Pesticides : pourquoi et comment les ventes ont augmenté de 21% en 2018

Les gros agriculteurs et les fabricants de pesticides se sont ligués pour augmenter les ventes en faisant pression sur le gouvernement

Claude-Marie Vadrot  • 14 janvier 2020
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Pesticides : pourquoi et comment les ventes ont augmenté de 21% en 2018
© Claudius Thiriet / Biosphoto

En conjuguant leurs efforts, les caciques de la FNSEA et les dirigeants de l’UIPP (Union des industries pour la protection des plantes) ont réussi un joli coup de communication : en organisant, par pressions et crédits accordés par des chambres d’agriculture, une incroyable augmentation de 21 % des ventes de pesticides en France au cours de l’année 2018 par rapport à l’année précédente. L’UIPP, sigle sous lequel se dissimule, de plus en plus mal, une association d’industriels qui regroupe depuis des années tous les fabricants et vendeurs de produits chimiques agricoles réputés « soigner » les plantes ( en usant jamais du mot « pesticide »), a plus que jamais mis le paquet pour caser sa marchandise. Et « prouver » que toute autre perspective est impossible. Avec la complicité des gros agriculteurs, ils souhaitaient prouver par l’absurde que les projets affichés du gouvernement (et de celui qui l’a précédé) de diminuer la consommation de ces produits étaient irréalistes.

Ce résultat soigneusement préparé n’est pas étonnant puisque Christiane Lambert, présidente de la FNSEA depuis 2017 et éleveuse de porcs dans la Cantal, a été créatrice et animatrice d’une association (FARRE) qui, de 1999 à 2005, s’est efforcée, en vain, de torpiller l’agriculture bio en lançant « l’agriculture raisonnée », une pratique qui n’est reconnue par aucun label. Tout simplement parce qu’elle ne comporte aucune obligation pour les agriculteurs qui s’en réclament. D’ailleurs lorsque cette machine de guerre a été lancée contre le bio, cette association qui en faisait la promotion avait ses bureaux à la même adresse en banlieue que l’UIPP… Ce groupement qui assure aujourd’hui que l’augmentation constatée est simplement conjoncturelle et notamment liée à une prise de précautions des agriculteurs ; lesquels auraient craint à la fois des interdictions à venir et l’augmentation d’une taxe, la RPD (redevance pour pollution diffuse), censée les dissuader de continuer à traiter leurs productions, avant, pendant et après les récoltes.

Connivences à peine déguisées

D’ailleurs cette redevance n’est pas nouvelle et n’a jamais freiné l’utilisation des pesticides, puisque les « plans écophyto » n’ont pratiquement jamais entrainé la moindre diminution des tonnages achetés et épandus, malgré la disparition, par interdiction, d’un certain nombre des substances les plus dangereuses. Cette explication sur les agriculteurs qui auraient fait des stocks (alors que la plupart de ces produits se conservent mal) avait été préparée au cours des réunions entre des animateurs de l’UIPP et les représentants de la FNSEA. Les mêmes lobbies qui ont réussi, en conjuguant leurs efforts, à convaincre le gouvernement et les parlementaires de la majorité que la réglementation sur les distances maximales entre les épandages et les habitations devaient rester les plus faibles possible. Opération réussie.

Ce qui n’empêche pas le gouvernement, les quatre ministères consacrés, d’expliquer en chœur, avec l’UIPP et la FNSEA, qu’en réalité, les produits que l’on affuble souvent désormais du nom plus rassurant de « substances de biocontrôle » sont de moins en moins vendues et utilisées. Mais les chiffres le démentent. Ce qui explique le commentaire de François Veillerette, directeur de l’association Générations futures : « Cette hausse considérable de la dépendance de notre agriculture marque l’échec total du plan Écophyto, qui restera un échec tant que l’Etat s’en remettra au bon vouloir de la profession agricole pour faire évoluer de manière volontaire ses pratiques. »

Écologie Santé
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