Le croche-patte et le fusible

Suite à une vidéo choquante, le policier est en passe d’être utilisé comme indispensable fusible d’un gouvernement qui refuse de reconnaître sa propre culpabilité.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Les taches de sang sur les trottoirs et l’accumulation des cadavres commencent à embarrasser le gouvernement. Il était temps ! La vidéo qui a déclenché l’ire des responsables politiques est celle de cette manifestante toulousaine, le 9 janvier, qui s’effondre, victime d’un croche-patte malveillant. Attention : grosse colère de Christophe Castaner lors de ses vœux à la profession : « On ne fait pas de croche-pied à l’éthique, sauf à s’abaisser, à abaisser la police. » Ouah ! Tremblement des uniformes ! En revanche, depuis des mois, ils peuvent tirer au LBD dans la tête, éborgner une trentaine de personnes, causer la mort d’une vieille femme, tuer un père de famille en lui brisant le larynx ou frapper des manifestants à terre et/ou menottés, le tout, sans abaisser personne… Tout est une question de contexte, nous dit-on !

Rappelons donc quelques éléments de ce contexte. Aux prémices du mouvement des gilets jaunes, fin 2018, une partie de la base des policiers affichait sa sympathie. La police, très mobilisée sur les questions de casse du service public, est aussi concernée par les problèmes de fin du mois. Face à cela, la stratégie du maintien de l’ordre du gouvernement a été perverse : finissant de criminaliser le mouvement social elle a fait de son système ultra-répressif le « dernier rempart », créant un front entre manifestants et forces de l’ordre, et évacuant le risque d’un rapprochement. Dans ce contexte, les policiers ont eu carte blanche.

Mais cette stratégie est devenue un piège. Non seulement le gouvernement est désormais à la merci des réclamations syndicales policières – il a cédé très rapidement sur les retraites – mais, à force de lâcher ses troupes, toujours plus sollicitées par des mouvements dont la colère s’amplifie face à la répression et à la fermeture du dialogue, les violences policières explosent et ça finit par se voir ! « Des comportements inacceptables ont été vus ou pointés », a lancé Emmanuel Macron en ce mois de janvier.

L’heure est donc venue de jeter en pâture quelques fonctionnaires. Sans nier la responsabilité individuelle, le policier est en passe d’être utilisé comme indispensable fusible d’un gouvernement qui refuse de reconnaître sa propre culpabilité. Ni l’usage du LBD, ni les techniques d’interpellation, ni même la stratégie de maintien de l’ordre ultra-répressive qui envoie des policiers aguerris au contact direct des manifestants, ne sont pointés du doigt. Certes, des « discussions » s’ouvrent dans le cadre du « livre blanc de la sécurité intérieure » présenté dans le courant de l’année… Il n’empêche qu’à chaque manifestation on y a droit, et aucun membre du gouvernement ou de la hiérarchie policière n’est inquiété par les conséquences de cette politique.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.