L’idéologue et le musicien (À flux détendu)

On en découvre, des choses, en lisant le gros et foisonnant livre qui vient de paraître sur Claude Debussy.

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« Depuis que l’on a nettoyé Paris de tous ces métèques, soit en les fusillant, soit en les expulsant, c’est immédiatement devenu un endroit charmant. » On en découvre, des choses, en lisant le gros et foisonnant livre qui vient de paraître sur Claude Debussy (1862-1918), reprise des contributions d’un colloque international tenu en 2012 ( Regards sur Debussy, sous la direction de Myriam Chimènes et Alexandra Laederich, préface de Pierre Boulez, Fayard, 579 p., 30 euros). Cette aimable saillie est donc le fait du compositeur de Pelléas et Mélisande, dans sa correspondance, à la date du 3 août 1914, alors que son anti-germanisme atteignait des températures extrêmes. J’avoue que je ne connaissais pas cet aspect de la personnalité de Debussy. Certes, cette phrase est liée à un contexte où, par exemple, la propagande sur les prétendues atrocités commises par les Allemands faisait rage. Elle garde cependant toute son odieuse violence. Elle paraît aussi, un siècle plus tard, très décalée par rapport à l’élégance et à la subtilité de la musique debussyste. Les deux sujets n’ont pourtant rien à voir. Ou, plus exactement, les positions idéologiques et politiques du citoyen et le génie du musicien font partie du même homme, mais le lien intime entre ces deux dimensions, qui existe bel et bien, est difficile à mettre au jour. C’est vers la quarantaine, en 1903, que Debussy a commencé à afficher un nationalisme bon teint, s’hystérisant comme on l’a vu pendant la guerre – il signa ses dernières œuvres « Claude Debussy, musicien français », ce qui lui valut le surnom de « Claude de France ». Mais son nationalisme fut d’abord culturel. Il consista à préconiser l’exclusion de toutes les influences musicales non françaises. Pourtant, en 1908, il publia Children’s Corner, qui reprend, en la détournant, la structure rythmique du ragtime. Le musicien démentait l’idéologue.


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