Le bonimenteur du Brexit

Le Royaume-Uni n'est pas encore sorti de l'auberge. Vous avez aimé la saison 1 et son sac de nœuds ? Vous allez adorer la suite.

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Déception pour le député conservateur Mark Francois : Big Ben ne carillonnera pas la « libération » du Royaume-Uni ce vendredi 31 janvier, qui actera juridiquement le Brexit. La célèbre horloge est en cours de restauration lourde et sa remise en service momentanée aurait coûté 600 000 euros. Le chantier va se poursuivre jusqu’en 2021. Une métaphore de l’état du Brexit.

Car ce n’est pas fini ! Vous avez aimé la saison 1 et son sac de nœuds ? Vous allez adorer la suite. Entre la victoire du « leave », par 52 %, au référendum du 23 juin 2016 et sa validation par les députés le 9 janvier 2020, le pays a vécu trois ans et demi d’une éreintante incertitude. Dès le 1er février démarrent d’âpres et très concrètes négociations pour établir les futures relations entre les ex-conjoints, notamment en matière de commerce et de sécurité.

On ne sait rien de ce nouveau régime aux conséquences potentiellement bien plus rudes de l’autre côté du Channel que sur le continent. Car, à Londres, Boris Johnson poursuit son brillant numéro d’illusionniste. Après s’être défilé de ses responsabilités à la suite de l’énorme surprise du « leave », qu’il attisait, il a évincé du 10 Downing Street, l’été dernier, une Theresa May exsangue qu’il aura pilonnée trois ans durant. Et l’écrasante victoire du Premier ministre, le 12 décembre dernier (majorité absolue pour les députés conservateurs), résonnait dans l’électorat comme un « pitié, qu’on en finisse ! » : Johnson a martelé la promesse d’une sortie pour de bon de l’Union, après quatre reports. Le reste, c’est du boniment. Il annonce un « nouvel âge d’or » pour le pays, « le meilleur au monde pour travailler », des milliards de livres d’investissement, plus de droits pour les locataires, « une année 2020 d’opportunités, de croissance et d’unité pour l’Écosse » (qui, en 2016, a voté à 62 % pour rester dans l’UE). Une politique anti-austérité très… travailliste ! Pour la mener, Johnson et ses amis veulent « libérer » le pays des règles fiscales, sociales et environnementales de Bruxelles. Ce « Singapour sur Tamise » carburant au dumping n’en revendiquerait pas moins un large accès au marché intérieur de l’Union, qui absorbe 47 % des exportations britanniques…

De surcroît, tout à son mantra de bulldozer, Johnson claironne qu’il n’ira pas au-delà de 2020 pour boucler cette complexe phase de transition qui rendra le Brexit pleinement effectif. Big Ben sera toujours muette. Mais d’autres pourraient sonner les cloches. Le prédivorce aurait alors déjà coûté 200 milliards d’euros à Londres, calcule Bloomberg, à peu près le total de ses 47 années de contribution au budget de l’Union.


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