Hommage à Tignous, élévations

Montreuil, sa ville d’adoption depuis plus de trente ans , a rendu hier à Tignous un hommage de grande qualité à celui qui lui a beaucoup donné. « Titi », assassiné avec 11 autres personnes dans l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier, dessinait pour tout le monde, rappelle sa femme Chloé, aussi bien les grands médias que les petites associations locales qui le sollicitaient : « Il n’a jamais dit non à personne. » Sur le parvis de la mairie, où plusieurs centaines de personnes se serraient dans un silence lesté d’émotion, sous le crachin froid, les yeux rougis, la municipalité a prolongé l’exposition d’une série de croquis grand format de Tignous d’une grande sensibilité réalisés lors d’ateliers audiovisuels menés avec des lycéens de la ville.
La justesse de perception de ce « reporter à crayon » a été soulignée d’abondance par la ministre de la Justice Christiane Taubira, remarquable d’humanité et de justesse. Du caricaturiste acide et hilarant, cette « teigne » (traduction de son nom d’artiste catalan) qui avait son rond de serviette à Charlie Hebdo , on connaissait moins ce pan entier de son activité : chroniqueur judiciaire, dont le talent a été récompensé en 2009 par le prix France info pour son ouvrage de croquis réalisé avec Dominique Paganelli sur le procès Colonna.
Tignous était la crème des hommes , confie un dessinateur de presse montreuillois qui le connaissait bien. C’était aussi un bon amant, lâche Chloé devant le parterre d’oreilles amies. « T’avais jamais peur, mon Titi, rassure-toi nous non plus , lâche la voix hachée de Coco, la consœur du dessinateur que les frères Kouachi ont forcé à taper le code de l’immeuble de Charlie . Notre journal va vivre. » À l’avant du cercueil, tagué de toute part par les amis et collègues, s’affiche un gros « fragile », comme un condensé de l’incertitude qui pèse dans les têtes sur un avenir bouleversé.
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