Floride : les citoyens autorisés à censurer des livres de classe

L’éducation passe sous la coupe des conservateurs et de la religion dans plusieurs États américains.

Claude-Marie Vadrot  • 10 juillet 2017
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Floride : les citoyens autorisés à censurer des livres de classe
photo : Rick Scott, gouverneur républicain de Floride.
© RAUL E. DIEGO / ANADOLU AGENCY

Le gouverneur républicain de Floride s’était distingué il y a trois ans en interdisant aux fonctionnaires de son État de faire la moindre allusion au réchauffement climatique. Étaient (et restent) interdits dans les rapports techniques ou officiels comme dans la communication entre ces fonctionnaires, d’utiliser les mots « réchauffement », « dérèglement du climat » ou « montée de la mer ». Ce qui n’empêche évidemment pas l’océan d’envahir régulièrement une partie de Miami et de quelques autres villes de cette région. Mais, cela, c’était avant Trump…

Rick Scott vient de signer une loi locale permettant à tout résident de l’État de demander le retrait ou l’interdiction d’un livre de classe, écoles primaires et secondaires, qui lui déplaît ou dont les orientations lui paraissent « erronées ». Il peut le faire directement ou en passant par l’intermédiaire de l’État ou d’un fonctionnaire spécialisé qui a désormais le droit de retirer de la dotation des élèves ou de la bibliothèque d’un l’établissement tous « les livres de classe, les films ou les romans qui lui paraîtront inadéquats ». Un « progrès » par rapport à la réglementation qui permettrait aux parents ou résidants de se plaindre auprès du Conseil de l’école de leur quartier. C’est par ce biais que des parents avaient obtenu aussi bien l’interdiction de livres accusés de « glorifier Cuba » que des ouvrages qui présentaient le réchauffement climatique comme une réalité ou faisait remonter l’origine du monde à 4 milliards d’années. Une femme avait aussi réussi à faire disparaître d’une bibliothèque scolaire tous les exemplaires d’Harry Potter. Et un couple a obtenu le retrait d’un livre sur le pape.

L’évolution biologique et le réchauffement en question

Cette mesure, c’est-à-dire cette censure, a été considérée comme antiscience par le Conseil national pour les sciences éducatives de Washington, mais elle n’a empêché ni le parlement de l’État de la voter ni le gouverneur de la promulguer. L’État de l’Alabama et celui de l’Indiana ont également adopté des textes de « liberté académique » pour « encourager les enseignants à promouvoir dans leur cours la discussion sur la question de l’évolution biologique, sur les origines de la vie et de la terre et sur le réchauffement climatique ». Mais ces textes, comme celui adopté en Floride, n’ont entraîné aucune restriction envers les dizaines de milliers de films et de livres envoyés gratuitement dans les écoles par le Heartland Institute véhiculant des fausses informations sur l’origine de la vie et sur le dérèglement climatique. Il est vrai que cet organisme libertarien et conservateur a les faveurs du Parti républicain. Basé à Chicago, employant plusieurs centaines de personnes, il est financé par des compagnies pétrolières, par des sociétés chimiques et pharmaceutiques et par Philip Morris. Il a été accusé, preuves à l’appui, par des journalistes d’investigation américains, d’avoir payé de nombreux scientifiques pour qu’ils publient des rapports biaisés sur le climat en particulier et sur les recherches médicales et scientifiques en général.

De nombreux spécialistes de l’éducation et des sciences de Floride protestent contre les risques de censure, mais pour l’instant ils n’ont pas été entendus et les conseils d’école de l’État croulent déjà sous les demandes de retraits de livres de sciences ou de littérature, de la part des activistes conservateurs.

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