Les mots inouïs de Christine Angot

Angot versus Fillon, dans « L’Émission politique » du 23 mars, un moment de télévision qui est allé au-delà du buzz recherché par France 2.

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Angot versus Fillon. Depuis « L’Émission politique » du 23 mars, les commentateurs se divisent, les uns encensent la romancière, les autres la condamnent. Sans doute, Christine Angot ne fait jamais dans la demi-mesure. Sa personne, comme son œuvre (ou la réputation de celle-ci), polarise un vif rejet, voire une détestation. À l’inverse, elle compte des cohortes d’admirateurs. Certes, ses interventions sur le terrain politique ne sont pas toujours sûres, parfois même relèvent-elles d’un affligeant conformisme. Et son manque de sens de la repartie, l’autre soir, a laissé la part belle au candidat LR, qui a renversé la situation à son profit. Il n’empêche. Ce moment de télévision est allé au-delà du buzz recherché par France 2.

On a pu être gêné par ce à quoi on assistait – sur le moment, je l’ai moi-même été. Pour une simple raison : des conventions étaient transgressées. Lisant d’abord son texte sur un ton juste, bien que non dénué de stress, Christine Angot a eu des mots inouïs, jamais encore entendus dans une telle émission, face au candidat à la présidence de la République qui, ne s’étant pas retiré après sa mise en examen, s’est déjugé (étymologiquement : « s’est condamné »). Qu’a-t-elle dit ? « Ce qui choque, c’est que vous vous soyez mis dans la situation, pour des costumes ou autre chose, d’avoir des services à rendre. » « Pourquoi les gens ont un sentiment d’injustice, alors ? Peut-être parce que ce n’est pas une question de légalité, mais une question de décence. » Réagissant à l’allusion à Pierre Bérégovoy, elle ose formuler ce que ce nom a d’implicite : « Est-ce que vous nous faites un chantage au suicide ? »

Durant ce moment de dérèglement du show télévisuel, deux paroles se sont opposées. L’une rouée, « malhonnête », ne serait-ce qu’intellectuellement : le coup du « moi, j’ai rendu les costumes » ! L’autre s’arrachant aux carcans de la communication et de la bienséance. Certainement pas naïve – l’auteure de L’Inceste est consciente de s’exprimer à partir de son statut d’écrivain-vedette. Mais dotée d’une force d’authenticité et de vérité qu’elle puise dans son rapport à la littérature. « Ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes, NDLR] ne peuvent pas vous le dire », a-t‑elle conclu. Irréfutable.


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