La Turquie procède à des expulsions forcées vers la Syrie

Amnesty International dénonce l’illégalité et l’inhumanité des renvois forcés de réfugiés syriens vers la Syrie, dont des femmes et des enfants sans leurs parents.

Célia Coudret  • 1 avril 2016
Partager :
La Turquie procède à des expulsions forcées vers la Syrie
© Réfugiés dans un centre des gardes-côtes turcs à Izmir, le 20 Mars, 2016 (AFP / OZAN KOSE).

L’ONG accuse les autorités turques de renvoyer illégalement des centaines de réfugiés syriens vers leur pays ravagé par la guerre. Des renvois collectifs que l’ONG a constaté dans la province de Hatay, située à une trentaine de km à l’ouest d’Alep.

Nul n’est épargné par ces expulsions, explique Amnesty International. Trois enfants ont été renvoyés en Syrie sans leurs parents, une femme enceinte de huit mois, mais aussi des Syriens ayant été enregistrés par les autorités turques. En principe, cet enregistrement leur confère pourtant le statut d’ « invité », leur donnant un accès gratuit aux soins. Mais selon les témoignages recueillis par l’organisation, des Syriens enregistrés ont quand même été renvoyés après avoir été appréhendés sans leurs papiers.

Autant d’expulsions forcées qui sont illégales puisqu’interdites par le droit turc, les règles européennes et le droit international. Des pratiques inhumaines qui, sur place, ne seraient « un secret pour personne », selon le rapport d’Amnesty International paru ce 1er avril.

Or, toujours selon l’ONG, ces expulsions dissuaderaient les migrants de se signaler aux autorités et donc, de bénéficier de la protection accordée après enregistrement. Une situation qui plongent les réfugiés en Turquie dans une plus grande précarité.

Amnesty International met en garde l’Union européenne

Dans leur hâte désespérée de bloquer les frontières, les dirigeants de l’UE ont volontairement ignoré le plus simple des faits : la Turquie n’est pas un pays sûr pour les réfugiés syriens, et devient de moins en moins sûr chaque jour. 

Ces expulsions collectives forcées illustrent les failles profondes de l’accord UE-Turquie, et ses effets pervers. C’est en tout cas ce que dénonce l’ONG, estimant que ses informations sont la preuve que la Turquie n’est pas un pays sûr pour les réfugiés. D’où ce jugement sévère de John Dalhuisen, directeur d’Amnesty pour l’Europe : 

Cet accord ne permet pas à l’Union européenne de faire pression sur la Turquie afin qu’elle améliore la protection des réfugiés syriens : « L’UE incite en fait à faire le contraire », avertit l’ONG.

Lire aussi >> Les ONG ne seront pas «complices» de l’accord UE-Turquie

L’UE renverra des réfugiés en Turquie

Monde Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
Au Liban, les secouristes sous le feu israélien
Reportage 23 mars 2026 abonné·es

Au Liban, les secouristes sous le feu israélien

Ces dernières semaines, une quarantaine de personnels médicaux ont été tués par des frappes aériennes. Visés délibérément, ils entendent bien continuer leur mission, fût-ce au péril de leur vie.
Par Laurent Perpigna Iban
Giorgia Meloni joue une partie de son mandat sur un référendum constitutionnel
Analyse 20 mars 2026 abonné·es

Giorgia Meloni joue une partie de son mandat sur un référendum constitutionnel

Ces 22 et 23 mars, l’Italie vote une réforme constitutionnelle pour la séparation des carrières des magistrats. En cas de majorité du « oui », l’exécutif réussirait à faire passer l’un de ses trois grands chantiers de réformes institutionnelles, avec l’autonomie des régions et l’élection directe du premier ministre.
Par Giovanni Simone
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien