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Logement: les constats amers de la Fondation Abbé Pierre

Dans son rapport annuel publié ce jeudi 28 janvier, la Fondation dresse un bilan à l’image du désenchantement social qui anime le pays.

De tous les chiffres présentés dans ce 21ème rapport de la Fondation Abbé Pierre (FAP), seul celui relatif au confort sanitaire de base des logements s’est visiblement amélioré. Entre 2006 et 2013, les logements manquant de chauffage, de WC intérieur, de douche, d’eau courante ou encore de coin cuisine ont diminué d’environ 40%. Pourtant, plus de deux millions de personnes sont encore concernées.

Les chiffres des autres indicateurs du mal-logement sont, eux, tous en augmentation. Près de 3.8 millions de personnes n’ont toujours pas de logement personnel, vivent dans des conditions très difficiles, ont péniblement accès à un habitat, peine à le garder, ou subissent «les blocages de la mobilité résidentielle».

Au-delà de ces conditions extrêmes, plus de douze millions de personnes sont affectées ou fragilisées par la crise du logement. Parmi elles, plusieurs millions vivent en situation de surpeuplement modéré, ou ne peuvent plus payer leur loyer, s’exposant parfois à des procédures d’expulsion. Cette crise du logement entraîne par ailleurs de lourdes conséquences dans la vie personnelle et quotidienne de ces individus, tant sur le plan médical que familial. Communiqués par la FAP, ces chiffres actualisés sont tirés de l’exploitation des premiers résultats de l’Enquête nationale du logement (ENL) menée par l’Insee en 2013.

Introduit par «le sentiment de colère» de Raymond Étienne, président de la FAP, le rapport vise à identifier et à analyser les manifestations du mal-logement, tout en s'intéressant aux politiques mises en place. La Fondation dénonce une crise du logement qui s’aggrave mais reste sans réponse, «sans ambition» et contribue à l’augmentation des inégalités extrêmes et à la multiplication des injustices sociales.

Le logement, «reflet et générateur des inégalités»

C’est un «phénomène relativement nouveau» que Christophe Robert, délégué général de la Fondation, énonce lors de la conférence de presse visant à présenter ce nouveau rapport. Si, historiquement, les inégalités étaient causées par l’augmentation des ressources des plus riches, elles sont aujourd’hui accentuées par la baisse des ressources des plus pauvres. Selon le rapport de la FAP, «les 10% les plus pauvres de la population ont vu leur revenu annuel baisser de 531 euros», entre 2002 et 2013, tandis que «celui des 10% les plus riches augmentait de 6.060 euros» entre 2002 et 2012. Pour Christophe Robert, dénoncer cette chaîne des inégalités qui s’étire est une priorité :

Non seulement le logement reflète les inégalités, mais il contribue à les renforcer. Les individus en situation de pauvreté sont plus nombreux que le reste de la population à subir des difficultés de logement importantes : installations électriques défaillantes, exposition régulière au bruit, manque de place… De même, si les gens déménagent moins, les plus modestes voient leur mobilité devenir synonyme de stagnation ou de rétrogradions, contrairement aux riches qui, eux, améliorent leur statut résidentiel. Cette absence de perspective créée évidemment de fortes exaspérations.

Au-delà de ces difficultés matérielles, Manuel Domergue, directeur chargé des études, rappelle de son côté l’indispensable nécessité d’apporter des réponses décloisonnées aux problèmes de logement liés à ceux de la santé.

Nous voulons montrer que le logement n’est pas qu’une affaire de logement. Parce qu’une personne touchée par la crise du logement est aussi plus exposée aux problèmes de santé (trouble alimentaire, dépression, intoxication, manque de sommeil, trouble psychologique ou psychique), il fallait démontrer que l’on ne peut pas traiter l’un, sans traiter l’autre. Que ces problèmes sont interdépendants.

D’intensité et de natures variables, les problèmes de santé liés aux problèmes de logement sont multiples : pathologies, handicaps, syndromes ou troubles. Inversement, les personnes en mauvaise santé peuvent avoir des difficultés à se loger. La santé mentale, notamment, «est un domaine dans lequel les interdépendances entre santé et logement soulèvent des questions spécifiques», mais n’apportent pas de réponses suffisantes. Manuel Domergue dénonce entre autre la fermeture de 60.000 lits dans les hôpitaux psychiatriques, sans qu’aucunes alternatives de soin résidentiel n’aient été trouvées. «Ces personnes se retrouvent dans des conditions de vies inadaptées», explique M. Domergue. En effet, ces individus sont parfois placés dans leur famille, dans des centres d’hébergements, ou en prison... D’autres, atteints par des troubles psychiatriques sont internés, bien que leur situation ne nécessite pas de privation de liberté.

Une politique qui «manque singulièrement d’ambition»

Malgré des petits pas en avant, la politique du logement semble davantage s’illustrer dans la stagnation, voir «les reculades» : «Ce n’est pas comme ça que nous allons réussir à mobiliser l’ensemble de la société, les élus, ou les acteurs du logement dans la résolution de la crise», indique Christophe Robert, qui critique une politique «décevante» et «en panne d’ambition». Des avancées sont tout de même soulignées. Parmi elles, la loi sur la transition énergétique. Cette dernière est considérée comme positive, bien que des interrogations demeurent, notamment concernant le budget qui lui sera dédié.

Malgré cela, le bilan n’est pas à la hauteur pour des millions de foyers qui ne voient que «l’austérité comme horizon social» selon le délégué général de la Fondation Abbé Pierre.


Crédit photo: PHILIPPE HUGUEN / AFP


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