« Microbe et Gasoil », de Michel Gondry : La fleur de l’âge

Microbe et Gasoil, de Michel Gondry, une comédie sur deux ados inventifs qui rêvent de liberté.

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Toujours inattendu, Michel Gondry ! Après une adaptation mi-figue mi-raisin de l’Écume des jours et un film d’entretiens avec Noam Chomsky, le cinéaste fait un retour sur son enfance avec Microbe et Gasoil. Gare à la nostalgie ? Pas du tout. Le film débute dans une chambre d’adolescents, où dorment deux frères. Le matin va bientôt arriver, Microbe retarde le moment d’ouvrir l’œil. Cette entrée en matière n’est pas anodine : c’est à un film d’éveil qu’on va assister, qui se déroule résolument dans notre époque.

Un éveil, mais à quoi ? À l’amitié d’abord, entre deux garçons qui seront vite à tu et à toi. Microbe alias Daniel (Ange Dargent), petit blond aux cheveux longs, souvent pris pour une fille, dessinateur doué ; et Gasoil alias Théo (Théophile Baquet), un bricoleur disert, avec une mère russe acariâtre et un père antiquaire qui l’oblige à réparer des moteurs. Leur association n’avait a priori rien d’évident. Mais voilà : Microbe est né dans une banlieue qui ne lui convient pas – Versailles et sa bourgeoisie conformiste. Il ne peut se lier qu’avec un original : Gasoil, qui débarque un jour dans sa classe. Les deux garçons se racontent leurs rêves d’adolescents. Microbe étant plus fleur bleue – il est d’ailleurs sensible au charme d’une de ses copines de collège – tandis que Gasoil est un tchatcheur impénitent, les dialogues sont de vrais délices de drôlerie.

Le film est aussi un appel à la liberté. Les deux amis conçoivent un plan invraisemblable : partir sur les routes des vacances d’été, tous les deux à l’aventure, sans rien dire à personne. Pour ce faire, ils s’improvisent en petits Géo Trouvetout et fabriquent d’abord une voiture avec des objets récupérés et un vieux moteur de tondeuse à gazon. Puis transforment la voiture en maison roulante. Microbe et Gasoil prend dès lors des allures de « teen road-movie », qui mêle les instants poétiques et les épisodes rocambolesques. On peut là aussi penser à Boris Vian, plus encore à Raymond Queneau, et complètement aux aventures de Tom Sawyer, personnage lui-même débrouillard, indépendant et courageux. Quelques allusions sont faites aussi à la situation sociale du pays, notamment le sort que l’on réserve aux Roms. Mais Microbe et Gasoil est avant tout une comédie d’une fraîcheur bienvenue, où les enfants sont des êtres complexes et inventifs, actifs et utopiques. Un bonheur !


Microbe et Gasoil , Michel Gondry, 1 h 43.

Photo : DR

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