhensible.

Bande-annonce : http://www.lamare.org/mainsbrunes


Photo : SYLVAIN THOMAS / AFP

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