Exaspération sociale et gilets jaunes

Petit à petit, nous revenons à la situation du XIXe siècle que Marx dénonçait.

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Les révoltes populaires se multiplient à travers le monde. En France, le mouvement des gilets jaunes a été une surprise ; aujourd’hui, le « gilet jaune » est le symbole de la révolte des classes populaires contre des pouvoirs en place. Les démocraties vacillent devant la contestation et la répression policière devient la seule réponse politique. La criminalisation devient l’axe prioritaire. Nous vivons une période dangereuse, partiellement comparable à celle que Marx décrivait dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte : la République, comme outil ultime de domination de la bourgeoisie.

Elle est loin, l’époque des Trente Glorieuses, celle du compromis fordiste. En échange d’une hausse régulière de leur pouvoir d’achat, les ouvriers ont accepté une augmentation de la productivité du travail. Tout le monde était gagnant et la production pouvait croître en même temps que la consommation. Pour assurer la fluidité de ce système, les gouvernements successifs ont augmenté les dépenses publiques dès lors que la croissance ralentissait et ont mis en place des protections sociales pour garantir un pouvoir d’achat à celles et ceux qui ne travaillaient pas. Ce compromis s’est effondré à la fin des années 1960 et aucun autre n’est venu s’y substituer. Au contraire, la croissance des inégalités entre les pays et les classes sociales est devenue la règle. Petit à petit, nous revenons à la situation du XIXe siècle que Marx dénonçait.

En France, l’Institut des politiques publiques (IPP), créé par l’École d’économie de Paris, a développé des outils de mesure des impacts de la politique économique du gouvernement Macron (1). Les 1 % les plus riches (30 000 ménages) se sont le plus enrichis (+ 17,5 % en 2019), alors que les huit premiers déciles les plus pauvres ont vu leurs revenus disponibles diminuer (2). Pour 2020, les 1 % les plus riches devraient encore gagner 23 072 euros de plus. Fini les politiques redistributives pour réduire les inégalités. Les gouvernements, aujourd’hui, organisent le démantèlement des protections sociales et participent à l’enrichissement des plus riches. Ce cocktail ne peut qu’être explosif et affaiblir la démocratie.

Pour autant, le retour aux Trente Glorieuses n’est ni possible ni souhaitable à cause de la contrainte écologique (3). La croissance a permis d’augmenter les revenus de l’ensemble des classes sociales occidentales mais au détriment de la planète et des pays du Sud. La hausse de la productivité a entraîné une surconsommation des ressources et une hausse des émissions des gaz à effet de serre. L’effondrement possible de nos sociétés doit nous obliger à privilégier la question de la justice sociale, sans quoi le pire des scénarios adviendra. Une sécession des plus riches, qui utiliseront les moyens de répression de l’État pour garantir leur survie. Toute contestation sociale sera réprimée violemment et noyée avec des sujets annexes (port du voile, sport…). Espérons un scénario plus solidaire !

Jérôme Gleizes Enseignant à Paris-8

(1) http://budget.ipp.eu

(2) « Budget 2019 : quels effets pour les ménages ? », Note IPP n° 37, janvier 2019, www.ipp.eu

(3) Lire « Une lecture écologiste de la crise, la première crise socio-écologique du capitalisme » avec Yann Moulier-Boutang, sur http://jerome-gleizes.fr


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