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Barbie ouvrière, à l'image des travailleurs chinois

A l'approche de Noël, les ONG dénoncent les conditions de travail des ouvriers chinois de l’industrie du jouet. Une Barbie ouvrière peut travailler jusqu’à 13h par jour, 7 jours sur 7, pour un salaire de misère...

«Mesdames, messieurs, vous connaissiez Barbie sirène,* Barbie princesse. Mais voici pour vous, aujourd’hui, en exclusivité mondiale, une Barbie indémodable : Barbie ouvrière !» Sur les grands boulevards à Paris, le comédien fait son boniment, à deux pas d’un magasin Jouet Club.

Cette action de rue de l’association Peuples Solidaires attire l’œil, les passants s’arrêtent, intrigués. Le comédien soulève le voile pailleté qui recouvre la grande boite à ses côtés et fait apparaître une Barbie à taille humaine, en uniforme bleu nuit, un scotch cachant son éternel sourire de poupée. Son emballage promet une «rentabilité maximum» grâce à ses «13h de travail par jour » et son «salaire de misère» .

«Indémodable !» proclame le comédien ! Et ce, grâce à ses conditions de travail, inchangées depuis des années. «Et oui mesdames et messieurs, en Chine, ce sont plusieurs milliers de poupées qui travaillent à la rentabilité maximum de l’entreprise Mattel !»

Noël approche, les Barbies s'amassent dans les vitrines et les emballages cadeaux. L’occasion pour l’association Peuples Solidaires d’alerter, une fois de plus, sur les conditions de travail des ouvriers dans les usines chinoises qui fournissent à l'entreprise Mattel ses cartons de poupées.

De sous-traitants en sous-traitants, une chaîne de production à rallonge

Près de 80% des jouets commercialisés dans le monde viennent de Chine. Les multinationales qui dominent le marché ont depuis longtemps délocalisé l’essentiel de la production en Asie. Selon Peuples Solidaires, pour 50 000 employés dans la recherche et le marketing des jouets en Europe, il y aurait 4 millions d’ouvriers chinois, salariés dans des usines de confection et d’assemblage, sous-traitant pour les multinationales.

Illustration - Barbie ouvrière, à l'image des travailleurs chinois - Ouvrières chinoises dans une usine de jouets de la province du Guangdong, sud de la Chine
(Wang kai shsh / Imaginechina)

Mattel, l’entreprise de Barbie, avec ses 6,42 milliards de chiffre d’affaire et près de 777 millions de dollars de bénéfice, ne fait pas exception. Sa production de jouets vient pour moitié de neuf usines gérées directement par la multinationale, et pour moitié d’un parc de fournisseur composé de 70 usines, principalement en Chine.

Lors des six mois précédant Noël, ces sous-traitants, croulant sous les commandes, peuvent eux-mêmes sous-traiter à d’autres entreprises. Cela donne une gigantesque chaîne de production, où le contrôle des droits des travailleurs ne s’exerce pas, selon China Labour Watch.

Cette ONG chinoise, en partenariat avec Peuples Solidaires, enquête depuis des années sur les conditions de travail des ouvriers dans le sud de la Chine. «L’usine du monde» n’est connue ni pour ses droits sociaux, ni pour sa transparence, et les enquêteurs du China Labour Watch se font donc engager incognito afin de transmettre, de l’intérieur, les conditions de vie des ouvriers.

L'éthique, loin de la communication

Dans son dernier rapport sur l’industrie du jouet Mattel , publié en octobre dernier, le China Labour Watch note qu’il n’y a eu aucune véritable évolution des conditions de travail, et ce malgré des années de campagnes militantes, et une multinationale qui se veut « exemplaire » sur le sujet.

La communication de l’entreprise Mattel repose ainsi sur une forte revendication de responsabilité sociale. En 1997, la multinationale était l’une des premières à rédiger un code de conduite pour ses fournisseurs, établissant des principes de fabrication, dont le respect des droits sociaux locaux. En 2009, Mattel a rejoint le système de certification de la Fédération internationale du jouet, qui prend en charge audits et contrôle des conditions de travail et de fabrication. Mattel, une entreprise responsable et soucieuse des droits sociaux ?

