La Floride, ravagée par l’ouragan Michael, est gouvernée par un climatosceptique

Rick Scott a interdit à ses fonctionnaires d’évoquer le réchauffement climatique.

Claude-Marie Vadrot  • 14 octobre 2018
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La Floride, ravagée par l’ouragan Michael, est gouvernée par un climatosceptique
© photo : HECTOR RETAMAL / AFP

L’ouragan Michael vient de ravager une partie de la Floride. Un premier bilan de la tempête classée 4 – sur une échelle internationale de 5 – fait état d’une vingtaine de morts. Il faut y ajouter plusieurs centaines de blessés, des milliers de maisons détruites et un système électrique et de communication qui a affecté des centaines de milliers de foyers. Le désastre a eu lieu malgré un ordre d’évacuation dans de nombreuses villes et villages de la zone côtière qui n’a pas été suivi par toute la population. Pourtant, quelques jours avant l’arrivée de l’ouragan, les rues de Miami et de Miami Beach étaient déjà envahies par les eaux de la mer en raison de la conjonction entre une forte houle et les marées hautes très amples à cette période l’année. Comme souvent, on y a circulé en barques.

Fonctionnaires virés

Il n’est pas surprenant qu’une partie des habitants de la zone littorale n’ait pas jugé bon de se réfugier dans l’intérieur des terres puisque le gouverneur de Floride s’affiche depuis des années comme un climatosceptique militant. Le républicain Rick Scott a été élu pour un premier mandat en 2011, puis réélu en 2015. Il est connu pour avoir formellement interdit à tous les fonctionnaires de son État d’évoquer « le réchauffement climatique » ou la « montée des eaux de la mer » dans leurs rapports, leurs interventions et leurs échanges sur internet. Une consigne qui n’a jamais été écrite. Elle résultait des consignes orales données et sans cesse rappelées par les responsables de l’administration de Floride. Les « contrevenants » étaient soit mis au placard soit simplement virés. Cette politique a été dévoilée publiquement en 2014 au cours d’une réunion publique par Kristina Totta, une ancienne responsable du personnel _: « On nous a demandé de dire à tous que nous n’étions pas autorisés à évoquer des faits qui ne correspondaient pas à la vérité. »_ Interpellé par les scientifiques de Floride, Rick Scott les avait reçus, les avait écoutés pendant une vingtaine de minutes, avant de les congédier.

Des rapports inquiétants détruits

Cette entrevue ne l’a pas empêché de faire disparaître tous les rapports, toutes les études qui expliquaient les origines climatiques des inondations qui frappaient de plus en plus les rues basses de Miami, dont tous les habitants pouvaient pourtant constater les ravages. Au point que le prix de l’immobilier a rapidement chuté dans les espaces concernés. Ce qui a incité des centaines de (riches) habitants à déménager pour s’installer dans les parties hautes du littoral. À Miami Beach comme dans la commune de Mexico City qui vient d’être également ravagée dans le nord de l’État. Tandis que tous les rapports de son prédécesseur Charlie Crist, pourtant également républicain, étaient détruits parce qu’ils mentionnaient tous les risques que les modifications du climat faisaient courir à de nombreuses villes de Floride.

Le gouverneur a maintenu pendant tout son mandat ses positions fermement climatosceptiques sans expliquer pourquoi il faisait construire de nouvelles digues et installer à grands frais un réseau de puissantes pompes qui ne sont jamais parvenues à limiter les inondations. C’est peut être pour ne plus être face à ces contradictions que Rick Scott ne se représentera pas au poste de gouverneur. Il brique désormais un siège de sénateur qu’il risque de ne pas obtenir dans un mois. Car les scientifiques de la région font vigoureusement campagne contre lui en soutenant la candidature du démocrate Bill Nelson.

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