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Municipales et Front de gauche : la voie de l’entente

Le désaccord entre le Parti de gauche et la direction du PCF sur les municipales, exposé dans notre dossier cette semaine, n'est pas formellement irréductible, explique Roger Martelli. Il expose dans cette tribune comment le surmonter.

Les prochaines élections municipales vont se dérouler dans un climat qui
risque d’être particulièrement délétère.
L’inflexion sociale-libérale du
socialisme de gouvernement ouvre un boulevard à une droite radicalisée et à
un Front national conquérant. L’issue positive ne pourra venir que d’une
gauche bien redynamisée à gauche. Mais comment y parvenir ? Parti
communiste et Parti de Gauche se distinguent à ce propos. Pour une part,
ces désaccords n’ont rien de surprenant : les deux protagonistes ne sont
pas confrontés tout-à-fait aux mêmes enjeux et leurs visions des
contraintes stratégiques ne sont pas entièrement superposables.

Le Parti de Gauche a une implantation territoriale faible , il a tout à
gagner et presque rien à perdre au printemps prochain. Par ailleurs, il
énonce volontiers la conviction que, pour attirer les déçus (nombreux) du
socialisme, il faut marquer la distance la plus vive avec un Parti
socialiste qui, à ses yeux, a définitivement rompu avec la tradition
historique du Parti d’Épinay (1971).

Le Parti communiste, lui, a conservé un patrimoine d’élus territoriaux non
négligeable :
il dirige entre 700 et 750 municipalités, compte un peu moins
de 7 000 élus locaux et, en Ile-de-France, administre près de 13 % de la
population régionale. Son problème est donc triple : arrêter l’érosion
constante qui l’affecte depuis 1983, conserver des municipalités dont la
plupart ont été acquises sur la base de configurations classiques d’union
de la gauche et, si possible, récupérer quelques-unes des positions perdues
lors des derniers scrutins municipaux (par exemple Aubervilliers). Par
ailleurs, les communistes ont fait à plusieurs reprises, depuis 1977,
l’expérience de stratégies de tension avec l’ancien allié et concurrent
socialiste. Ils ont voulu marquer la distance : à chaque fois, ils ont
échoué ; à chaque fois, ils ont enregistré un nouveau recul. En réalité,
aucune force qui vise à l’hégémonie à gauche ne peut, en France, contourner
l’exigence d’une gauche rassemblée.

Rassembler sur des contenus transformateurs clairs

En soi, les positions des deux principales formations du Front de gauche ne
sont pas formellement irréductibles.
Aucun des deux partenaires n’ignore,
ni l’exigence de l’indépendance politique du courant transformateur, ni la
nécessité d’une exigence rassembleuse à gauche. Il faut de la clarté
politique, mais éviter toute attitude d’exclusion ; il faut rassembler le
plus largement possible, mais sur des contenus transformateurs clairs.
Simplement, les uns mettent avant tout l’accent sur la nécessaire autonomie
à l’égard du PS, alors que les autres ne veulent surtout pas lui laisser le
drapeau de l’union.

Les différences entre les deux démarches peuvent-elles être surmontées ?
Dans l’état actuel du débat, la réponse devrait être positive. À condition
de suivre une cohérence maîtrisée.

1. Les élections municipales ont de plus en plus un double caractère. Elles
sont des élections politiques au sens fort du terme : les politiques
locales deviennent des enjeux stratégiques territoriaux majeurs et pas
seulement des questions de quotidienneté. En 2014, leur importance
nationale sera d’autant plus forte, que l’Acte III de la décentralisation
porte explicitement sur la redéfinition du cadre administratif territorial
de la France. L’élection du printemps prochain fonctionnera ainsi, en
partie, comme une sorte de référendum pour ou contre cette refonte
territoriale. Mais, en même temps, ce sont des élections spécifiques, tant
du point de vue des problèmes concrets rencontrés que des configurations
politiques particulières à chaque commune

2. En fait, la dialectique du national et du local se module notamment
selon l’importance de la commune.
Dans l’évolution urbaine actuelle, le
fait métropolitain devient une dimension structurante du devenir
économique, social et politique du territoire français. Les grandes
agglomérations françaises sont ainsi le cadre par excellence où
s’expérimentent les choix politiques nationaux. C’est dire que s’y jouera
l’an prochain l’évolution générale du rapport des forces national. Manquer
cette échéance, ou la jouer de façon biaisée, risque de peser lourdement
sur la mobilisation d’ensemble de la gauche française.

