Bombardements chimiques en Syrie : la « ligne rouge » pas franchie, estime Florence Parly

La ministre de la Défense a utilisé une insupportable langue de bois au sujet des attaques au chlore par le régime de Bachar al-Assad.

Denis Sieffert  • 9 février 2018
Partager :
Bombardements chimiques en Syrie : la « ligne rouge » pas franchie, estime Florence Parly
© photos : Anne-Christine POUJOULAT / AFP ; AMER ALMOHIBANY / AFP

Pas facile pour un membre du gouvernement de défendre la politique française en Syrie. La ministre de la Défense, Florence Parly, en a encore fait l’amère expérience, vendredi sur France Inter. Interrogée sur les bombardements au chlore du quartier rebelle de la Ghouta par le régime syrien, la ministre a estimé que la « ligne rouge » fixée par Emmanuel Macron n’était pas franchie.

Le 29 mai dernier, le président de la République avait déclaré devant Vladimir Poutine que « toute utilisation d’armes chimiques donnerait lieu à une riposte immédiate de la France ». Alors que des images font le tour du monde montrant des enfants de cette banlieue de Damas, pris de suffocations, et que les avions du régime ont mené de nombreuses attaques chimiques depuis début janvier, Florence Parly a affirmé dans une formule alambiquée que nous avons « des indications possibles, mais pas de confirmations absolues ». Puis, la ministre a rappelé que l’essentiel pour la France était la lutte contre Daech.

« Tout ce qui vient divertir les uns et les autres de cet objectif est à bannir », a-t-elle commenté. Les bombardements intensifs contre les zones rebelles qui ont causé la mort de 220 civils en quatre jours et qui empêchent les opérations de secours n’auraient donc d’autres inconvénients que de faire « diversion ». On ne sait ce qui est le plus à blâmer dans cette affaire, de l’épouvantable langue de bois de la ministre, ou de la rodomontade du président de la République qui a proféré une « menace » dont la France n’a évidemment pas les moyens.

L’ONG Care International prédit une « catastrophe humanitaire » d’une ampleur « qu’on ne peut imaginer », alors que quelque 400 000 civils assiégés depuis 2013 vivent toujours dans la Ghouta orientale, à l’est de Damas. Selon l’association Save the Children, plus de 4 000 familles vivent actuellement dans des caves et des bunkers.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Le gouvernement s’apprête à dissoudre Génération EDR, collectif de lutte contre l’islamophobie
Exclusif 3 avril 2026 abonné·es

Le gouvernement s’apprête à dissoudre Génération EDR, collectif de lutte contre l’islamophobie

Politis révèle pourquoi le gouvernement veut dissoudre Génération EDR. Le collectif antiraciste est accusé de liens avec l’organisation antifasciste la Jeune Garde, dissoute. Les militants de Génération EDR dénoncent une répression de l’antiracisme.
Par Pauline Migevant et Hugo Boursier
« On passe plus de temps à taper sur le PS que sur la droite et l’extrême droite »
Entretien 2 avril 2026 abonné·es

« On passe plus de temps à taper sur le PS que sur la droite et l’extrême droite »

Le député de Gironde Loïc Prud’homme prend des distances avec les insoumis. Il critique la stratégie du mouvement mélenchoniste qui conduirait à abandonner les électeurs traditionnels de la gauche.
Par Lucas Sarafian
Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël

Actuellement en détention provisoire, Ali s’est vu retirer son statut de réfugié en février 2025. Une procédure faisant suite à une note blanche de la DGSI transmise à l’Ofpra, et qui aurait été alimentée par les autorités israéliennes.
Par Pauline Migevant
« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »
Entretien 1 avril 2026 abonné·es

« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »

Dans la bande dessinée En quête de liberté, coécrite avec la journaliste Gaële Joly, la jeune femme de 26 ans forcée à rejoindre Daech à 15 ans raconte son parcours. Un témoignage inédit qui souligne les impensés de la justice et de la politique française en matière de rapatriement des familles parties en Syrie.
Par Salomé Dionisi et Olivier Doubre