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Voyage photographique dans la « zone interdite » de Fukushima

Avec la série « clair obscur à Fukushima », deux photographes nous invitent à une virée nocturne et clandestine dans la zone de contamination qui entoure la centrale accidentée.

Deux ans après la catastrophe nucléaire, la « zone rouge » ne compte plus qu'une poignée de communes, dans un rayon de 20 km autour de Fukushima Daiichi. Officiellement interdits au public, ces territoires, aux pieds de la centrale mortifère, excitent un imaginaire apocalyptique. L'usine a emporté dans sa chute plus de 1 000 km2 de terres habitées. La région se vide et un épais brouillard la dérobe au regard du monde.

Aujourd'hui le portrait du site sinistré est subordonné aux caprices de Tepco. L'entreprise a récemment diffusé 2 145 clichés de la centrale en décomposition, mais elle refuse d'en dévoiler 849 autres « pour des raisons de sécurité ».

Poussés par la volonté « de faire découvrir ces paysages désolés et abandonnés sous un angle nouveau » , Carlos Ayesta, photographe d'architecture et Guillaume Bression, photographe et correspondant pour la presse française au Japon, nous invitent dans les limbes de Fukushima sans jamais s'échouer contre l'écueil du pathos. Loin des images convenues, ils ont saisi le «  clair obscur » de la zone interdite dans une série qui conjugue le reportage et la photographie artistique.

En janvier 2012, une grande partie de ces régions continuait de subir un débit de dose radioactive supérieur à 12,5 mR/h. Le gouvernement rétrécit progressivement l'étendue de la « zone interdite », alors que la limite française d'exposition au rayonnement est de 1mSv/an/personne (article R1333-8 du Code de la santé publique). Sept mois après l'accident, les interdictions s'assouplissent. En octobre 2012, six communes situées à moins de 30 km du cœur en fusion sont déjà rouvertes. Il a fallu moins de deux ans au gouvernement japonais pour autoriser la population à réinvestir ces terres nocives alors que Japan Atomic Energy fixe à plus de 50 ans le temps nécessaire pour retrouver un taux de radiation inférieur à la limite de sécurité (20mSv).

Maison touhée par le Tsunami de la ville d'Odaka à 15 km de la centrale nucléaire. Les travaux de démolition n'ont pas commencé du fait de la fermeture de la zone tinterdite contrairement au nord du pays. La barrière anti vagues et anti Tsunami de la ville d'Odaka qui a été complètement emportée par le tsunami. L'eau de mer est passée par dessus ce qui a crée des lacs salés artificiels.
Traces ambiguës d'un état d'urgence, les forces de l'ordre filtrent les entrées selon des critères obscurs. La demande d'autorisation de pénétrer dans la zone rouge a été refusée à Carlos Ayeda et Guillaume Bression. La santé des médias serait-elle plus fragile que celle des ouvriers condamnés à refroidir les réacteurs? Si les motivations de ces décrets restent aussi vagues que le visage de ce territoire, Clair obscur à Fukushima élargit clandestinement les sentiers battus par les autorités .

Les deux photographes profitent de la nuit pour s'immiscer dans les villes fantômes. Avec pour seule lumière celle du ciel et de leurs flashs, leur objectif cristallise un paysage où règne le calme torve d'après la tempête. Pour seules figures, des dépouilles urbaines arrachées au néant par la violence des flashs. Partout l'obscurité de la nuit signe un anéantissement aussi bien physique que moral.
Voiture abandonnée de Namie, partie de la ville évacuée un mois après l'accident située à 20 km de la centrale nucléaire de Fukushima. Cette zone est maintenant entièrement fermée pour de nombreuses années en raison des taux de radioactivité trop élevés pour  permettre une décontamination.
Tout en espérant « focaliser le regard sur les anomalies engendrées par cette double catastrophe (tsunami et accident nucléaire) et souligner le sentiment d’absence et de vide » , Carlos Ayesta et Guillaume Bression éclairent une réalité toujours aussi vive et menaçante.

Outre la transgression des barrages, c'est le chantage judiciaire qui dramatise cette aventure. Les « raisons de sécurité » dissimulent mal la censure gouvernementale. Une image est-elle plus dangereuse que d'élargir le seuil d'exposition à 250 mSv pour les travailleurs de la centrale? Le niveau de tolérance gouvernementale semble, lui, moins sévère avec le rayonnement radioactif qu'avec l'expression photographique.
Une voiture déposée par le tsunami sur les rails de la gare de Tomioka à 7 km de la centrale de Fukushima. La végétation commence à pousser sur les rails.


« C lair obscur à Fukushima », exposée à Paris dans le cadre du festival Circulations jusqu'au 31 mars.

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