Logement : des valises pour dénoncer les expulsions

À la veille de l’été, où certains s’envolent pour des vacances, la Fondation Abbé-Pierre et des familles se sont mobilisées pour dénoncer la vague d’expulsions locatives qui font que d’autres atterrissent à la rue.

Marie Pouzadoux  • 20 juin 2018
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Logement : des valises pour dénoncer les expulsions
© Photo : Marie Pouzadoux

Il est 12h30, mercredi 20 juin, un tas de valises est disposé au milieu de la place de la Réunion (XXe arrondissement de Paris). Malgré le temps ensoleillé, il ne s’agit pas d’un départ en vacances, tout au contraire. Affiches et banderoles sont dispersées sur le parvis : « Expulsions ! », « Quand s’envolent certains pour des vacances, d’autres atterrissent à la rue ». Ce sont des membres de la Fondation Abbé-Pierre qui ont pris possession des lieux.

La quarantaine de personnes présentes est mobilisée pour dénoncer les expulsions locatives « toujours plus absurdes et nombreuses ». La fin de l’année scolaire et l’arrivée de la saison estivale marquent le début d’un nouveau cycle de mises à la rue. Sous le regard des familles présentes, des bénévoles et des journalistes, Christophe Robert, délégué général de la fondation, prend la parole :

Nous sommes ici pour témoigner de notre immense inquiétude face aux expulsions locatives qui ne cessent de croître dans le pays. En 2016, près de 15 000 ménages ont été expulsés par les forces de l’ordre. Depuis dix ans les expulsions ont augmenté de 40 % ! Et si ces chiffres sont déjà conséquents, on sait que deux à trois fois plus de personnes ont quitté leur logement avant la procédure.

Le ton est grave et la colère affleure. Pour lui tout cela démontre « l’échec de la France à ce sujet. Malgré des avancées, ça ne suffit pas ». Il pointe du doigt la situation alarmante de l’Île-de-France : « La région représente 27 % des résiliations de bail forcées (décision de justice) et 44 % des expulsions. Une politique dure, dans une région où ça devrait être l’inverse. » C’est un constat amer, qu’il partage également sur « l’attente interminable de ménages que la Fondation Abbé-Pierre accompagne, pourtant reconnus au Dalo, qui parfois attendent dix-sept ans avant d’obtenir un logement social et qui sont expulsées alors qu’elles doivent être protégées par la loi ! » La Fondation Abbé-Pierre dénonce ainsi « le manque de moyens, la responsabilité des parcs privés et de l’État ».

Dans quel monde vivons-nous ? C’est aussi un message d’espoir pour vous dire que, si l’on veut, on peut faire autrement !

Au nom de la fondation, le délégué général appelle à « une hausse du fonds d’indemnisation des propriétaires [fonds utilisé pour payer les loyers des personnes qui ne peuvent plus s’en acquitter, NDLR] qui se réduit comme peau de chagrin. Depuis 2005, il a été divisé par trois, passant de 78 millions d’euros à environ 25 millions ». La nouvelle baisse des APL annoncée la veille est également déplorée tout comme « la loi du financement du parc social, qui prévoit une baisse considérable tandis que les demandes de logements sociaux insatisfaites sont indénombrables et qu’elles augmentent ».

Des témoignages émus

« Ma vie a basculé et j’ai perdu pied » déclare madame Mazée, une des personnes qui s’adressent tour à tour à l’assemblée. C’est une femme d’une cinquantaine d’année, ancienne propriétaire d’un appartement de 100 mètres carrés dans le VIIIe arrondissement. En 2014, après un aléa de la vie et la perte de son emploi « c’est la chute ». Elle fait une demande de logement social un an plus tard et ne trouve pas d’emploi malgré 37 ans de carrière : elle est expulsée en octobre 2017. Jusqu’à ce 20 juin, elle était logée grâce à la fondation dans un hôtel. « Deux heures avant le rassemblement j’ai appris que j’avais à nouveau un logement », déclare-t-elle émue dans un message de remerciements rempli d’espoir.

Vient ensuite le tour d’un homme, qui a finalement décidé de ne pas prendre la parole. S’avance alors au milieu du cercle, une réfugiée politique venue de la RDC et résidente depuis 2008. Victime d’escroquerie de bail, elle fait partie des personnes fragiles exploitées à qui on nie les droits. Grâce à l’association elle a pu garder son logement et se lancer dans une bataille juridique.

Autant de trajectoires de vie différentes qui ont amenés ces personnes aux portes de l’Espace solidarité habitat de la Fondation Abbé-Pierre. Nombre d’entre elles expriment publiquement leurs remerciements pour l’accompagnement humain, psychologique, social et juridique que la fondation fournie. C’est un moment convivial, une trêve dans cette dure bataille que mène l’association aux côtés de ces personnes. Un message fort retenti : celui de l’Abbé Pierre et par lequel Christophe Robert a conclu sa prise de parole : « Il faut garder espoir et ne rien lâcher. »

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