Assurance chômage : les syndicats inquiets

Après les premiers entretiens bilatéraux sur l’assurance chômage et la formation, les organisations de salariés ont mis en garde Emmanuel Macron, tant sur la méthode de concertation que sur le fond.

Politis.fr  et  AFP  • 13 octobre 2017
Partager :
Assurance chômage : les syndicats inquiets
© photo : PASCAL ROSSIGNOL / POOL / AFP

Après la flexibilité, la sécurité ? Si la réforme du Code du travail par ordonnances a assurément amené la première, rien n’indique, après les premières rencontres bilatérales entre Emmanuel Macron et les organisations syndicales et patronales, jeudi et vendredi, que celle de l’assurance chômage garantira la seconde, pourtant promise par le Président pour contrebalancer les effets sociaux dévastateurs des ordonnances : « Après la partie libérer, la partie protéger », avait-il ainsi indiqué la semaine dernière sur le campus de l’École d’application aux métiers des travaux publics d’Egletons (Corrèze).

Mais ce premier round d’entretiens (qui portaient aussi sur la formation et l’apprentissage) n’aura pas permis d’en savoir beaucoup plus sur le contenu des réformes envisagées par le chef de l’État. Au contraire, les syndicats ont fait part de leurs inquiétudes, et exigé un changement de méthode par rapport à la discussion sur les ordonnances.

« Nous n’avons pas des têtes d’alibi »

Ainsi, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a dit avoir « fait un bilan de l’épisode précédent », qui ne l’« a pas satisfait tant sur le fond que sur la forme ». « Discuter ça sert toujours, mais que nous n’avons pas des têtes d’alibi », a-t-il également lancé, exigeant « un texte » sur lequel l’ensemble des parties prenantes pourraient s’appuyer, ainsi que « des multilatérales » en lieu et place des bilatérales qui avaient prévalu pendant les concertations sur les ordonnances. Il demande une véritable concertation, en somme, et non une vague discussion au terme de laquelle les syndicats prennent connaissance du texte « deux heures avant » la presse.

Laurent Berger a, lui aussi, demandé « qu’on démarre non pas par des bilatérales, mais par une multilatérale ». Il estime avoir été « entendu » par le Président sur ce sujet.

Sur le fond, plusieurs syndicats ont fait part de leur opposition au passage d’une gestion paritaire syndicats-patronat à une gestion tripartite avec pilotage de l’État, annoncé par Emmanuel Macron pendant sa campagne. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, a ainsi estimé que les syndicats « devaient garder leur « responsabilité, en ce qui concerne les salariés, […] sur la définition des prestations et de l’indemnisation… Quand on gère à trois, c’est toujours deux contre un et ça tourne, donc je ne pense pas que ce soit le meilleur système ».

Possible baisse des indemnités

François Hommeril, de la CFE-CGC, a lui aussi rappelé une « ligne rouge » : « Une étatisation du système […] qui reviendrait à remettre en question le caractère contributif, assurantiel et solidaire du dispositif actuel. » Mais Emmanuel Macron a d’ores et déjà annoncé un basculement d’une partie du financement de l’assurance chômage sur la CSG, donc sur l’impôt, remettant de fait en cause le système par cotisations, ce qui, selon Pierre Gattaz, patron du Medef, rend déjà le « paritarisme bancal ».

Autre crainte des syndicats : une possible baisse des indemnités versées à l’ensemble des chômeurs, dont Le Canard enchaîné laissait entendre mercredi que le ministère du Travail en « envisage la possiblité ». La raison : le surcoût engendré par l’indemnisation promise par le candidat Macron des indépendants et des démissionnaires. Ce coût pourrait atteindre, selon une étude du ministère citée par Les Échos, entre 8 et 14 milliards la première année, en raison de l’effet d’aubaine de la mesure, et entre 2 et 3 milliards les suivantes.

« J’ai posé la question. Le président de la République a été extrêmement clair en disant qu’il ne voulait pas de réductions des droits. Je serai satisfait lorsque j’aurais vu que c’est exactement le cas », a souligné M. Berger. La prudence, concernant les promesses d’Emmanuel Macron, est en effet la conduite la plus sage.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 
Enquête 6 mars 2026 abonné·es

À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 

Rues débaptisées, affiches à la gloire des armes de la police… Depuis 2014, le maire sature l’espace public de messages agressifs pour diffuser l’idéologie d’extrême droite. Un combat culturel, qui s’accompagne d’un mépris de la loi et de tentatives de silenciation des voix dissonantes.
Par Pauline Migevant
Nicolas Lebourg : « Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »
Entretien 6 mars 2026 abonné·es

Nicolas Lebourg : « Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »

À l’approche des municipales, l’historien Nicolas Lebourg revient, avec deux confrères chercheurs, sur l’exemple de Perpignan et analyse comment Louis Aliot a tiré parti des dynamiques sociales et territoriales de la ville pour en faire un laboratoire du populisme français.
Par Juliette Heinzlef
Comment le Rassemblement national voit dans les municipales un tremplin présidentiel
Enquête 6 mars 2026

Comment le Rassemblement national voit dans les municipales un tremplin présidentiel

Un nombre de candidatures record, des troupes entièrement mobilisées, des victoires envisageables dans plusieurs départements… Marine Le Pen, Jordan Bardella et leurs troupes jouent gros dans le scrutin de 2026.
Par Alix Garcia
Le grand effacement de la Macronie aux municipales
Infographie 5 mars 2026 abonné·es

Le grand effacement de la Macronie aux municipales

Après les échecs répétés dans les urnes lors des élections européennes et législatives, le parti présidentiel Renaissance, a adopté une nouvelle stratégie : disparaître pour se fondre dans des alliances. Retour en chiffres sur cette disparition.
Par Pierre Jequier-Zalc et Basile Roth