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Le cirque Romanès, toujours sur la corde raide

Attaques xénophobes, menaces en justice par les associations de riverains, baisse de fréquentation… Depuis son installation dans le XVIe arrondissement de Paris, le cirque Romanès fait face à de nombreuses difficultés, au point de craindre pour sa survie. Reportage.

En ce dimanche de début de printemps, le soleil est au rendez-vous, tout comme le public. Le chapiteau du cirque est plein. Acrobatie, jonglage, funambulisme… les numéros s’enchaînent entrecoupés par les chants de Délia Romanès. La musique tsigane fait se lever la tribu d’artistes en chorus, sous les applaudissements en rythme du public.

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« Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu autant de monde ! », relèvent-ils, satisfaits à la fin de la représentation. Une journée dont ils espèrent qu'elle marquera un renouveau, après plusieurs mois de fréquentation à la baisse. S’ils donnaient plusieurs représentations par semaine lorsqu’ils étaient Porte de Champerret (XVIIe), cela a bien changé depuis qu’ils ont été installés malgré eux Porte Maillot. Entre l’environnement plus "calme" du XVIe et l’"effet Bataclan" suivant les attentats, ils ne parviennent plus à remplir le chapiteau en semaine.

Pour plus de discrétion dans cet espace bordant le bois de Boulogne, ils ont repeint en vert leurs caravanes et la mairie de Paris a fait installer des palissades tout autour du camp. Malgré la baisse de ses recettes, le cirque se veut discret et on ne les repère vraiment qu’avec le panneau « Romanès, cirque tzigane ». Mais pour certains, c’est déjà bien trop.

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« Ne te moque jamais des riches, ça pourrait t’arriver », c’est avec ce proverbe tsigane qu’Alexandre Romanès a conclu son spectacle « La Lune tzigane brille plus que le Soleil ». L’humour reste de mise pour ces circassiens poètes, et la référence à l’actualité fait mouche. Dans ce quartier chic de Paris, les Romanès n’ont pas été reçus avec beaucoup d’enthousiasme par les riverains. Plusieurs associations locales réclament leur départ auprès de la mairie, lancent des pétitions et multiplient les attaques en justice, estimant que ce cirque dégrade un espace vert classé.

Des associations d’habitants qui se mobilisent contre nous, cela ne nous était jamais arrivé avant de venir ici. Nous avons une pile de convocations au tribunal, mais ces associations ne sont jamais venues nous rencontrer pour discuter, remarque Alexandre Romanès. Pourtant c’est d’une tristesse ici ! Les gens devraient être contents qu’on soit là, on apporte un peu de vie !

Et ils ne sont pas les seuls dans l’œil du cyclone. Un projet de logements sociaux a été retardé de huit ans suite aux multiples recours déposés par les associations d’un arrondissement qui compte à peine 4% de HLM. Un projet de centre d’hébergement pour sans-abris a quant à lui fait l’objet d’un recours devant le tribunal administratif de la Ville. Les associations de riverains semblent ne pas vouloir de mixité sociale dans ce quartier, qui ne compte pourtant aucun centre d’hébergement pour SDF à ce jour. Sans-abris, locataires sociaux… « Pour eux, c’est du pareil au même », commente Alexandre Romanès qui, même s’il connaît ces affaires, ne souhaitent pas y prêter plus d’attention. Le vandalisme que subit sa communauté le préoccupe déjà bien assez.

Car le cirque Romanès ne subit pas que des attaques en justice. Il fait aussi face à de multiples intrusions, des dégradations de caravanes et de nombreux vols par des personnes extérieures au camp. « À notre arrivée, on a vu débarquer des groupes d’hommes, parfois jusqu’à 50 personnes. Crânes rasés, cutter à la main pour certains, qui s’en sont pris aux caravanes, ont cassé les fenêtres, arraché les portes…, se souvient Alexandre Romanès, Il y a encore un mois et demi, une bande de 50 hommes est entrée et nous a volé la sono, des robes, des tapis… »

« Couper notre câble internet, c’est un détail excessivement important »

« Notre câble internet a été coupé ou brûlé plusieurs fois… On a dû trouver une solution pour le dissimuler complètement... L’intention, c’est vraiment de nous bloquer parce que, de nos jours, que peut-on faire sans Internet ? On serait complètement coupés. C’est un détail excessivement important, raconte Laurent, en charge de la partie flamenco du cirque, Il y a quelques jours encore, quelqu’un est entré la nuit sans qu’on s’en aperçoive et a bouché les toilettes avec des sacs plastiques longs comme mon bras. »

« Ils arrivent en courant et font ça très vite. Je n’ai pas voulu qu’on réagisse pour se défendre, autrement cela va nous retomber dessus », indique Alexandre Romanès, qui refuse également d’en faire part à la police : « Nous les tsiganes, on ne porte jamais plainte. La dénonciation n’est pas dans notre ADN. D’ailleurs dans notre langue, « police » et « diable », c’est le même mot. » La seule fois où il a prévenu la police, c’est lorsqu’une personne entrée dans le camp pour vandaliser lui a clairement dit qu’il était payé pour le faire. « Je voulais qu’il le leur raconte », précise-t-il. Pour se protéger, la communauté a préféré barricader les portes et les fenêtres des caravanes avec du bois.

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« On fait plus attention qu’avant mais on ne veut pas tomber dans le cercle vicieux de la peur, il faut continuer de vivre normalement », explique Alexandre Romanès. D’ailleurs, plusieurs planches en bois ont été retirées des fenêtres : « On ne voit plus rien dans les caravanes, en plus il commence à faire beau maintenant… »

« Le mot tsigane est un filtre. Ceux qui nous sont favorables le sont complètement, ceux qui ne le sont pas ne nous aiment vraiment pas », affirme Alexandre Romanès, habitué des réactions vives que peut susciter sa communauté. Et même si les associations de riverains sont virulantes à leur encontre, elles ne représentent pas l’ensemble des habitants du quartier « Certains viennent nous voir en journée nous dire qu’ils ne sont pas solidaires, et nous, on leur offre le café, tempère Alexandre Romanès, Même Claude Goasguen, le maire du 16e, très opposé à nous au départ et avec qui j’ai dialogué, m’a dit qu’il viendrait voir notre cirque ! »

Malgré ces quelques éclaircies, les pertes sont trop importantes pour le cirque Romanès. Un appel aux dons a été lancé pour qu’ils puissent trouver 60 000 euros. Une somme qui servira à compenser la baisse des recettes, mais aussi et surtout à remplacer le matériel volé et à payer les frais liés aux procès.

Lire > Sauvons le cirque Romanès !

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Toutes les photos de ce reportage sont de Célia Coudert.

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