Ce soir, on sort de l’état d’urgence, mais pas vraiment

Le régime d’exception prend fin ce 31 octobre, mais la récente loi antiterroriste va perpétuer de nombreuses atteintes à l’État de droit.

Politis.fr  • 31 octobre 2017
Partager :
Ce soir, on sort de l’état d’urgence, mais pas vraiment
© photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Le 31 octobre à minuit, l’état d’urgence, instauré à la suite des attentats du 13 novembre 2015, prend officiellement fin. Il a été prolongé six fois et aura duré près de deux ans.

Gérard Collomb l’a proclamé sur sur compte Twitter, posant auprès de gendarmes en patrouille et assurant que « la protection des Français continuera d’être assurée avec la même intensité ».

Cette sortie de l’état d’urgence n’est, en fait, qu’apparente. L’adoption de la loi de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme en reprend l’esprit malsain et l’essentiel des dispositions dont on a pourtant constaté les dérives, ceci en dépit des nombreuses alertes et des vives critiques d’institutions publiques nationales (Défenseur des droits, Commission nationale consultative des droits de l’Homme) et internationales (Rapporteuse des droits de l’Homme de l’ONU, Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe), de syndicats de juges, d’avocats, d’associations de défense des droits, dont la Ligue des droits de l’Homme. Par ce texte désormais en vigueur, l’État de droit est profondément ébranlé. L’exception s’inscrit de manière permanente dans le droit commun, l’institution judiciaire est durablement affaiblie, la présomption de culpabilité devient la règle à l’égard d’une partie de la population qui sera, une fois de plus, stigmatisée. Les droits et libertés seront traités à l’aune des besoins de l’État avec l’autorisation de fichages de masse, de surveillances généralisées et de contrôles au faciès, au prétexte de lutter contre le terrorisme.

Si l’efficacité de l’état d’urgence dans la « protection des Français » reste à démontrer, puisque aucun bilan n’en a été tiré, le ministre de l’Intérieur a raison de souligner que rien ne changera, puisque nombre de mesures de l’état d’urgence ont été introduites dans le droit commun à travers la récente loi antiterroriste.

À lire aussi >> Antiterrorisme : de l’état d’urgence au droit commun

C’est ce que souligne, dans un communiqué, la Ligue des droits de l’homme (LDH) :

MM. Macron et Collomb le prouvent une fois de plus : il faut que tout change pour que rien ne change, et quand il s’agit des libertés publiques, ce sont tous les citoyens qui sont concernés.

À lire aussi >> Après l’état d’urgence, une loi antidémocratique

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?
Politique • 9 octobre 2026 abonné·es

Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?

Ces 9, 10 et 11 octobre, les 140 000 inscrits à la primaire de la gauche sociale-démocrate se prononcent au cours d’un scrutin en ligne. Une question brûlante a animé les derniers jours de campagne : une victoire du coprésident de Place publique serait-elle synonyme de la fin du parti à la rose ?
Par Névil Gagnepain
Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »
Reportage • 8 octobre 2026

Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »

Pour la première fois depuis le début du mouvement dans les lycées, l’université parisienne Panthéon-Assas a été bloquée. Parmi les étudiants en droit de la faculté historiquement marquée à droite, les débats ne manquent pas, dont le futur projet de loi du gouvernement.
Par William Jean
À Lille, les étudiants en journalisme questionnent le traitement des mobilisations lycéennes 
Médias • 7 octobre 2026 abonné·es

À Lille, les étudiants en journalisme questionnent le traitement des mobilisations lycéennes 

Ce mercredi 7 octobre, des poubelles bloquent l’entrée de l’École supérieure de journalisme de Lille. En assemblée générale, les étudiant.es s’interrogent et alertent notamment sur le traitement médiatique du mouvement lycéen.
Par Louis Witter
Lycéen·nes : « Il ne faut pas juste qu’on se fasse entendre, il faut qu’on soit écouté·es ! » 
Reportage • 7 octobre 2026 abonné·es

Lycéen·nes : « Il ne faut pas juste qu’on se fasse entendre, il faut qu’on soit écouté·es ! » 

La colère lycéenne a vite gagné toutes les régions et notamment les établissements situés en zone rurale. À Alençon, dans l’Orne, les lycéen·es se sont organisés pour tenir.
Par Céline Martelet et Paul-Elyes Hecham