Islande : L’île aux Pirates

Le tout jeune parti politique pourrait remporter les législatives du 29 octobre et animer une alliance progressiste, en vue de profonds changements pour ce pays encore agité par la crise de 2008.

Il a choisi une chaise dans une alcôve du Stofan, l’un des cafés branchés de la vieille ville de Reykjavik. Un petit drapeau islandais trône sur une longue table en bois, qui accueille volontiers les militants progressistes autour de bières locales. La veille, on y débattait du processus d’adoption d’une nouvelle Constitution, lancé en 2010 par l’Alliance socio-démocrate et le Mouvement gauche-verts (GV), alors en coalition gouvernementale (2009-2013), mais bloqué ensuite par la droite. Or, tout redevient possible. Le regard de Jon Thorisson s’allume : « Nous vivons un moment historique ! »

Samedi 29 octobre, les Islandais élisent leurs 63 députés et la situation politique est parfaitement inédite : avec plus de 20 % des intentions de vote, le Parti pirate (Píratar), quatre ans d’existence seulement, dispute la première place au Parti de l’indépendance. Le vieux mouvement conservateur, qui règne sur la vie politique depuis la naissance de la République, en 1944, a perdu près de 30 % de ses soutiens en un an. Il faut au député Birgir Ármannsson des trésors d’imagination pour imaginer un scénario majoritaire avec le traditionnel allié du Parti du progrès (centre) lui aussi effondré, à moins de 10 %. « Nous pourrions débaucher des personnalités côté socio-démocrate et Gauche-Verts… »

Même si le nombre des indécis n’a jamais été aussi important, la petite démocratie parlementaire (320 000 habitants) semble aujourd’hui prête à un virage radical. Píratar, qui exclut toute alliance avec la droite, s’est ouvert à une coalition avec GV (15 à 19 % des intentions) et l’Alliance socio-démocrate (7 à 9 %), ainsi qu’avec Avenir radieux (centre-gauche, 5 à 8 %). « Je suis confiant dans cette hypothèse, les quatre partis ont bien travaillé ensemble dans l’opposition », livre Steingrimur Sigfússon, vieux briscard du Mouvement gauche-verts.

Les rôles semblaient même se distribuer harmonieusement au sein de cette alliance inédite qui prévoit une annonce deux jours avant le vote : la présidence de l’Althing (le Parlement) à la députée Birgitta Jónsdóttir, dirigeante emblématique du Parti pirate, alors que la très populaire Katrin Jakobsdóttir, députée et présidente de GV ferait une Première ministre consensuelle (voir entretien p. 19). Pour Vilhjálmur Árnason, professeur de philosophie à l’université d’Islande, la grande nouveauté n’est déjà plus l’émergence de Píratar, qui a élu trois députés en 2013 – première mondiale pour le mouvement international Pirate – « mais l’agenda politique qui se dessine, des plus intéressants ! ».

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