Sans-papiers : « Une telle mobilisation, c'est exceptionnel ! »

Gao Peng avait été arrêté le 23 décembre, à Paris. Les actions d'un collectif de parents d'élèves dans l'école où est scolarisée sa fille, ont conduit à sa libération.

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Après la libération de Gao Peng, le collectif des parents d’élèves de l’école primaire Pajol a décidé de maintenir l’assemblée générale de ce mercredi 20 janvier à 18h afin de voter la fin de l’occupation de l’école et d’organiser la suite de la mobilisation. «Je serais curieuse de savoir qui a osé s’asseoir sur mon fauteuil lorsqu’il était occupé?» demande la directrice de l’établissement. Quatre ou cinq personnes rient et lèvent la main. Dans cette atmosphère amicale, l’AG peut commencer. Ce n’est que plus tard, dans la soirée, que les verres de champagnes se sont levés à la libération de « M. Gao », comme il est désormais appelé.

Près d'un mois après son incarcération, Gao Peng a finalement été libéré mercredi dans la matinée. L’arrestation de ce sans-papiers chinois, visé par une obligation de quitter le territoire (OQTF), a suscité un élan de solidarité dans la petite école de la rue Pajol, où sa fille, Wanyu, cinq ans, est scolarisée depuis près d'un an. Menée par le collectif des parents d’élèves de l’établissement, la mobilisation a permis d’alerter la presse et des élus, mais aussi vraisemblablement d’obtenir la libération de M. Gao. Yves Coleman, du Réseau éducation sans frontières (RESF), ironise sur les prétendues «raisons humanitaires» invoquées par le préfet de police, préférant y voir un effet des «pressions» exercées par «l'opinion, les médias et les politiques».

Arrivé en France en 2011, Gao Peng avait été arrêté dans une blanchisserie parisienne le 23 décembre, accusé de travail clandestin, et placé au centre de rétention administrative de Vincennes. Sa femme et sa fille sont restés privés de lui durant vingt-sept jours, craignant une expulsion à tout moment. Alors mercredi soir, bien que les raisons de sa libération n'étaient pas toutes connues, la famille Peng passe les portes de l'établissement réunie et souriante. En réponse aux applaudissements, M. Gao salue l'ensemble de la salle et se penche tranquillement, les mains jointes l'une à l'autre, tandis que sa femme murmure timidement des «merci».

Six jours d’occupation rythmés d’actions solidaires

C'est à la rentrée de janvier que les parents d’élèves ont appris l’arrestation de ce père d'élève. Une première réunion est organisée le 7 janvier : _«Ce soir là, nous étions quatre parents autour de la femme de Gao Peng et des membres de RESF», _commence Marie Nguyen, membre du collectif. A l’issue de cette AG, chacun se met d’accord pour diffuser les informations et alerter le plus de monde possible.

Plus tard, un «café pédagogique» est proposé. Cet événement réunit d’autres parents volontaires pour organiser des rassemblements, mais aussi des enseignants. Finalement, l’occupation de l’établissement est décidée le 14 janvier. À partir du vendredi 15 janvier, à 13h30, «nous étions deux à trois personnes par demi journée, raconte Marie. Durant ces six jours, nous avons occupé le bureau de la directrice, répondu au téléphone et relayé les informations qui nous parvenaient. Mais nous avons aussi établi des contacts avec la presse et les élus». Deux jours plus tard (un dimanche!), la Juge des Libertés et de la Détention ordonne la libération de Gao Peng. Le Parquet décide cependant de faire appel et de garder le père de Wanyu en détention. Mais petit à petit, le collectif s’est organisé et a manifesté à la mairie du 18ème arrondissement.

En présence de Gao Peng, ce mercredi soir, un père de famille relate les évènements de la journée :

Ce matin, vers 8h30, nous avons décidé de bloquer le carrefour La Chapelle, près de l’établissement scolaire. Même si nous n’avons pu stopper la circulation que dans un seul sens, nous avons tenu quarante minutes environ. Puis, nous sommes rentrés à l’école, et quelques minutes après, nous avons appris la libération de M. Gao.

Si cette initiative a pris grâce à la volonté du Collectif des parents d’élèves, les enseignants, la directrice de l’établissement, les membres de RESF et certains élus ont participé à la campagne de soutien et appelé à la libération immédiate de M. Gao.

«Aujourd’hui, nous sommes une cinquantaine au sein du collectif», estime Marie qui se dit «surprise » par ce genre de procédure d’expulsion, «mais surtout leur fréquence. Nous nous sommes rendu compte que les expulsions n’ont jamais vraiment cessé avec François Hollande, même si elles sont moins médiatisées».

«Comme la famille Peng, il y a bien des parents qui attendent leur régularisation. Mais le fait que l’un d’eux soit arrêté, c’est la première fois que ça arrive depuis longtemps dans le quartier», continue Marie. Si la libération de M. Gao a été obtenue, les membres du collectif ne comptent pas s’arrêter là. Afin de faciliter la transmission d’informations importantes, une liste de diffusion a été crée afin de permettre aux parents de rester actifs. L’objectif ? Informer ceux qui ne peuvent pas assister aux réunions ou ceux qui souhaitent en savoir davantage sur les droits des sans-papiers. RESF a d’ailleurs largement contribué à la réussite de ce travail de sensibilisation et a envoyé un petit guide à destination du collectif.

Yves Coleman explique la nécessité de continuer la lutte et de s’intéresser le plus possible à la situation des sans-papiers, notamment puisque M. Gao «est toujours l’objet d’une OQTF». De la même manière, sa femme Ting Ting, également sans-papiers, pourrait dès le mois de mars, à la fin de son permis de séjour, être visée par cette même procédure.

Tout ceux qui ont participé à cette mobilisation s'accordent : «Nous pouvons être fiers de nous.» La fin de l’occupation est donc votée mais plusieurs personnes sont désignées pour suivre le dossier de la famille Peng en lien avec RESF. Les membres du Réseau éducation sans frontières ont d’ailleurs tenu à souligner le plaisir ressenti «à voir une école aussi mobilisée».

Des projets de tolérance

Près du métro La Chapelle, l’école de la rue Pajol est à l’image du quartier, multiculturelle. Plus de dix-sept langues seraient parlées aux domiciles des enfants. Ting Ting, la mère de Wanyu fait d’ailleurs partie de ces initiatives puisqu’elle se rend à des cours de français dispensés au sein de l’établissement. Si le collectif des parents d'élèves a su s'organiser et faire preuve d’une grande solidarité, c’est justement que cette école s’y prête. De nombreux projets sont engagés afin que les parents puissent s’investir dans la vie scolaire de leurs enfants.

C’est à ces projets que les parents ont aussi tenu à rendre hommage : «C'est une école qui favorise l'investissement des parents. Nous pouvons participer à l’organisation de certains évènements, ou proposer des choses. En plus, l'école reste ouverte le matin jusqu'à 8h45, ce qui nous permet de rester dans les salles avec nos petits en maternelle », assure une mère de famille.

Dans ce coin du 18ème arrondissement, la directrice a visiblement préféré le rassemblement à la séparation franche et nette entre la vie familiale et la vie scolaire. Les «papothèques» en sont le parfait exemple. Destinées aux primo-arrivants, ces réunions permettent aux parents issus des différentes communautés de participer et de comprendre le fonctionnement de l’école. En présence de la directrice et d’un traducteur, ces soirées permettent d’aborder les questions relatives à la parentalité, ou à l’éducation, et de créer du lien.


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