Vache folle : l’Union européenne abandonne les tests de dépistage

Dans la plus grande discrétion, la Commission européenne vient de mettre un terme aux tests de dépistage sur les animaux « sans signe clinique » apparent, alors que l’interdiction des farines animales a été partiellement levée. Malaise.

Erwan Manac'h  • 19 février 2013
Partager :
Vache folle : l’Union européenne abandonne les tests de dépistage
© Photo : AFP / JOEL ROBINE

Le chevauchement des calendriers est pour le moins fâcheux. Lundi 4 février 2013, dix jours avant la levée partielle de l’interdiction des farines animales et en pleine crise de la viande de cheval, la Commission européenne a adopté une décision importante, passée inaperçue.

En modifiant le règlement de surveillance de l’Encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), autrement appelée « vache folle », la Commission européenne lève l’obligation d’effectuer des tests de dépistage chez les animaux de plus de 72 mois « ne présentant pas de signe clinique de la maladie » [^2] .

Un cas positif sur 5 millions

Sous la pression des États membres, qui dénoncent les coûts importants des campagnes de dépistage, les directives européennes sur le contrôle de l’ESB ont été successivement assouplies, en 2008 et 2011. D’après une décision de juin 2011, 25 pays – dont le Royaume-Uni – sont ainsi autorisés à ne procéder qu’à des dépistages d’échantillons à compter du 1er janvier 2013.

Mais la Commission a souhaité aller plus loin en supprimant totalement les dépistages sur les bovins « sains ». Les contrôles sont désormais limités aux bêtes « à risques (animaux trouvés morts, animaux abattus d’urgence et cas cliniques suspects) », âgés de plus de 48 mois, indique la Commission.

Ce système est « largement conforme aux normes internationales » tente de rassurer le texte, paraphé par le commissaire européen chargé de la Santé et des Consommateurs, Tonio Borg. Ce dernier s’appuie sur un rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) affirmant que, même en l’absence de dépistage sur les bovins sains, le système garantit « avec un niveau de confiance de 95 % (…) une prévalence d’un cas [de vache folle] sur 5,4 millions de bovins adultes », contre 1 cas sur 7,2 millions avec le système actuel.

En France le nombre de cas d’ESB détectés est passé de 274 en 2001 à 3 en 2011. Il a chuté à 7 cas en 2011 au Royaume-Uni contre 37 000 cas recensés lors du pic de 1992[^3]. Près de vingt ans après la crise sanitaire dite de la « vache folle », le temps de l’émotion est passé. Et avec lui, celui du « principe de précaution ».

« Nous baissons la garde, car la psychose est retombée. Mais c’est une maladie que nous ne connaissons pas, s’inquiète Jean-Marc Desfilhes, assistant de José Bové au parlement européen, en découvrant le texte en question. Il n’y a pas eu de progrès scientifiques dans l’étude du prion [protéine de l’ESB] et de la façon dont il se diffuse. »

36 millions d’euros par an

Or, cet assouplissement des règles de dépistage était attendu de longue date par les professionnels de la filière bovine, largement impactée par le coût du programme mis en place en 2001 : 36 millions d’euros par an selon la Commission. La Confédération paysanne n’a ainsi « rien à redire » à cette nouvelle réglementation européenne. Le risque de voir réapparaître la vache folle est maîtrisé, estime l’organisation.

« Le prion est apparu à cause du laxisme de la réglementation du Royaume-Uni sur les farines animales, assure Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne *. L’utilisation des bêtes d’équarrissage* [cadavres d’animaux] et la baisse des températures et du temps de cuisson pour la fabrication des farines animales sont clairement identifiées comme les causes du phénomène. »

La priorité est donc selon lui de veiller à «l’étanchéité» des filières de distribution pour que la farine animale n’atterrisse pas dans les exploitations de viande bovine. « Ce n’est pas gagné, quand on voit que nous ne sommes pas capables de distinguer de la viande de bœuf et de la viande de cheval » , conclut pourtant le responsable syndical.

Une simultanéité «irresponsable»

En pleine crise de confiance sur l’industrie agroalimentaire, la Commission européenne a surtout déjà lâché du lest sur les farines animales. Elle annonçait, jeudi 14 février, la levée de l’interdiction des farines de porc et de volailles dans les élevages de poissons, à compter du 1er juin. L’utilisation des farines animales reste théoriquement sous étroit contrôle et catégoriquement interdite à la filière bovine.

Mais la crise actuelle et la simultanéité des deux annonces de la Commission génèrent beaucoup d’inquiétude : « Ils sont complètement cinglés, réagit José Bové mardi soir. Abandonner les tests et réintroduire les farines animales dans le même temps, c’est irresponsable. Nous savons que les farines animales font l’objet de trafics et sont difficiles à contrôler. »


Illustration - Vache folle : l’Union européenne abandonne les tests de dépistage

### À lire dans Politis cette semaine, notre dossier
_ «Contre la malbouffe, manger local»

-La riposte des circuits courts

-Viandes, fruits, légumes… Leur menu préféré, c’est la proximité !

-Tout le monde à poêle !

-Entretien avec Yuna Chiffoleau : «Les industriels négligent les produits locaux»

-Pourquoi les contrôles ont échoué


[^2]: Décision du 4 février 2013 modifiant une décision de (2009/719/CE) autorisant certains États membres à réviser leur programme se référant ( modifié en 2011 par la décision 2011/358/UE )

[^3]: Source Organisation mondiale de la santé animale

Écologie
Temps de lecture : 5 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Inondations : réparer ou prévenir ?
Parti pris 25 février 2026

Inondations : réparer ou prévenir ?

Alors que l’extrême droite impose ses thèmes dans le débat public, des inondations historiques frappent la France dans une indifférence inquiétante. Ces catastrophes, loin d’être de simples aléas, révèlent nos choix politiques, nos renoncements et l’urgence de changer de modèle.
Par Pierre Jacquemain
Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
Fiona Mille : « Les Jeux olympiques empêchent de penser d’autres possibles »
Entretien 18 février 2026 abonné·es

Fiona Mille : « Les Jeux olympiques empêchent de penser d’autres possibles »

La présidente de l’association Mountain Wilderness France bataille avec d’autres citoyens pour que les Jeux olympiques d’hiver 2030 n’aient pas lieu en France. Dans son livre Réinventons la montagne, elle imaginait trois scénarios pour les territoires montagneux, dont un qui anticipe la raréfaction de la neige et imagine un avenir écologique des stations de ski.
Par Vanina Delmas
« Tous les transports publics du quotidien devraient être gratuits »
La Midinale 13 février 2026

« Tous les transports publics du quotidien devraient être gratuits »

Patrick Le Moal, représentant de l’Union pour la gratuité et le développement des transports (UGDT), est l’invité de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien