Gérard Filoche : « Valls va perdre ! »

Devenu l'homme à abattre pour la droite du PS, Gérard Filoche est plus déterminé que jamais à s'opposer à la ligne Valls.

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Politis : Comment analysez-vous la « surréaction » provoquée par votre tweet maladroit à propos du décès du patron de Total ?
Gérard Filoche : Cette affaire de tweet a pris de l’importance parce qu’elle n’est autre que le coup d’envoi du Congrès du PS [dont nul ne sait quand il aura lieu, NDLR]. Manuel Valls a utilisé ce tweet – je m’en suis expliqué sur mon blog –, pour régler ses comptes avec la gauche du PS. Ces derniers jours, il a d’ailleurs également pris pour cible Benoît Hamon et le nom même du Parti socialiste qu’il dit vouloir changer [dans un entretien à L’Obs , NDLR]. Concernant l’affaire du tweet, je souligne au passage que le Premier ministre a rebondi sur une interpellation de l’UMP Eric Ciotti, dans un jeu de rôle très certainement préparé en amont ! Dans quelle dictature sommes-nous quand un Premier ministre se mêle des affaires internes à son parti devant le Parlement ?

Cette affaire ne traduit-elle pas, au fond, la fébrilité du pouvoir ?
C’est, en effet, un début de panique. Valls et sa bande, Jean-Marie Le Guen ou Patrick Menucci veulent nous virer du parti et prennent n’importe quel prétexte pour y parvenir. Je rappelle que Menucci n’a jamais réclamé la démission de Guérini, pourtant impliqué dans de graves affaires à Marseille. Quant à Le Guen, il faisait partie, avec Valls et Cambadélis, de la bande de la Mnef ! Et ces gens se permettent maintenant de réclamer ma démission pour un tweet ? C’est surréaliste !
En réalité, Valls entend poursuivre la même méthode que celle employée par Tony Blair quand il a pris le Labour. Blair, qui avait peu de soutiens au sein du parti, a d’abord pris appui sur la City – ce qu’a fait Valls en se rendant à l’université d’été du Medef, ou en revenant sur la loi Duflot pour contenter les lobbies de l’immobilier. Blair a ensuite cogné sur les oppositions à l’intérieur du parti, en essayant de les monter les unes contre les autres – ce que fait Valls en s’en prenant à Hamon, ou au symbole de la gauche du PS que je suis, à mon corps défendant, devenu. Blair a enfin fait monter ses petits amis de la City au pouvoir – ce que fait Valls en nommant des « Macron » un peu partout… Cette thèse selon laquelle Valls s’inspire du hold-up de Blair sur le Labour pour conquérir un PS où il est, sur le plan des idées, minoritaire, se réalise aujourd’hui. Je l’avais exposée devant une salle comble à La Rochelle, et tous les participants avaient applaudi et acquiescé. Mais désormais, c’est comme si plus personne n’arrivait remettre les événements en perspective…

Dans un entretien au Monde , le chercheur Rémi Lefebvre estime que le PS « va terminer en charpie » . N’est-il pas temps d’en sortir ?
Cette idée ne m’effleure même pas. Au contraire, je suis entré en campagne pour le prochain congrès, et je m’adresse à Hamon, Montebourg, Aubry, les frondeurs : personne ne va tirer son épingle du jeu s’il n’y a pas un front collectif contre Valls, alors rassemblons-nous ! Je ne suis pas d’accord avec Rémi Lefebvre : non, le PS n’implose pas, et il ne finira pas en charpie si on défend l’unité contre la division…

…vous vous faites le chantre de « l’unité » comme Cambadélis ?
_ Cambadélis a fait un rappel à l’ordre vis à vis des dissidents. Mon but à moi, ce n’est pas d’exclure Valls du PS, mais de rassembler le parti sur une vraie politique de gauche. Certes, Valls a le pouvoir dans le sens où il a à ses côtés la direction du parti, le secrétaire aux fédérations, et le responsable des relations avec le Parlement. Mais il n’a pas la cote chez les militants, où il a fait moins de 6 % aux primaires. Je me rends presque chaque semaine dans plusieurs villes de France, et les militants ont une réelle hostilité vis à vis de celui qu’ils considèrent comme un petit Bonaparte. Dans certains endroits, il y a des insurrections militantes ! Je vous le dis : Valls sera battu au congrès, et c’est nous qui allons gagner. Moi, je reviens à Jaurès, pas dans le baratin, mais dans les faits.


Photo: Gérard Filoche à la réunion constitutive du collectif «Vive la gauche!» à La Rochelle, le 30 août 2014.

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