Poutine aggrave le contrôle d’Internet

Des internautes moscovites manifestent contre le renforcement des lois permettant de censurer la toile et d’interdire l’accès à des sites et services.

Claude-Marie Vadrot  • 1 septembre 2017
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Poutine aggrave le contrôle d’Internet
© photo : Dmitry Lovetsky / POOL / AFP

Après avoir mis sous tutelle la plupart des radios, toutes les chaînes de télévision et muselé les journaux avec d’efficaces prises de participation dans leur capital, l’administration du Kremlin s’attaque désormais avec plus d’efficacité à ce qui se passe et s’écrit sur un Internet. Cet « intérêt » a toujours existé, mais il s’est accentué.

Les lois, règlements et interdits se multiplient depuis 2015, c’est-à-dire depuis que le taux de Russes raccordés au Net a dépassé les 50 %. L’accès au réseau commence à concerner aussi les citoyens des zones rurales et des villes moyennes lointaines. Ceux-ci sont sous la dépendance, pour leur information et leur ouverture sur le monde, des médias officiels nationaux – de plus en plus rares s’agissant du papier – et des quotidiens régionaux et locaux, dont le contenu relève encore du « ton soviétique ». Les faits divers peuvent échapper à cette chape de plomb, sauf s’ils impliquent des personnalités proches du pouvoir régional, dont les gouverneurs sont généralement élus après désignation par Vladimir Poutine.

Sites et réseaux interdits

Depuis que les jeunes Russes et une partie de la classe moyenne ont compris que, malgré les premières contraintes officielles, Internet était le média offrant le plus d’informations et de visions du monde hors d’un schéma russe – qui ressemble de plus en plus à l’ancien schéma soviétique –, le pouvoir s’est attaqué à lui, à la fois sur les contenus et les contenants.

Une loi votée par le parlement à la fin du mois de juillet vise à interdire tous les réseaux virtuels privés. Elle entrera en vigueur dans un mois. Un autre texte, dont l’application est prévue pour le mois de janvier prochain, contraindra tous les internautes utilisant les messageries comme Messenger ou WhatsApp à communiquer leur numéro de téléphone (portable comme fixe) aux autorités. Six mois plus tard, tous les outils numériques encore accessibles (Google, Firefox, etc.) devront stocker sur le territoire les données et coordonnées des citoyens russes ayant recours à leurs services. Avec, évidemment, un accès garanti aux services de police et à la justice russes.

Contrer les campagnes politiques virales

Ces dernières mesures, ainsi qu’une surveillance informatique (au moyen de mots-clefs), s’ajoutent à toutes les interventions et décisions administratives qui ont abouti, depuis cinq ans, au blocage ou à l’interdiction de plus de 80 000 services, réseaux ou sites. Ce qui a incité, comme en Chine, des réseaux à « modérer » certains propos, articles et reportages pouvant fâcher le pouvoir.

Une partie de cette offensive contre Internet, qui vise à la surveillance interne, est officiellement justifiée par la lutte antiterroriste. Mais les gens concernés savent bien qu’il s’agit en fait de préparer l’élection présidentielle qui doit se dérouler au mois de mars 2018. L’objectif : faire en sorte que le blogueur-opposant Alexeï Navalny ne puisse pas organiser sa campagne de candidature contre Vladimir Poutine et que la blogosphère russe ait du mal à développer une opposition politique au moyen de campagnes virales au cours des mois à venir.

C’est ce qu’ont clamé au cours du dernier week-end les manifestants moscovites inquiets du développement de la censure et des contrôles. Malheureusement, ils n’étaient que quelques centaines dont une quinzaine ont été arrêtés par la police. Dans les milieux activistes de la Toile, les arrestations devraient se multiplier d’ici à la fin de l’année…

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