« Certainement pas ! » répond Kevin Slaten, coordinateur de projet pour China Labour Watch. Dans son dernier rapport, l’ONG décrit les conditions de travail dans six usines de fournisseurs de Mattel.

Salaires de misère et contrats blancs

Pour un salaire de 1600 yuans par mois (environ 190 euros), les ouvriers cumulent les heures, et sont, pour certains, exposés à des composants chimiques dangereux sans réelle protection.

Dans l’usine où M. Zhang, enquêteur du China Labour Watch, s’est fait engager, on fournit aux nouveaux arrivants des contrats en blanc, qui peuvent être modifiés par la direction une fois signés.

Jusqu’à 13h de travail par jour et 7 jours sur 7 dans la période précédent Noël, un travailleur peut faire jusqu’à 110 heures supplémentaires par mois, loin du plafond légal chinois de 36h. Et l’usine «oublie» souvent de comptabiliser ces heures supplémentaires comme telles, selon le China Labour Watch. Tout comme elle «oublie» de payer les cotisations sociales et les retraites, pourtant obligatoires selon la loi chinoise. En un an, les sous-traitants chinois de Mattel économiseraient ainsi 6 à 8 millions d’euros en heures supplémentaires et cotisations sociales non-payées. Et ce chiffre ne concerne que six des fournisseurs chinois de Mattel.

Illustration - Barbie ouvrière, à l'image des travailleurs chinois

En Chine, où la liberté syndicale est un principe bien flou , le seul recours des employés est le syndicat officiel, présent dans chaque usine mais inefficace, selon M. Zhang. «Ce sont des coquilles vides, personne ne sait à quoi ils occupent leur journée mais il est certains qu’ils ne se mettront jamais en difficulté avec la direction, explique l’enquêteur, Personne ne va les voir, car de l’avis général, ça ne mènerait à rien.»

«L'entreprise Mattel a un pouvoir de pression considérable, qu'elle n'utilise pas»

Nike, Foxconn, Samsung , les scandales sur les conditions de travail des ouvriers chinois ne manquent pas. «La situation dans l’industrie électronique en Chine est désastreuse, mais les scandales qui se sont multipliés ont fait bouger les choses. Ce n’est jamais assez, mais il y a des évolutions, note Kevin Slaten, Tandis que dans l’industrie du jouet, chez les fournisseurs d’entreprises comme Mattel qui revendiquent une certaine éthique, rien n’a vraiment changé depuis dix ans.»

Pourtant, selon Fanny Gallois, responsable de campagne chez Peuples Solidaires, Mattel est parfaitement au courant de ces violations et pourrait changer les choses. «Les usines chinoises du jouet ont souvent un seul commanditaire, Mattel. Cela donne à l’entreprise un pouvoir de pression considérable, qu'elle n'utilise pas» , estime-t-elle.

Par ailleurs, les exigences de Mattel seraient pour beaucoup dans les cadences imposées et la limitation des salaires. «C’est Mattel qui décide des délais, et du prix maximum de la production des fournisseurs, explique Fanny Gallois, Ceux-ci, ne pouvant jouer sur le prix du terrain ou celui des matières premières économisent donc sur les dépenses salariales.»

Une campagne de plus

Chaque minute, 152 Barbies sont vendues dans le monde. Pour une poupée vendue 15 euros au détail, un ouvrier chinois touche 0,12 euros, soit 0,8% du prix final, selon le China Labour Watch. La vente, le transport, le marketing et la rémunération des actionnaires en représentent à eux seuls 12 euros.

Malgré de multiples campagnes, le China Labour Watch et Peuples Solidaires n’ont jamais reçu de véritable réponse de Mattel. Mais l’ONG chinoise continue d’envoyer ses rapport à l’enseigne de Barbie et des appels citoyens, comme la pétition diffusée cet hiver, sont régulièrement lancés.

En 2011, une vaste communication de Greenpeace dénonçant l’implication de Mattel dans la déforestation en Indonésie avait fait mouche. «S’ils ont changé sur ce point, ils peuvent agir sur d’autres» , estime Kevin Slayten.


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