3. Dans les grandes villes, il est impératif que la position politique
choisie soit parfaitement cohérente avec celle que l’on adopte sur le plan
national.
À l’échelle de la nation, les choix opérées par le Parti
socialiste rend impossible (et au demeurant inefficace) une union
électorale de toute la gauche. À cette échelle, le plus important est de
permettre aux électeurs de dire, au premier tour, quelle est la logique
politique la plus efficace pour battre la droite et relancer la donne. Dans
les villes importantes, cela suppose de rassembler des forces convaincues,
dès aujourd’hui, qu’un changement de cap à gauche est la seule manière de
conjurer les évolutions négatives de notre société.

Les responsables communistes avancent parfois l’idée que l’alliance avec le
PS dans certaines grandes villes est une condition pour justifier le
rassemblement le plus large dans les communes où le Front de gauche est en
position sortante. Ce raisonnement ne me paraît pas recevable pour trois
raisons :

  • L’enjeu, on l’a dit, est avant tout national dans ce type de territoire,
    qui est par définition un laboratoire du pire et du meilleur.

  • Échanger des villes de périphéries contre des villes-centres, c’est
    échanger quantitativement une alouette contre un cheval. Échange
    numériquement inégal, et donc marché de dupes…

  • En tout état de cause, si les socialistes ne sont pas partout en état de
    continuer la stratégie de grignotage du « gâteau » communiste, qu’ils ont
    entreprise après 1983, ils la poursuivront en grand par la réforme
    territoriale. La stratégie de la droite repose sur un développement
    métropolitain centré sur des pôles de compétitivité reliés entre eux (le
    Grand Paris et son anneau de communications) ; celle du PS cherche à
    ordonner ce développement autour d’un centre renforcé par l’intégration de
    la petite couronne. Le PS cherchera donc, après mars 2014, à prolonger la
    démarche d’absorption de la périphérie immédiate, et donc à diluer ce qui
    constitua la « banlieue rouge ». Le fera-t-il, à ce moment-là, en se
    prévalant du soutien électoral direct qu’il aura obtenu, en mars prochain,
    de telle ou telle composante de la gauche ?

4. Dans les grandes villes et les villes moyennes, difficile d’éviter au
départ des listes construites dans l’esprit du Front de gauche actuel :

pour un vrai rassemblement contre la droite, la gauche ne peut se
rassembler efficacement que si elle est bien à gauche. Mais, pour ne pas
laisser aux socialistes le drapeau du rassemblement, il convient de tout
faire, en usant des configurations politiques locales, pour attirer dans
cette construction des forces et des individus qui n’appartiennent pas au
Front de gauche. L’ouverture vers ces forces, notamment socialistes et
écologistes, ne doit pas toutefois apparaître comme un ralliement au Front
de gauche, mais comme une construction à gauche commune, à égalité de
responsabilité, quelle que soit l’attitude des uns et des autres dans la
période précédente. Inutile alors d’énoncer au départ des exigences (par
exemple la condamnation explicite des choix gouvernementaux) qui freinerait
les convergences possibles. Ce qui compte est que la base locale du
rassemblement soit construite dans une logique affirmée de d’égalité et de
droits, et pas dans une logique calquée sur les modèles européens
d’austérité et de pseudo-compétitivité.

5. Enfin, dans les villes où le Front de gauche est de fait en position
d’hégémonie
, si la totalité de la gauche accepte de se rassembler autour
d’un projet local de développement humain, soutenable et démocratique,
pourquoi bouder ce rassemblement ? Au fond, il serait tout simplement la
vitrine de ce que pourrait être une gauche rassemblée sur un autre projet
que celui qui domine aujourd’hui l’espace national et continental.

Sur ces bases, le Front de gauche peut aller rassemblé à la bataille des
municipales. Rien n’est plus décisif que d’y parvenir au plus vite.

Lire > Front de gauche : pourquoi ça coince
Lire > Union ou autonomie


Historien du communisme, Roger Martelli est un ancien dirigeant du PCF. Auteur d'une quinzaine d'ouvrages, il codirige Regards avec Clémentine Autain.

Photo: Michel Soudais

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