Violences policières à Noisiel : des témoins racontent

Dans la nuit du 16 au 17 mars, dans cette ville de Seine-et-Marne, des vidéos d’une interpellation très violente de deux hommes par des policiers de la BAC ont fait le tour de la ville et des réseaux sociaux. La famille de l’une des personnes interpellées s’est confiée à Politis.

William Jean  et  Kamélia Ouaïssa  et  Maxime Sirvins  • 18 mars 2026 libéré
Violences policières à Noisiel : des témoins racontent
Capture écran des violences policières à Noisiel, le 16 mars.
© Capture écran

Dans la ville de Noisiel, en Seine-et-Marne, un événement agite toutes les conversations. Dans la matinée du 17 mars, une vidéo tournée la nuit précédente, vers 23 heures, a fait le tour des réseaux sociaux. On y voit une voiture de la police nationale s’arrêter brusquement à l’angle du cours des Roches, à deux pas de la gare RER, en plein centre-ville. Quatre policiers de la brigade anticriminalité (BAC) en sortent, LBD et grenades lacrymogènes en main.


L’un d’eux recharge son arme, fait de grands gestes et lance : « Vous voulez jouer ? On va vous enculer ! Vous êtes tous liés. » S’ensuit un premier tir de LBD. Sur une autre vidéo, on aperçoit un policier asséner un violent coup de pied à une personne à terre. Selon un membre de sa famille qui s’est confié à Politis, il s’agit d’un mineur de 15 ans.

La suite de la vidéo montre un homme au téléphone qui semble sortir d’un snack. Deux policiers s’approchent et lui ordonnent de « dégager ! », sous peine de se faire tirer dessus. L’homme s’exécute et s’éloigne, talonné par les deux agents. Soudain, l’un des policiers lui assène un coup de pied. L’homme tente de s’éloigner, mais un autre policier le met en joue pendant que son collègue le projette au sol. Une pluie de coups s’abat alors sur l’homme à terre. Dans la confusion, la grenade lacrymogène que le policier tenait se déclenche à quelques centimètres du visage de l’interpellé. Les étincelles et le gaz envahissent la rue.

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Contacté par Politis, le propriétaire du restaurant indique que cet homme était bien un « client habituel sans histoire ». Selon des informations publiées par Assa Traoré sur Instagram, l’homme interpellé violemment par la BAC se nommerait Johnny (surnommé Flavel), membre du groupe de musique Flavel & Neto, âgé de 35 ans et père de famille. Une troisième vidéo, filmée depuis un autre angle, vient compléter le tableau. On y distingue un des policiers traînant l’homme sur le bitume pendant que ses collègues montent la garde ; celui-ci semble inanimé.

Interpellation, feux d’artifice et violences policières

Aux alentours de 23 heures, une trentaine de personnes auraient lancé des feux d’artifice ainsi qu’un cocktail Molotov contre le commissariat municipal, selon le communiqué de la mairie. La police nationale aurait été appelée en renfort, avec plusieurs voitures, donnant ensuite ce que l’on voit sur la vidéo. Une commerçante ayant souhaité rester anonyme, présente sur place, décrit la scène comme « chaotique ». Elle a d’abord cru à des célébrations en voyant les feux d’artifice, avant de voir les policiers débarquer.

Elle indique également que les policiers l’auraient, elle aussi, insultée et lui auraient ordonné de ne pas sortir de son magasin. Selon le parquet de Meaux, sept personnes ont été arrêtées dans la journée et la soirée. D’après les informations diffusées par la sœur du mineur de 15 ans sur les réseaux sociaux, la victime aurait reçu un tir de LBD visible sur les vidéos diffusées et plusieurs coups par le policier.

