Dossier : Athènes, capitale de la gauche

« Faire redémarrer l’économie réelle »

La coalition anti-austérité veut avant tout améliorer le sort de la population, frappée par la précarité.

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Le programme économique de Syriza est en très grande partie inspiré des analyses promues par Attac en Grèce, explique l’économiste Athanase Contargyris, qui en est l’un des animateurs. Il s’agit d’un plan de sortie de crise au bénéfice des classes populaires, qui prend appui sur la revalorisation de l’économie du pays.

Quelle analyse faites-vous du programme de Syriza ?

Athanase Contargyris : La mise en place d’un tel programme n’est pas concevable sans le traitement de la question de la dette, aussi bien celle de l’État que la dette privée. La question la plus importante est donc celle de la renégociation de la dette publique grecque avec les bailleurs, car elle est insoutenable : elle atteint 175 % du PIB. L’objectif de la ramener aux standards établis par l’Union européenne, c’est-à-dire à 60 % du PIB, est impossible à atteindre, sauf à poursuivre des politiques d’austérité pendant quarante ans. Le programme de Syriza compte sur le gel de cette dette au travers d’un rachat définitif par la Banque centrale européenne (BCE) ou par d’autres moyens. C’est loin d’être une utopie, car cette question du rachat ou non de dettes souveraines sera abordée par le BCE le 22 janvier, trois jours avant les élections grecques. De plus, les efforts réalisés par le pays ces dernières années ont dégagé un excédent budgétaire ainsi qu’un excédent de sa balance des paiements, certes au prix d’une situation sociale et économique désastreuse.

Est-il question de sortir de la zone euro ?

Ce n’est pas du tout un objectif. Et si les partenaires européens décident de pousser la Grèce à la sortie en n’accordant plus les prêts prévus dans le mémorandum, le pays ne pourra pas rembourser la dette arrivant à échéance et sera techniquement en défaut de paiement.

Le mémorandum, protocole d’accord signé en 2012 et mis en place par la troïka, serait remplacé par un plan national de reconstruction. Est-ce réaliste ?

Les mesures prises jusqu’à présent ne permettent pas à l’économie grecque de se reconstruire. Elles visent à assurer coûte que coûte le paiement par la Grèce de sa dette, même si elle doit pour cela sacrifier son économie et sa société ! Par conséquent, la proposition de Syriza est de mettre en place un plan qui permette au pays de relancer son économie de manière à pouvoir payer la partie de sa dette considérée comme légitime. Le programme de développement national sera présenté aux partenaires européens dans une logique de redéveloppement de l’économie grecque. Il serait financé notamment par la Banque européenne d’investissement. Cela implique un moratoire sur les dettes et l’accès à des taux d’intérêt bas pour emprunter de nouveau dans de meilleures conditions. Il ne faut pas oublier qu’en cas d’excédent primaire, les partenaires européens s’étaient engagés en décembre 2012 à un allégement de la dette.

Pourquoi l’Allemagne apparaît-elle dans le programme économique de Syriza ?

Parce que ce programme contient l’idée d’une clause de croissance pour le remboursement de la dette. C’était l’un des points des accords de 1953 en faveur de l’Allemagne. Appliquée à la Grèce, elle incitera les partenaires européens à aider le pays pour obtenir le remboursement de leurs créances. N’oublions pas que la Grèce a fortement contribué à l’effacement de la dette allemande en 1953… Syriza demande aussi le remboursement de la dette allemande liée à l’emprunt forcé et à la saisie des réserves en or de la Banque de Grèce pendant l’Occupation. Selon des évaluations d’économistes, elle est de l’ordre de 40 milliards d’euros et n’a jamais été payée !

Le plan national de reconstruction a été chiffré à 11,3 milliards d’euros. Comment se présente-t-il ?

C’est un plan en quatre piliers comprenant le traitement de la crise humanitaire, le redémarrage de l’économie réelle, la reconquête de l’emploi et l’élargissement du droit du travail, et enfin la refonte citoyenne des mécanismes de l’État. Le premier pilier, d’ordre humanitaire, a été chiffré à 2 milliards d’euros. Ce montant n’est pas éloigné de la réalité puisque le ministère de l’Économie, qui l’a examiné, ne le conteste pas. Le PIB étant de 182 milliards, cela représente environ 1 % de ce dernier. Ce n’est donc pas un problème. L’excédent primaire peut, par exemple, être utilisé. Le second pilier (6,5 milliards) est plus délicat puisqu’il s’agit de faire redémarrer l’économie et d’imposer une justice fiscale. Pour le financer, 3 milliards proviendraient principalement du paiement des arriérés de la dette fiscale, difficiles à collecter auprès des gros contribuables. Est-ce que Syriza aura la volonté et le pouvoir d’imposer ces paiements aux exilés fiscaux ? Quant au plan de reconquête de l’emploi, il prévoit 3 milliards d’euros pour la création de 300 000 emplois et souhaite utiliser les fonds européens sur les restructurations économiques et industrielles, que la Grèce a peu utilisés. Les financements peuvent venir d’ailleurs, mais – c’est là une faiblesse du programme – une incertitude demeure sur la façon de les trouver.


Athanase Contargyris est économiste franco-grec, membre fondateur d’Attac Grèce, fondateur de l’Association démocratique des Français à l’étranger en Grèce.

Photo : AFP PHOTO / SAKIS MITROLIDIS

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