De Kémi Séba aux Y'a bon awards, où va le rappeur Médine ?

La présence du rappeur Médine dans le jury des Y'a bon awards a soulevé la question de la cohérence de son engagement.

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Flou idéologique ou «indépendance intellectuelle» ? Vendredi 12 juin se tenait les Y’a Bon Awards, cérémonie destinée à dénoncer les propos racistes dans l'espace politique et médiatique. La présence du rappeur havrais Médine en tant que membre du jury a soulevé de nombreuses interrogations. L'artiste était, encore récemment, au coeur d'une polémique.

L'histoire commence...

...le 13 septembre 2014 au théâtre de la Main d'Or. Kémi Séba, militant panafricaniste controversé et fondateur de la Tribu Ka , dissoute en 2006 pour « incitation à la haine raciale » suite à une descente musclée menée par une vingtaine de ses membres dans un quartier juif de Paris, présente son dernier essai Black Nihilism .

Médine se trouve dans la salle et se fait même ovationner par le public, à la demande de Kémi Séba. Les réactions ne se font pas attendre. Le géopoliticien Pascal Boniface, ami du rappeur avec qui il a écrit le livre Don’t Panik exprime rapidement sa désapprobation sur Twitter.

Face à la polémique, Médine fait valoir son droit de réponse sur le site Street Press . « Assister à la conférence d’un homme ne veut pas dire épouser ses idées, lire les essais d’un auteur ne veut pas dire soutenir leur contenu » , réagit-il.

Néanmoins, bien que le rappeur n’adhère pas forcément à toutes les idées de Kémi Séba, le livre de l’essayiste, Supra Négritude , apparaît dans le clip de Don’t Laïk . De quoi entretenir encore plus le flou et la polémique.

Illustration - De Kémi Séba aux Y'a bon awards, où va le rappeur Médine ?

Capture d'écran du clip Don't Laïk

Ce n'est pas la première fois que Médine se retrouve impliqué dans une polémique. En pleine tempête médiatique autour de Dieudonné, le rappeur avait posté plusieurs clichés de lui sur Internet. Sur ces photos, on l’aperçoit en train de réaliser la « quenelle » , geste de ralliement des fans de l’humoriste controversé. Médine estime que « Dieudonné amène les sujets aux frontières de l’acceptable » et favorise donc le débat. Fin 2014, dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube, il avoue néanmoins qu’il se pose des questions « car le bonhomme est très flou autour de ses véritables engagements » .

Provocation

Médine a toujours revendiqué le droit de choquer et briser les tabous, même dans le contexte tendu de l'après-Charlie.

Toujours dans la provocation, le rappeur surfe sur cette ambiguïté qui le caractérise et provoque le buzz autour de ses morceaux.

Ses textes, souvent virulents, lui valent de nombreuses critiques. Médine ferait le jeu du communautarisme, voire de «l'intégrisme réac'» 1.

11 septembre , Djihad , Don’t Laïk … Les albums et morceaux qu'il compose portent souvent des titres volontairement provocateurs. Objectif avoué : choquer pour ouvrir un débat.

Il s'expliquait à Politis le 12 juin lors de la cérémonie des Y'a bon awards :

« Un démineur qu'on a pris pour un poseur de bombe» ?

Par ailleurs, Médine développe un argumentaire contre le communautarisme et se pose en « démineur» incompris. Si ces morceaux peuvent heurter certaines sensibilités, il entretient depuis 2008 le slogan « I’m Muslim, don’t panik » . Un message qui appelle à ne pas céder à la peur de l’islam et des musulmans.

Lire > Médine : « Nous parlons d’identité et d’intégration depuis trop longtemps »

« Crucifions les laïcards comme à Golgotha » . À l'instar de
ce couplet tiré du morceau Don’t Laïk , le ton peut effrayer mais ce n'est pas l'intention du rappeur. Ce morceau vise à dénoncer ceux qui, au nom de la laïcité, « veulent exclure alors que la laïcité a pour vocation d’inclure » , affirme Médine dans la présentation de son titre. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, l'artiste n’a de cesse de déclarer que ce n’est pas la laïcité qu’il dénonce mais ses dérives.

Illustration - De Kémi Séba aux Y'a bon awards, où va le rappeur Médine ?
Capture d'écran d'un statut posté sur Facebook par Médine

Il insiste également sur la dernière partie de sa chanson dans laquelle il se livre à l’exorcisation de la laïcité pour la libérer de ses « démons » .

« Que le mal qui habite le corps de Dame Laïcité prononce son nom

Je vous le demande en tant qu’homme de foi

Quelle entité a élu domicile dans cette enfant vieille de 110 ans ?

Pour la dernière fois ô démons, annoncez-vous ou disparaissez de notre chère valeur »

Dans la suite du texte, Médine exhorte Nadine Morano, Jean-François Copé, Pierre Cassen « et tous les autres » à quitter le corps de « Dame Laïcité » .

Dans un autre titre, intitulé #faisgafatwa , l'artiste se lance dans une dénonciation des extrémismes religieux.

« Heureusement qu’on a lu l’Coran avant d’connaître ces charlatans ».

Manque de cohérence

La volonté du rappeur de lutter contre le racisme semble sincère. Médine est un militant engagé - un des seuls rappeurs à assumer ce statut - bien décidé à lutter contre les discriminations.

Or, dans sa quête d'indépendance intellectuelle, Médine entretient une grande part de flou et ne semble pas maîtriser la totalité de son discours. Un discours qui trouve pourtant un écho certain.

En novembre 2014, peu de temps après la polémique autour de Kémi Séba, la maison de disques de Médine, Because Music, a décidé de mettre fin à leur partenariat. Les raisons de cette rupture n'ont pas été précisées. Désormais indépendant, le rappeur est contraint de provoquer le buzz pour pouvoir exister.


  1. Caroline Fourest réagissant au titre Don't laïk 


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