A Calais, la ronde sans fin des expulsions

Un mois après le démantèlement de trois campements de migrants à Calais, la police a procédé, ce mercredi, à une nouvelle expulsion dont la violence et l'inefficacité sont dénoncées par les associations.

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Depuis les dernières expulsions du mois de mai , environ 500 migrants avaient trouvé refuge dans un centre de distribution de repas dans la zone portuaire de Calais. Quelques tentes, des toilettes chimiques en nombre insuffisant, un lieu de vie aussi précaire que les trois camps démantelés par la police le 28 mai dernier, où cohabitent Erythréens, Syriens, Afghans et d’autres, en attente d’un dangereux passage vers la Grande-Bretagne. Sur décision du tribunal de Lille, ce campement de fortune a été évacué par les forces de l’ordre, ce mercredi.

«On savait qu’une expulsion aurait lieu, mais on n’avait pas anticipé une telle violence» , souligne Jean-François Corty, responsable des missions France de Médecins du Monde.

Des arrestations, loin des témoins

La police est arrivée peu après 6h du matin devant le centre où des bénévoles distribuaient chaque jour des repas aux sans-papiers. D’après les témoins, les forces de l'ordre ont bloqué les sorties et utilisé des gaz lacrymogènes pour empêcher les gens de s’enfuir, avant de séparer les migrants des bénévoles et des journalistes. Selon Jean-François Corty, certains membres de son équipe ont reçu des coups de matraques. Des militants associatifs ont également été interpellés.

«Les policiers ont d’emblée fait le tri entre les migrants et les Français, bénévoles et journalistes. Ils ont évacué ces derniers avant de procéder aux interpellations des sans-papiers, sans témoins» , explique Jean-François Corty. Pour le responsable humanitaire, une telle démarche d’opacité est inqualifiable.

Dans le même temps, la police procédait à l’évacuation de trois squats dans différents lieux de la ville. Au total, 610 migrants ont été évacués, dont 121 mineurs, transportés vers des centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) ou des Centres de rétention administrative (CRA), selon leur statut. Ils y attendront de connaître leur sort.

Illustration - A Calais, la ronde sans fin des expulsions - Les migrants, expulsés de leur campement le 2 juillet à Calais, sont acheminés vers des centres d'accueil ou de rétention. (DENIS CHARLET / AFP)

D’ici quelques semaines, nombre d’entre eux seront relâchés. «Ils reprendront alors le chemin de Calais, dans l’espoir de trouver un moyen de passer en Grande-Bretagne» , anticipe Jean-François Corty. A Médecins du Monde, on se prépare à pallier à une situation d’urgence sanitaire. «Avant ce matin, on se trouvait déjà dans une situation difficile. Quand ces migrants reviendront, ils se retrouveront à vivre dans des conditions toujours plus malsaines. A chaque expulsion, c’est pareil» , constate le responsable humanitaire.

L’insalubrité du campement avait été un argument du Tribunal administratif de Lille pour autoriser son démantèlement. Mais pour Jean-François Corty, ce sont les expulsions elles-mêmes qui entraînent cette situation : «Tout a été fait pour que les conditions sanitaires se détériorent et entraînent cette décision de justice.»

«Une fois de plus, la France a choisi de déplacer le problème.»

Cette énième expulsion est un aveu d’échec des politiques publiques, selon le responsable humanitaire. «Au lieu de gérer ces arrivées de migrants, de les mettre à l’abri et de réfléchir en commun à une solution, on leur envoie la police et on les enfonce dans une situation toujours plus précaire.»

Lire > Migrants de Calais : « La situation pourrait devenir humanitaire »

Un cercle vicieux dénoncé également par les élus Europe Écologie-Les Verts du Nord-Pas-de-Calais. «A l’urgence humanitaire, l’État répond par une expulsion, critiquent-ils dans un communiqué, Une fois de plus, la France a choisi de déplacer le problème au lieu de proposer une prise en charge digne et humaine des réfugiés.»

A la fin du mois de mai, plusieurs organisations dont Médecins du Monde avaient alerté le gouvernement de l'urgence sanitaire à Calais. Dans une lettre ouverte au Premier ministre, elles soulignaient les effets pervers des expulsions répétées. Mais cet appel est resté sans réponse.

Réprimer plutôt que soutenir, agir au lieu de réfléchir, «Calais est la vitrine d’une politique "virile" de gestion des flux migratoires, dont ce gouvernement use comme les précédents» , regrette Jean-François Corty. Résultat, les migrants tournent de campement en expulsion, et la France s’enfonce dans ses contradictions. «On en arrive à une situation absurde où on use chez nous de pratiques - comme la mise à l’écart des témoins associatifs et journalistes - que l’on dénonce à l’international !, s’indigne-t-il, Aujourd’hui, Calais est une zone de non-droit.»


Photo : Calais, le 2 juillet 2014, DENIS CHARLET / AFP

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