Tolbiac se lance à plein temps dans le mouvement

Réunis en assemblée générale, les étudiants ont voté hier le blocus illimité de l’université « jusqu’au retrait de la loi d’orientation et réussite des étudiants », avant de se joindre au cortège des cheminots grévistes, défilant gare de l’Est.

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Hier matin à Tolbiac, environ 1 800 personnes étaient présentes en assemblée générale, dans l’amphi N. Parmi elles, des étudiants de Paris 1, mais aussi des professeurs et chargés de travaux dirigés. Ici comme dans une petite quinzaine d'universités, les étudiants bloquent et occupent leur établissement pour réclamer le retrait de la loi ORE (orientation et réussite des étudiants) et de la plateforme Parcoursup.

Derrière l’immense bureau de bois, sept étudiants animent les débats, notent les interventions, organisent les tours de parole, limités à deux minutes pour une meilleure fluidité. Les jeunes semblent s’être rôdés à l’exercice depuis une semaine. Tous les journalistes sont acceptés, à condition de ne prendre ni photos ni vidéos. Plusieurs étudiants auraient été violemment pris à partis sur les réseaux sociaux (notamment sur la plateforme jeux-vidéo.com) suite à des diffusions de leur image, certains auraient même reçu des menaces, émanant, entre autres, de groupuscules d’extrême droite.

Les prises de paroles s’enchaînent dans une ambiance bon enfant. Le stress des jeunes orateurs, devant une si grande assemblée, est palpable. Les mains tremblent légèrement, les joues rougissent… Si la totalité des étudiants présents sont contre la loi ORE, le blocus fait toujours débat, certains étudiants ayant peur de rater leur année. Ceux qui tentent une prise de parole contre ce mode d’action peinent parfois à s’exprimer. Certains, comme Katyaline, ont revu leur copie :

J’étais contre le blocage, mais c’est efficace. Avec le soutien de nos professeurs, l’aménagement des partiels, nous n’avons plus à avoir peur. Merci aux occupants !

Une assemblée générale, réunissant une centaine de professeurs et de membres du personnel administratif de Paris-I, se tenait au même moment dans les locaux « pour affiner la participation à la mobilisation et soutenir les étudiants mobilisés ». Afin de répondre à l’inquiétude des étudiants, des pistes sont examinées pour mettre en place des solutions pour les partiels.

Une vie collective s'organise

Comme à chaque « AG », la caisse de grève passe de mains en mains et se remplit doucement. Adèle, blouson de cuir élimé et salopette en jean, prend le micro. Elle fait partie des 70 à 120 occupants qui, depuis huit jours, dorment sur place : « Il y a une meilleure organisation de jour en jour, des évènements culturels, des jam sessions, des projections de films, des débats, des conférences, des ateliers... Venez, on vous attend ! »

Si les assemblées font le plein, le reste des activités mobilise moins. Pour autant, certains évènements, comme la conférence d’Eric Fournier sur la Commune de Paris, sont de francs succès et le calendrier est de plus en plus fourni. Dans la soirée, les conférences de Bernard Friot et Frédéric Lordon étaient retransmises en direct sur Facebook par TV-Debout.

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Des règles régissent cette petite vie collective, notamment concernant la propreté du site, en signe de respect vis à vis du lieu mais aussi des personnels de ménage.

Des commissions gèrent la vie sur place. La commission « bouffe » vit sur la caisse de grève, elle permet aux étudiants de s’alimenter, à prix libre. Une zone non mixte permet aux étudiantes de dormir dans un endroit qui leur est réservé. Des « amphi silencieux » sont réservés à ceux qui souhaitent travailler.

Comme la semaine précédente, des étudiants d’autres universités sont venus « respirer la fraîcheur du vent de révolte » et faire l’écho de leurs luttes : le centre Saint-Charles (Paris-I) serait partiellement bloqué ; à Nanterre (Paris-X), la mobilisation patine ; à Paris-VIII le blocage de l’amphi B2 a été reconduit ; le site de Paris-IV est bloqué. Des étudiants de Tolbiac se sont rendus à Diderot et Censier afin d’informer et de tenter de faire grossir le mouvement parisien. D’autres initiatives de ce type auront lieu dans les prochains jours. Pour tous, la mobilisation n’en est qu’à ses débuts. Les 7 et 8 avril, une coordination nationale étudiante se tiendra d'ailleurs à Nanterre pour faire évoluer le mouvement au niveau national.

Emma, étudiante en histoire, fait le point sur les luttes en cours, sous les applaudissements :

Près de 70 % des cheminots en grève aujourd’hui ! Sans oublier les mobilisations des salariés de Carrefour le week-end dernier, mais aussi cette semaine d’Air France, EDF/GDF, les éboueurs, les étudiants, les professeurs, un début de mouvement du côté des personnels hospitaliers… Nous devons faire front tous ensemble contre la politique antisociale du gouvernement !

Une caisse circule d’ailleurs pour dédommager les vigiles, tenus de travailler de nuit suite à l’occupation, sans pour autant avoir de prime. Une motion demandant leur embauche par l’université, ainsi que celle des salariés du ménage, et réclamant une augmentation de leur salaire, est votée. Les étudiants se mettent à scander « So-solidarité, avec les travailleurs ! »

Le vote pour réclamer la note de 10 aux partiels remporte, comme la semaine précédente, l’unanimité.

La « commune libre de Tolbiac » vote le blocage illimité de l’université, jusqu’au retrait de la loi ORE. L’annonce déclenche une scène de liesse, les étudiants applaudissent, chantent : « Et la fac elle est à qui ? Elle à nous ! »

Après plus de 3 heures d’AG, le temps est venu de rejoindre la manifestation des cheminots. Un groupe d’environ 500 étudiants part vers le métro, sous l’œil interloqué et bienveillant des passants. Arrivés à gare de l’Est, banderole en main « Ta fac te prend pas, prends la rue », ils sont rejoints par les étudiants de Paris-VII, Paris-VIII et Paris-III, de l’Inalco (Institut National des langues et civilisations orientales) et de l’ENS (École normale supérieure). Le cortège étudiant rassemble plus de 1 000 personnes. Ils scandent : « Lycéens, étudiants, chômeurs et salariés, c'est tous ensemble qu'il faut lutter ! Lycéens, étudiants, chômeurs et salariés, c'est tous ensemble qu'on va gagner ! » Au delà du retrait de la loi ORE, c'est un autre monde qu'ils souhaitent voir émerger.


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