Mobilisation contre la loi travail : Le rendez-vous secret des étudiants

Aujourd’hui encore, les étudiants de Tolbiac se sont munis de leurs tambours et mégaphones, sourires aux lèvres… malgré la colère. Pour aller manifester sous les fenêtres d’un « lieu de pouvoir ».

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 30 mars 2016
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Mobilisation contre la loi travail : Le rendez-vous secret des étudiants

À la veille du «grand» rendez-vous du 31 mars, les jeunes étudiants souhaitent rester mobilisés contre le projet de réforme du code du travail, par tous les moyens. Et pour cela, quoi de mieux qu’une action symbolique pour témoigner une fois encore leur exaspération. Sur les murs de la fac, inscrit en lettres rouges, quelques mots qui retentissent nous alertent : «Ceci est un avertissement.»

C’est à l’initiative de la Coordination francilienne étudiante et lycéenne que le rendez-vous a été donné à différentes universités, afin que les étudiants convergent sur un même objectif. Un rendez-vous donné dans un lieu dont l’adresse est restée secrète. Cette coordination, non affiliée aux syndicats ou aux partis politique, est notamment chargée d’organiser ce genre d’actions et d’évènements. Pour que la mobilisation prenne une autre forme. Mais surtout «pour qu’elle dépasse le cadre stricte et traditionnel des manifestations», nous explique Mickael, jeune étudiant membre du comité de mobilisation.

Sous la pluie, armés de leurs plus beaux slogans, les jeunes finissent par lancer le grand départ. Destination? Toujours secrète. Mais à peine avaient-ils quitté les locaux de Tolbiac à 14h30, que déjà les gendarmes les attendaient dehors, boucliers en mains. Une dizaine d’entre eux ont ainsi bloqué la rue, empêchant les étudiants de s’y engager. Tant mieux, ce n’est pas par là qu’ils souhaitaient passer. Toujours souriant donc, les étudiants s’engouffrent dans le métro , bien que quelques uns ait été bloqués par les CRS. Rythmé par les chants et les revendications étudiantes, et sous bonne garde des forces de l’ordre (en civil), le trajet se déroule dans la bonne humeur, et le suspens. «Les étudiants des universités vont se rejoindre directement devant le lieu. Sans trop en dire, c’est un lieu… symbolique, prévient Mickael. Nous devrions également être rejoint par quelques lycéens.» Les étudiants en profitent pour annoncer les objectifs de la manifestation nationale, prévue demain, jeudi 31 mars.

Demain, ce n’est que le début de la mobilisation. Elle représente non seulement la volonté de faire converger les luttes, mais aussi l’espoir de la voir s’étendre à travers tous les secteurs de la société. Dans le privé, comme dans le public.

Une «grève générale» réclamée par les étudiants à l’unisson dans les wagons du métro, mais qui passe également par les bancs de l’université. «Depuis hier, des cours alternatifs sont proposés à Tolbiac, confie Mickael. Demain, je crois que nous aurons un cours sur les intérêts économiques.» Une initiative qui permet de réfléchir autrement à la mobilisation, mais aussi de proposer un dialogue avec le corps enseignant. Une salle de travail a d’ailleurs été transformée afin d’accueillir ceux qui souhaitent participer à la mobilisation. Une salle investie comme pour se réapproprier l’université.

Arrivés à la station «École militaire», tout le monde descend. Tolbiac est la première université arrivée sur place, rapidement rejoint par Paris 8, Paris 7 et Paris 10. Quelques lycéens sont aussi présents. En tout, quelques deux-cent jeunes sont au rendez-vous. Et le mystère est enfin levé…

© Politis

Les différents cortèges ont tous convergé vers le siège du Medef. Un bâtiment aux grilles fermées. Tous ensemble, les jeunes crient leur colère, et en profitent pour chanter, lancer des confettis et autres serpentins devant les locaux. L’objectif est clair, faire de cette action un vrai carnaval. Sur l’immeuble, à l’endroit même où est écrit «Medef», les étudiants lancent également des bouteilles de coca-cola, déversant le contenu sur les inscriptions.

Après les slogans, dont «la bourgeoisie au RSI. Le patronat, au RSA», un discours est prononcé. Cynique, il s’agit de décrédibiliser le pouvoir octroyé au patronat. En voici un court extrait :

Courte mais efficace, l’action prend fin dans la bonne humeur. «Parce qu’on a d’autres choses à faire quand même», plaisante un manifestant dans le mégaphone, à l’attention des CRS présents devant les grilles du Medef. Les étudiants repartent, non content du déroulement de la mobilisation, sans heurts, mais également soucieux d’être en forme pour celle de demain.

© Politis

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