Dossier : L'héritage toxique : Enquête sur la dépollution industrielle

Pollution : Collèges en soins intensifs

Deux établissements du Val-de-Marne sont touchés par une grave pollution issue d’industries arrêtées depuis plus de cinquante ans.

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L’automne dernier, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), parents d’élèves et riverains bloquaient l’usine verte pour réclamer sa fermeture et la dépollution du site. Au même moment, à deux kilomètres de là, à Vincennes (Val-de-Marne), parents d’élèves et salariés manifestaient contre le déménagement du collège Saint-Exupéry, pollué au tétrachloréthylène et au trichloréthylène. Une discordance qui venait souligner une différence de traitement d’un département à l’autre.

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L’annonce de la fermeture de Saint-Exupéry était tombée comme un coup de massue. Enseignants et personnels n’avaient même pas été prévenus que des travaux sur une aile avaient révélé des taux élevés de pollution de l’air et de l’eau, de même que dans la crèche mitoyenne. Une pollution « en lien possible avec l’activité d’une ancienne fabrique d’œillets métalliques implantée sur le site jusqu’à la fin des années 1960 », d’après Santé publique France. Ce sont les parents d’élèves qui ont été avertis les premiers par un mot dans le carnet de correspondance, le 13 novembre, avant une réunion publique deux jours après, qui n’a pas vraiment calmé les foudres puisque le message des autorités était : « Il n’y a pas d’urgence sanitaire, mais il y a urgence à dépolluer. » La première réaction des concernés a donc été de s’inquiéter de la scolarisation des élèves, qui devaient soit prendre le RER pour se rendre dans un autre collège soit passer en télétravail. Finalement, un collège provisoire a été installé devant l’hôtel de ville et, si l’année a été un peu chaotique, c’est la question sanitaire qui prend le dessus aujourd’hui : les taux de solvants auxquels ont été exposés les élèves et les salariés de Saint-Exupéry ont-ils nui à leur santé ?

« Au regard du bénéfice collectif ou individuel attendu, la pertinence d’une étude épidémiologique n’est pas établie », a finalement décidé Santé publique France, le 12 avril. Sans que personne ne comprenne bien pourquoi. « Nous voulons toute la lumière sur cette affaire, peste Laurent Coplet, du Collectif Saint-Exupéry. Il existe d’autres sites pollués à Vincennes et en France. » L’affaire Kodak et des cancers de Vincennes, révélée en 1999, pèse comme un lourd précédent.

Les autorités du Val-de-Marne n’ont pas mégoté sur le déménagement. D’autant qu’une autre affaire entache le département. Elle touche un collège là encore, mais neuf, à Ivry. C’est à la fin des travaux de construction de l’établissement Assia-Djebar, dans le quartier Confluences, que Sadev 94, société d’économie mixte d’aménagement créée par quatorze maires voici trente et un ans, a mesuré en 2015 de forts taux de pollution au mercure dans l’air et le sol. « On allait faire les installations intérieures ! » se souvient douloureusement son directeur général, Jean-Pierre Nourrisson, qui reconnaît avoir passé quelques mauvaises nuits en découvrant « l’énorme catastrophe ».

Après des fouilles, des billes de mercure ont été trouvées dans les sous-sols du site, qui avait hébergé une usine d’ampoules Philips au début du XXe siècle. Elles provenaient d’une installation courant sous le terrain et sous le nouveau bâtiment, probablement malmenée par le chantier. Une expertise judiciaire a été lancée auprès du tribunal de Créteil avec les parties prenantes pour remonter la chaîne de l’histoire et surveiller les travaux. Quel partage des responsabilités ?

À pollution exceptionnelle, méthode exceptionnelle : c’est la technique de résorption thermique qui est utilisée à Ivry et pour la première fois en Europe. La terre est chauffée entre 200 et 300 °C pour que le mercure en billes redevienne gazeux. Il est ensuite récupéré et remis à l’état liquide puis envoyé en containers hermétiques dans des décharges spécialisées en Belgique ou en Allemagne.

De nouveaux prélèvements seront réalisés avant une ouverture du collège prévue en septembre 2019. Coût de l’opération : 10 millions d’euros. « Des terrains voués à l’industrie montent à l’ordre du jour de l’aménagement du territoire. Ils ont contribué à la prospérité du propriétaire, de la ville, du pays… Ils ne doivent pas devenir des verrues dans le paysage, lâche Jean-Pierre Nourrisson. S’il n’existe pas de terrain sans pollution, il faut faire passer les taux à des seuils acceptables. La conversion s’impose comme un nouveau défi. » Une nouvelle compétence, une nouvelle industrie ?


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