Calais : Après la jungle, un nouveau départ

Le premier jour de démantèlement s’est déroulé dans un calme contraint et une certaine résignation. Mais certains réfugiés ont aussi quitté le sinistre camp pleins d’espoir.

Il reste deux places pour le Grand Est. Sur la table de la Sécurité civile est posée une carte de France découpée en régions de destination. Juste des mentions : « Vaucluse », « Hérault », qui doivent sembler bien abstraites aux migrants. « Certains savent très bien où ils veulent aller », objecte le responsable de la préfecture de Calais qui fait visiter le « hangar » où les occupants de la jungle sont répartis dans des cars, ce lundi 24 octobre. « Ils se sont mis d’accord à plusieurs quand ils ont appris que le démantèlement arrivait. » « J’ai un Soudanais qui voudrait rejoindre ses copains dans un autocar plein, c’est possible ? », passe demander un collègue. Les autorités font leur possible pour paraître arrangeantes. Le mot d’ordre a été donné : le démantèlement de la jungle, jour historique depuis la fin de Sangatte, doit apparaître comme « une opération humanitaire de mise à l’abri », et non comme une évacuation par la force. Les CRS sont quand même déployés en nombre dans chaque artère, rond-point et contre-allée de la ville et de la jungle. Ils forment d’épais cordons de sécurité autour des réfugiés qui font la queue devant le hangar qui a ouvert à 8 heures.

Certains n’ont pas dormi pour être sûrs de partir le premier jour. D’autres viennent du camp, à quelque 500 mètres, voir comment les choses se déroulent. Ils observent leurs frères de galère cependant que les journalistes les scrutent. Pas moins de 700 professionnels se sont « accrédités » pour couvrir cet événement qui n’a pourtant rien de commun avec un festival ou un salon. « L’objectif est de ne rien vous cacher, de vous laisser tout voir », assure le responsable qui introduit les « pools » dans la zone où s’effectuent les répartitions. Mais, entre les barrières blanches des JO de Londres et les barrières grises de sécurité, Calais campe un dédale de couloirs à ciel ouvert qui s’entrelacent jusque dans le bidonville, gênant regards et déplacements. Et les journalistes sont conviés à des « points presse » où on leur dit quoi voir et d’où, comme s’ils couvraient une guerre depuis le même hôtel. Certains sont dépourvus de badge de presse, en quantité insuffisante. Contraints dans leurs mouvements, tous s’appliquent à mitrailler des migrants qui renoncent à protester « no camera ! » tant ils sont pressés de se poser enfin sous la tente où ils attendront, munis d’un bracelet de couleur numéroté, le car qui les emmènera loin de ces lieux humides aux hivers redoutables.

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