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Dans la soirée, son père s’est présenté au commissariat et affirme que la police voulait prolonger la garde à vue de 24 heures. Pour le parquet de Meaux, la prolongation de cette dernière n’était pas compatible avec le temps nécessaire à l’exploitation de la vidéosurveillance. Trois personnes ont été libérées de cette détention, dont le mineur ayant reçu des coups de pied ainsi que Johnny. Le procureur a, par ailleurs, ordonné « la poursuite des investigations en [enquête] préliminaire » pour des faits de « possibles participations à des violences urbaines ».

Une fois rentrée, sa famille a pu observer que la mâchoire de l’adolescent était déplacée. Elle a aussi constaté la présence de plaies importantes au genou, au menton, aux côtes et au niveau de l’aisselle – des informations que la sœur du mineur nous a confirmées après les avoir publiées sur les réseaux sociaux. D’après ce même témoignage, la victime raconte aussi avoir été « fracassée sur le sol », « humiliée » et « insultée ».

Si on croit en la vertu de l’uniforme, il faut condamner les violences policières.

M. Laisney

Maxime Laisney, député de la France Insoumise, de la 10ᵉ circonscription de Seine-et-Marne, a saisi la justice. « Si on croit en la vertu de l’uniforme, il faut condamner les violences policières », déclare-t-il au téléphone. Dans son communiqué, le procureur de Meaux reconnaît qu’au moins l’une des interpellations a été réalisée dans des « conditions de nature à interroger sur sa légitimité, dans son principe comme dans ses modalités ». Trois enquêtes distinctes ont été ouvertes : l’une sur les violations des interdictions de paraître, une autre sur des faits de violences urbaines et la troisième, enfin, pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique, a été confiée à l’IGPN.

Traîné sur le bitume

À midi, ce mardi 17 mars, les habitants sont sous le choc. Chacun tente de reconstituer ce qui s’est passé avant et après la scène filmée. À l’endroit des faits, les journalistes tentent de trouver la moindre information et d’interviewer des habitants réticents à l’idée que leur ville fasse la une du « JT de 20 h ». À deux pas, Hamza*, 17 ans, dégaine son téléphone et regarde sur Snapchat les vidéos de l’interpellation : « C’est pas normal de se faire traîner comme un animal. »

*

Les prénoms suivis d’une astérisque ont été changés.

D’un geste de la main, il attire l’attention de son ami : « Montre-lui toutes les amendes que tu as. » Un jeune du même âge sort de son sac à dos deux amendes datant de décembre 2025, l’une pour jet de déchets et l’autre pour jet de liquide sur la voie publique. Sur le procès-verbal, les infractions sont datées au même jour, même heure et même endroit : le groupe d’adolescents se plaint d’être la cible d’amendes abusives de la part de la police municipale. « Des fois, ils nous voient juste traîner et deux jours après, on reçoit des amendes », lance l’un d’entre eux.

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Mardi matin, le maire socialiste de la ville, Mathieu Viskovic, lequel a remporté l’élection au premier tour ce dimanche, a publié un communiqué affirmant que « le narcotrafic est à l’origine de toute violence » qui sévit à proximité des lieux de la vidéo. Selon des informations obtenues par Politis, le point de départ serait une altercation survenue aux alentours de 17 heures entre une riveraine et un guetteur, « un intérimaire du trafic de stup qui fait le fou », selon un habitant souhaitant rester anonyme. Dans une vidéo consultée par Politis, la police municipale serait alors intervenue et aurait interpellé le jeune homme.

Dans le même communiqué, l’édile appelle « chacun au calme et à la responsabilité » sans évoquer les conditions, pourtant tendues, de cette interpellation. Mardi soir, un second communiqué du maire a été publié. Il affirme que la police municipale a « sécurisé la situation avec professionnalisme et sang-froid ». Concernant celle de la police nationale plus tard dans la soirée, la mairie « regrette qu’il y ait plus y avoir des blessés ». Ce mercredi, la famille du mineur confie à Politis vouloir prendre la parole « après avoir porté plainte pour que cette affaire ne soit pas laissée impunie ».

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