Des ennuis judiciaires au programme

Tandis que les chaînes préparent leur prochaine saison documentaire, les conflits d’intérêts au sein de France Télévisions sont rattrapés par la justice.

Jean-Claude Renard  • 4 juillet 2013 abonné·es

Si le Sunny Side, à La Rochelle, qui s’est tenu entre le 25 et le 28 juin, est d’abord un marché du film documentaire, c’est aussi le moment choisi par les chaînes pour présenter leur rentrée. Ainsi, France Télévisions y a mis en avant plusieurs œuvres. À commencer par une curiosité, sur la chaîne 1re, partenaire privilégié de la filière audiovisuelle d’outre-mer : J’irai voir Pelé sans payer, de Gilles Elie-dit-Cosaque, rapportant un match de foot entre l’équipe brésilienne de São Paolo et une sélection de la Martinique, en 1971, qui avait donné lieu à des révoltes sociales.

Autre curiosité, sur France 2  : Au bonheur des riches, d’Antoine Roux, écrit par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. La même chaîne diffusera Apocalypse, la Première Guerre mondiale, d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle, sur le modèle d’ Apocalypse, consacré à la Seconde Guerre mondiale. Sur France 3, place à une radioscopie de l’Hexagone. Avec notamment les Nouvelles Fractures sociales, de Jean-Robert Viallet, autour des territoires partagés entre ceux qui sont à l’aise dans la mondialisation et les autres, laissés-pour-compte. Il est plutôt cocasse de dévoiler cette offre documentaire au moment où le juge Renaud Van Ruymbeke vient d’être désigné pour traiter des contrats de conseil signés entre 2005 et aujourd’hui au sein du groupe France Télévisions. Une affaire portée en justice en juin 2011 par le syndicat des cadres SNPCA-CGC «  pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel ». La plainte avait été classée sans suite, en décembre 2012, avant que le syndicat ne se porte partie civile. Pour la CGC, il s’agit de dénoncer « les manquements, la violation des diverses obligations, notamment celles pour les entreprises publiques de lancer des appels d’offres ». Une question de transparence et de bonne utilisation des deniers publics. Dans le viseur, Bastien Millot, à la tête de la société Bygmalion. Communiquant de Jean-François Copé (ex-dircab), ancien directeur de la communication, de l’innovation et de la stratégie de France Télé sous l’ère Carolis, avant de monter une agence spécialisée dans le conseil, et dont les affaires avec le groupe public ont grimpé jusqu’à 1,2 million d’euros après son départ, en 2008 (à titre d’exemple, 43 000 euros de facture pour une étude sur l’image de France Télévisions), en dehors de toute mise en concurrence et d’un appel d’offres. « Des contrats toujours reconduits par Rémy Pflimlin », précise Jean-Jacques Cordival, de la CGC.

Autre personnalité dans le viseur, Patrick de Carolis, ancien PDG de France Télé, heureux bénéficiaire de contrats de conseil avec la direction actuelle : 163 000 euros sur les quinze derniers mois, au profit de la société Patrick de Carolis Consulting et Participations. Tout en ayant un statut d’animateur-producteur sur France 3, à la tête de « Des racines et des ailes » et du « Grand Tour » (coût de grille pour ce magazine culturel estampillé documentaire : « 680 000 euros, contre 300 000 euros en moyenne », souligne Jean-Jacques Cordival). L’ancien PDG bénéficie aussi d’un « contrat de conseiller artistique, à 50 000 euros annuels, auprès d’Anaprod, sa propre maison de production ». Dans la boucle s’est ajoutée Patricia Boutinard-Rouelle, ex-directrice des programmes sur France Télé ayant créé sa société, Nilaya Productions, privilégiée par de nombreuses premières et secondes parties de soirée. « On est dans un système où la télévision publique est la vache à lait, dénonce Jean-Jacques Cordival. La plainte vise donc un système et le copinage à outrance. Le conflit d’intérêts, ça ferait un beau doc à diffuser en première partie de soirée. Ou une fiction, même si celle-ci est dépassée par la réalité.

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