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Retraités :  «  Une génération précaire »

Après la journée de manifestation des retraités, jeudi 11 octobre, le Président de l'Union nationale interprofessionnelle des retraités solidaires, Gérard Gourguechon, dénonce l'aggravation des conditions de vie.

Jeudi 11 octobre, à Paris et dans plusieurs grandes villes de France, les syndicats de retraités sont descendus dans la rue. L’occasion pour de rappeler qu’au cœur de la crise, la situation de cette génération semble plus que jamais s’aggraver. 

Quelle est votre plus grande inquiétude aujourd’hui concernant la situation des retraités ?

Gérard Gourguechon  : D’abord j’aimerais rappeler que le terme « retraités » est un peu réducteur. Les médias l’emploient de manière détournée pour mettre tout le monde « dans le même sac ». Cette génération, même si elle est de plus en plus précarisée, est particulièrement éclatée. De 60 ans à 90 ans, une personne n’affronte pas le même type de problèmes en fonction du profil de sa carrière, de sa catégorie sociale, etc.

Pour autant, ce qui est aujourd’hui le plus inquiétant et ce qui apparaît comme étant un problème commun à tous, c’est la question de la santé, avec un grand nombre de personnes âgées qui ne parviennent plus à se soigner correctement du fait d’une baisse considérable de leur pouvoir d’achat, lequel est complètement déconnecté du coût de la vie. C’est un problème considérable. On ne peut ignorer ces personnes dont le budget santé explose. De plus en plus, celles-ci renoncent à leurs mutuelles parce que les cotisations sont trop élevées. C’est à la collectivité de prendre en charge ces dépenses.

Au mois de mai, votre syndicat semblait se féliciter de la rencontre avec le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault à qui vous réclamiez une rupture en matière de politique pour les retraités. Quelques mois plus tard, vous affirmez votre déception…

Oui. Nous déplorons que ce gouvernement ne soit pas à la hauteur sur le plan social et notamment en matière de politique pour les retraités. Certes, il y a des changements en matière d’éducation, de justice, de police et nous nous en réjouissons. Il y a aussi des évolutions fiscales, mais elles se font au détriment des couches de la population les plus modestes. Somme toute, le gouvernement ne va pas chercher l’argent là où il est bien caché. Il n’y a ni annonces, ni nouvelles promesses pour les retraités.

Pourtant, il y a un retard considérable à rattraper en la matière. Cela fait longtemps que nous pointons du doigt un ensemble de contre-réformes sociales. Notamment, celle du gouvernement Fillon sur l’allongement de la durée de cotisation avec l’application d’une décote qui ne permet pas aux retraités de disposer d’une retraite pérenne. Est-ce un progrès social de voir des gens qui, arrivés à la retraite ne peuvent pas en profiter parce qu’ils sont considérablement « atteints » et fatigués de leur travail ? Est-ce acceptable de voir des personnes âgées de près de 70 ans qui doivent se remettre à travailler pour vivre décemment leur retraite ? Aujourd’hui, des personnes âgées vont faire les vendanges aux côtés de très jeunes étudiants.        

Que répondez-vous à l’argument avancé par le dernier rapport de la Cour des Comptes selon lequel vous seriez une génération de privilégiés ?  

Cet argument n’est pas recevable. Malheureusement, il a encore la vie dure car la ministre des Affaires Sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a tenu ce discours lors d’une réunion fin septembre. C’est un préjugé pour détourner l’attention. Comme d’habitude, en temps de crise , il faut trouver des bouc-émissaires comme le fait le Front National avec les immigrés. Oui, certains retraités ont une bonne situation, vivent décemment et peuvent même partir en vacances. Oui, notre génération a profité pendant des années d’une inflation importante et a pu par exemple acheter des biens immobiliers et devenir propriétaire, ce qui n’est pas le cas de la jeune génération. Mais la plupart des retraités rencontrent de grandes difficultés en matière de santé, de pouvoir d’achat, d’autonomie.   

Au final on oppose jeunes et vieux. Or, en temps de crise, les grands-parents aident leurs enfants ou petits enfants à faire face à certaines difficultés financières et vice versa, selon les situations. Il y a une solidarité intergénérationnelle indéniable et importante qui fait que cet argument ne tient pas.   

Vous soulignez le besoin de solidarité. Pourtant, aujourd’hui, votre syndicat s’insurge contre le gouvernement qui au nom de cette dernière a réclamé un nouveau prélèvement sur les pensions des retraités de 0,13 % en 2013 et 0,3% en 2014 * *visant à alimenter les fonds de la sécurité sociale.  

Effectivement, notre organisation et d’autres ne veulent pas de cette nouvelle taxe car elle s’applique uniquement aux retraités qui n’ont pas les moyens, pour la plupart, de mener une vie décente. Nous ne sommes pas contre le fait que les retraités prennent leur part aux nouveaux efforts fiscaux demandés. Mais on ne peut pas demander un effort supplémentaire à des personnes qui cumulent des problèmes physiques, moraux et affectifs liés aux maladies, à la perte d’autonomie, à la solitude et aux difficultés financières liées à leurs petites retraites. Nous condamnons ce genre de « mesurettes » qui ne va pas rapporter grand-chose à l’Etat, tout juste quelques centaines de millions d’euros.  

Nous préconisons un financement qui soit justement réparti sur toutes les générations. Surtout, nous voulons que soit mis en place une cotisation répartie sur les patrimoines et les revenus dont tout le monde s’acquitterait, pour financer l’allocation aux personnes âgées (APA) destinée à faire face à la perte d’autonomie des personnes âgées. Plus largement, nous réclamons la création d’un véritable service public pour gérer ces problèmes. Un seul régime serait capable de contrôler l’aide à la personne et d’intégrer les services sociaux et les associations qui se chargent de venir en aide aux personnes âgées. Cette réforme est cruciale mais ne devra pas faire oublier nos autres revendications telles que l’augmentation des pensions de retraite à indexer sur l’inflation et la création d’une cinquième branche de la sécurité sociale.


Photo : AFP / Anne-Christine Poujoulat

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