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L'intransigeance allemande fracture l'Europe

L'Eurogroupe a été incapable de trouver hier un début d'accord sur un plan de sauvetage de la Grèce. Les durs, menés par Wolfgang Schäuble ne cachent plus vouloir bouter les Grecs hors de la zone euro.

Il fallait être naïf pour croire que l'Eurogroupe accepterait, fut-ce avec des réserves, le plan présenté jeudi soir par le gouvernement d'Alexis Tsipras. L'instance de gouvernement de la zone euro s'est séparée samedi à minuit sans être parvenue à conclure la discussion entamée sept heures plus tôt. L'Allemagne et plusieurs pays qu'il faut bien appeler ses satellites dans la géopolitique européenne, refusant de donner quitus au document de 13 pages présenté par Athènes, intitulé « Actions prioritaires et engagements » .

Ce texte par lequel Athènes s'engage à adopter une grande partie des mesures proposées par les créanciers avait pourtant été accueilli favorablement par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international. Devant les députés grecs, qui s'apprêtait à l'adopter, Alexis Tsipras avait reconnu que le plan présenté Bruxelles en vue d'un troisième plan d'aide d'un montant de 74 milliards d'euros était « très éloigné » des promesses de Syriza, tout en étant finalement le meilleur possible compte tenu du rapport de forces.

Mais les propositions grecques « sont loin d'être suffisantes » , a jugé Wolfgang Schäuble. « Nous ne pouvons pas avoir confiance dans des promesses » , a ajouté l'intransigeant ministre conservateur allemand, montrant par là même que toutes les propositions que pourrait faire le gouvernement d'Alexis Tsipras ne satisferont jamais Berlin.

A sa suite, d'autres ministres sont montés au créneau à l'ouverture de l’Eurogroupe pour descendre en flammes les propositions grecque. «  Il y a un gros problème de confiance » , a déclaré le président (travailliste néerlandais) de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. « Plusieurs gouvernements, dont le mien, ont de sérieux doutes sur l'engagement du gouvernement grec et sur sa capacité à mettre en œuvre (les réformes)  » , a estimé le secrétaire d'Etat aux Finances néerlandais Eric Wiebes. «  J'ai peur » que ce plan « soit insuffisant pour lancer un troisième programme » , a argué le ministre des Finances slovaque Peter Kazimir.

Le gouvernement allemand tombe le masque

Selon un « document de préparation interne » , révélé par le Frankfurter Allgemeine Zeitung, l'Allemagne envisage une sortie temporaire de la Grèce de la zone euro, d'une durée de cinq ans, si le pays n'améliore pas ses propositions. Et ce texte, daté du vendredi 10 juillet, détaille pour la première fois la forme que pourrait prendre un Grexit : « Si la Grèce ne peut garantir une mise en œuvre crédible de mesures et une dette soutenable, il faudrait lui offrir de rapides négociations pour une période hors de la zone euro, avec une possible restructuration de sa dette, si nécessaire (...) pendant cinq ans » , indique ce document. « Seule cette solution permettrait une restructuration suffisante de la dette grecque, qui ne serait pas conforme à une appartenance à l'union monétaire » , poursuit le document.

Avec un certain cynisme , les auteurs de ce document, qui n'ignorent pas les effets catastrophiques d'un tel scenario sur un pays en proie à une crise économique plus grave que celle qu'ont connu les Etats-Unis en 1929, prévoient de fournir à la Grèce une aide... humanitaire. Pour solde d'un Grexit.

Si cette exclusion soi-disant « temporaire » n'a pas été discuté lors de l'Eurogroupe de samedi, Wolfgang Schäuble aurait bien, selon un diplomate européen, proposé, comme il est envisagé dans ce document, la création hors de la Grèce d'un fonds qui regrouperait les actifs grecs à privatiser, « pour garantir qu'ils le soient » . Cette demande, rejetée par la partie grecque, est un bon exemple du « nouveau colonialisme » dénoncé par le pape François, jeudi, en Bolivie.

Négocier une sortie de la Grèce de la zone euro est aussi le mandat qu'aurait reçu le ministre des Finances finlandais Alexander Stubb d'une commission de députés et représentants de ce ministère, selon la télévision publique Yle. Le parti des Vrais Finlandais (extrême droite), arrivé deuxième aux élections législatives en avril, aurait menacé de faire éclater la toute jeune coalition gouvernementale finlandaise. Son président Timo Soini, ministre des Affaires étrangères, répète depuis des mois, à l'instar d'un Florian Philippot ou d'une Marine Le Pen, que la Grèce résoudra ses problèmes économiques en abandonnant l'euro et en dévaluant sa monnaie.

Si les représentants allemands et finlandais sont les plus intransigeants, l'inflexibilité de la première puissance de la zone euro encourage plusieurs petits pays à se montrer eux aussi intraitables. « Largement plus de la moitié des pays membres pensent que les propositions grecques ne vont pas assez loin » , estimait hier soir une source diplomatique. Et la ligne de partage entre les pays prêts au Grexit et les pays plus souples vis-à-vis d'Athènes fracture l'Europe (voir l'éclairante infographie de la Libre Belgique).

La tournure prise par les négociations au sein de l'Eurogroupe donne raison à Yannis Varoufakis qui affirmait le 10 juillet, dans un texte publié par The Guardian, avoir « acquis la conviction que le ministre des Finances allemand veut précipiter la Grèce hors de la monnaie unique pour inspirer une sainte terreur aux Français et leur faire avaler sa vision d'une eurozone disciplinaire » .

C'est vraisemblablement la prise de conscience de cet état d'esprit de notre « partenaire » qui a poussé depuis quelques jours, mais bien tardivement, le gouvernement français à afficher plus de soutien à Athènes.


Photo: JOHN MACDOUGALL / AFP

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