Rififi à Science Po Paris, un système « opaque » et «élitiste»

Des étudiants de Science Po Paris se mobilisent pour la refonte du système de gouvernance « opaque » et anti démocratique de l’école.

Julie Droin  • 1 mars 2013
Partager :
Rififi à Science Po Paris, un système « opaque » et «élitiste»
© Photo : AFP / BERTRAND LANGLOIS

Dérives financières, système de bonus, coup de force politique, l’institution de la rue Saint-Guillaume s’enlise dans des scandales à répétition. La Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), qui gère l’école, a désigné vendredi 1er mars un nouveau directeur, Frédéric Mion, pour succéder à Richard Descoing, décédé en avril 2012.

S’il n’est pas question de défendre un candidat plus qu’un autre, les étudiants dénoncent la méthode. C’est donc dans un souci de transparence qu’ils se mobilisent depuis deux jours.

Pablo Livigni, étudiant en deuxième année à Science-Po fait le point. 

Quelles sont les revendications étudiantes ?

Tout d’abord, nous réclamons la démission de Jean-Claude Casanova, le président de la FNSP. En verrouillant la procédure, il est le premier responsable de ce système opaque. Il est d’ailleurs directement mis en cause dans l’affaire des fortes rémunérations des dirigeants. Ensuite, le conseil d’administration de la fondation, à 80 % co-opté, doit être remplacé par un conseil à parité entre les salariés, les enseignants et les étudiants.

Cette élection est une parodie de démocratie. Nous ne savons pas quels étaient les critères de sélection des candidats et leurs programmes n’ont pas été publiés. On demande donc au conseil de voter sans connaître à l’avance leurs projets. Les membres de la FNSP ne sont pas élus, mais ils décident de la politique financière de Science-Po, dont les droits d’inscriptions. Pour les étudiants, cette façon de faire n’est pas légitime.  

Comment s’organise le mouvement ?

Mercredi nous avons demandé la publication des programmes des candidats, mais le résultat n’a pas été satisfaisant. Aujourd’hui nous avons tenté de bloquer l’accès à la Maison de la chimie, où le conseil d’administration devait se réunir pour l’élection. Cinq personnes ont été retenues, mais ils restaient assez nombreux pour procéder au vote. Et la police, armée de boucliers, nous a empêchés de rentrer dans la salle.

La suite du mouvement se décidera donc le lundi de la rentrée (11 mars) pour la prochaine assemblée générale. Ce n’est pas le meilleur moment pour se mobiliser, car nous sommes tous en période d’examen. Ainsi à la rentrée, nous espérons que le mouvement va repartir de plus belle. Une lettre sera envoyée à la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, pour l’interpeller sur la supposée réforme des statuts de l’Institut d’études politiques (IEP).  

Qu’attendez-vous du nouveau directeur ?

Il devra intégrer les étudiants dans le processus de décision et les futurs projets, notamment en prenant en compte la politique d’aide sociale des syndicats étudiants. Enfin, le directeur devra répondre à une question : comment démocratiser l’institution qui est l’apanage à 75 % de catégories sociales supérieures ? Comment démocratiser cet IEP qui, pour l’instant, est condamné à être le réceptacle de la reproduction des élites ?

Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme
Racisme 16 avril 2026 abonné·es

Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme

Malgré le consensus biologique, l’extrême droite ravive le racisme des sciences biologiques du 19e siècle qui ont justifié esclavagisme et colonisation. Cette résurgence irrigue le débat public et donne au racisme l’apparat d’un discours académique pour mieux se légitimer.
Par Juliette Heinzlef
« Qu’est-ce qu’il dit l’orang-outan ? » : Frontières visé par une plainte pour ses commentaires racistes 
Exclusif 16 avril 2026

« Qu’est-ce qu’il dit l’orang-outan ? » : Frontières visé par une plainte pour ses commentaires racistes 

Visé par des dizaines de commentaires le comparant à un « singe » suite à une vidéo de Frontières sur Facebook, Bouna M. a porté plainte contre le site d’extrême droite pour provocation publique à la haine et contre les auteurs des injures.
Par Hugo Boursier
Comment la loi Yadan entend « légiférer la censure » des voix pro-palestiniennes  
Analyse 15 avril 2026 abonné·es

Comment la loi Yadan entend « légiférer la censure » des voix pro-palestiniennes  

La proposition de loi Yadan, débattue ce jeudi 16 avril, suscite de vives inquiétudes en raison de son caractère jugé liberticide et son contenu flou. Avocats, associations et artistes redoutent un recul de la liberté d’expression. 
Par Kamélia Ouaïssa
« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »
Entretien 15 avril 2026

« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »

La députée LFI Gabrielle Cathala, désignée cheffe de file contre la proposition de loi de Caroline Yadan, explique comment son groupe entend combattre le texte dans l’hémicycle.
Par Hugo Boursier