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« L'esprit du 11 janvier », version Manuel Valls

Le Premier ministre a dévoilé sous les applaudissements de la quasi-totalité des bancs de l'Assemblée des « mesures exceptionnelles » contre le terrorisme.

Le Premier ministre ovationné debout à l'issue d'un discours de 45 minutes. L'Assemblée nationale a affiché, mardi après-midi, une rare unité. Celle que l'on ne rencontre qu'en période de guerre. Ce qui, pour Manuel Valls est précisément le cas : « L a France est en guerre contre le terrorisme, le jihadisme, et l’islamisme radical » , a lancé le chef du gouvernement, à la grande satisfaction de l'opposition.
La séance avait commencé à 15 heures par un bref discours du président de l'Assemblée, Claude Bartolone, en hommage aux 17 victimes des attentats des 7, 8 et 9 janvier, suivi d'une minute de silence après laquelle les députés ont entonné une Marseillaise, lancée de manière impromptue par le très droitier député maire UMP d'Orléans, Serge Grouard, lequel avait inauguré son troisième mandat de maire en créant une délégation à la lutte contre l'immigration clandestine. L'hymne national n'avait pas résonné dans l’hémicycle depuis le 11 novembre... 1918.

Manuel Valls , qui s'exprimait après tous les présidents de groupe, avait hoché la tête en signe d'approbation, quand au terme d'un discours très martial, Christian Jacob, président du groupe UMP, lui avait demandé d' « armer le pays pour [le] combat » contre le terrorisme qui « durera de longues années » . Les propos du Premier ministre qui dans un distinguo jésuitique s'est déclaré favorable à des « mesures exceptionnelles » mais jamais des « mesures d'exception », ont satisfait même les faucons de l'UMP qui ont bien accueilli les annonces qu'il a faites :

- Renforcement « très significatif des moyens humains et matériels » des services du renseignement intérieur et de la juridiction antiterroriste. Manuel Valls a notamment demandé d' « aller plus loin » dans le renforcement des services de renseignement, après la réforme DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) en DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) en 2013. Il a aussi chargé le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, de faire des propositions « dans les huit jours » concernant le contrôle d'Internet, mais aussi « les réseaux sociaux, plus que jamais utilisés pour l'embrigadement, la mise en contact et l'acquisition de techniques permettant de passer à l'acte »* .

-* Système PNR (Passenger name record: données des dossiers passagers). Le dispositif français en vue de la mise en place d'un système européen sur les échanges de données des passagers européens (PNR) sera prêt en septembre 2015. Manuel Valls a lancé un appel solennel au Parlement européen pour qu'il vote ce système gelé dans cette instance depuis deux ans.

- Mesures préventives face aux phénomènes de radicalisation. Création d'un énième fichier qui « obligera les personnes condamnées à des faits de terrorisme ou ayant intégré des groupes de combat terroristes à déclarer leur domicile et à se soumettre à des obligations de contrôle » . Les ministres Christiane Taubira (Justice) et Bernard Cazeneuve (Intérieur) doivent « étudier les conditions juridiques de mise en place »* de ce nouveau fichier.

- Univers carcéral. Surveillance des « détenus considérés comme radicalisés » dans des « quartiers spécifiques » créés au sein d'établissements pénitentiaires, d'ici à la fin 2015. Ce qui suppose d' « accroître nos efforts » pour renforcer l'action des services de renseignement de l'administration pénitentiaire. Il veut aussi donner « un cadre clair » à l'intervention « dans nos prisons, des imams, comme des aumôniers de tous les cultes » et « parvenir à une réelle professionnalisation »* .

- Développer le renseignement au sein de la PJJ. Le Premier ministre souhaite créer « au sein de la direction de la Protection judiciaire de la jeunesse une unité de renseignement » . Et annonce qu' « u ne formation de haut niveau sera dispensée aux services de la PJJ » . Sur ces axes de travail, la garde des Sceaux Christiane Taubira est chargée de faire des propositions « dans les jours qui viennent »* .

Le projet de loi sur le renseignement, qui devrait être débattu d'ici trois mois, devrait faciliter les écoutes, a promis le Premier ministre, qui a également rappelé que deux lois antiterroristes avait déjà été adoptées depuis 2012. Avant d'indiquer que l'un des principaux décrets d'application de la loi antiterroriste de novembre 2014, qui met en place l'interdiction de sortie du territoire des candidats au jihad et crée une interdiction préventive d'entrée aux étrangers représentant une menace, est à l'ordre du jour du Conseil des ministres de ce mercredi.

Pour justifier cet arsenal sécuritaire , Manuel Valls s'est appuyé à plusieurs reprises sur ce qu'il appelle « l'esprit du 11 janvier » , donnant des marches républicaines qui ont rassemblé près de 4 millions de personnes une lecture qui légitimerait à la fois ces « mesures exceptionnelles » de riposte sur le sol national et des interventions extérieures «  là où les groupes terroristes s’organisent pour nous attaquer, menacer nos intérêts comme nos concitoyens ». Les millions de citoyens descendus dans la rue pour clamer leur attachement à la liberté et à la fraternité ont déjà de quoi s'estimer trahis.


Photos: François Guillot/AFP

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