Education: quatre grèves de la faim contre des mutations d’office

Des toulousaines sont en grève de la faim, dont une depuis 24 jours! Elles protestent contre des mutations et sanctions disciplinaires abusives au collège de Bellefontaine.

Lauriane Clément  • 15 juillet 2015
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Education: quatre grèves de la faim contre des mutations d’office

A Toulouse, le collège de Bellefontaine est au cœur d’une situation ubuesque. Une enseignante, Laure Betbeder a entamé une grève de la faim depuis 24 jours. Son but : dénoncer les sanctions disciplinaires et la mutation la visant ainsi que cinq de ses collègues. Trois autres personnes l’ont depuis rejointe dans sa grève de la faim : sa mère depuis le 7 juillet ainsi que deux des autres professeurs incriminés depuis ce matin. Au total, quatre personnes dont la santé est mise en danger, sans que la situation ne bouge d’un iota.

Tout commence en avril 2014. Le collège de Bellefontaine est sélectionné pour faire partie dès la rentrée 2014-2015 des 102 établissements « préfigurateurs » de la REP+, le nouveau nom des zones d’éducation prioritaires. Cette réforme, voulue par la ministre de l’Education Nationale Najat Vallaud-Belkacem, vise à réduire l’effet des inégalités sociales et territoriales sur les résultats scolaires. Et de proposer notamment un accompagnement scolaire continu aux élèves de 6e des établissements prioritaires. Cela suppose des heures d’enseignements en plus, et donc des moyens matériels et financiers. Seulement voilà : faute de moyens attribués au collège de Bellefontaine, la réforme ne peut pas aboutir.

Le 27 novembre 2014, les professeurs votent une grève pour demander l’application et les moyens réels alloués par les décrets de lois sur l’éducation prioritaire. Elle mobilisera pendant trois semaines 35 professeurs (sur les 42), soit 75% du personnel. Sans grand succès, puisque l’Inspecteur d’Académie et le Rectorat de Toulouse délivrent plusieurs fins de non-recevoir sur les moyens. Un dialogue de sourds s’installe, aggravé par le chef d’établissement de Bellefontaine qui attise les tensions et se montre incapable de gérer la situation. « Il nous a insultés et est allé jusqu’à dire « vous êtes la honte du service public », “vous êtes irresponsables, “lamentables” » , témoigne Didier, prof depuis 10 ans dans le collège. La mutation du principal dans un autre établissement ne met néanmoins pas fin au conflit.

Après la grève, un courrier d’huissier

Le 22 mai 2015, cinq des professeurs ayant participé à la grève ont la surprise de recevoir un courrier d’huissier pour « manquement de courtoisie et de loyauté envers ses supérieurs hiérarchiques » et perturbation du « bon fonctionnement du service public d’éducation » . Tous sont mutés dans d’autres établissements « dans l’intérêt du service » et risquent des sanctions disciplinaires. Une sixième enseignante est quant à elle mutée suite à une commission disciplinaire. « Mais les dossiers contre nous sont complètement vides, nous sommes juste six boucs émissaires pris dans le lot ! » , s’insurge Didier.

Face à l’incapacité d’être entendue, Laure Betbeder prend la décision d’entamer une grève de la faim le 22 juin. 24 jours plus tard, la situation est critique. « Laure met de plus en plus sa santé en jeu, nous sommes très inquiets, elle est extrêmement fatiguée » , constate le collectif Bellefontaine, mis en place depuis le début du conflit. Et toujours aucun dénouement à l’horizon. Malgré l’intervention du député Modem Jean Lassalle, la rectrice de Toulouse comme la ministre de l’Education Nationale restent sans réponses.

« J’arrive avec de mauvaises nouvelles. J’avais demandé à la ministre une explication sur votre cas et une sortie de crise par le haut. Je n’ai obtenu ni l’une, ni l’autre », a fait savoir Jean Lassalle.

Najat Vallaud-Belkacem a d’ailleurs annulé sa venue pour l’inauguration du nouveau rectorat de l’Académie de Toulouse le 16 juillet. Reste à espérer qu’une solution soit trouvée avant la fermeture estivale du Rectorat le 17 juillet. Car il ne s’agit pas seulement de la santé de quatre personnes, mais aussi du futur de ce collège situé dans un quartier populaire. La mutation de six enseignants pose un grave problème de recrutement pour la rentrée prochaine. Alors que 103% de profs veulent quitter leur collège quand il est intégré à l’éducation prioritaire selon les résultats de la phase de mouvement 2015, le challenge est de mise pour remplacer les postes vacants.

Société
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