Un virus adapté au capitalisme

Dans un monde moins globalisé, les alertes seraient venues plus tôt.

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Régulièrement, l’humanité est confrontée à des épidémies meurtrières : la peste noire (1347-1352), qui a tué entre 30 et 50 % des Européens ; la variole et le typhus, qui ont causé la mort de la moitié de la population amérindienne après l’arrivée de Christophe Colomb ; le choléra au XIXe siècle, la grippe espagnole (1918-1920) avec 80 à 100 millions de morts ; le sida (36 millions)…

Aujourd’hui, le SARS-CoV-2, de la famille coronavirus, est le nouveau virus mortel. Il a des caractéristiques très adaptées au modèle capitaliste. La période d’incubation est très longue, de 6 à 14 jours avec des pics à 40 jours. Le taux de mortalité est de 20 à 25 fois plus élevé que celui de la grippe (1). Le taux de contamination est de 3 à 6 par personne (2), contre 1,3 pour la grippe. La portée de la contamination est estimée entre 40 et 70 % de la population. Sur celle-ci, 80 % ne vont pas développer la maladie, ou faiblement, mais, sur les 20 % restants qui auront besoin de soins intensifs, 5 % risquent de mourir.

Le virus ne pouvait que se diffuser lentement mais sûrement dans un monde globalisé où tout circule très rapidement, autant les humains que les marchandises, avec une « survie du virus sur surface inerte de l’ordre de 1 à 9 jours, en particulier en atmosphère humide et à basse température », comme les cales d’avion. Dans un monde moins globalisé, les alertes seraient venues plus tôt et le confinement aurait été plus rapide. La priorité de l’économique a poussé les dirigeants occidentaux à l’imprudence ; ils ont facilité la propagation du virus en ne faisant pas suffisamment de tests et en n’obligeant pas au port du masque, comme dans les pays asiatiques.

Cette imprévoyance est d’autant plus grave que ce scénario était prévisible et a même été popularisé avec le film Contagion, de Steven Soderbergh. Mais la modernité de l’épidémie est ailleurs, car les morts risquent être indirectes. Les politiques néolibérales ont voulu rentabiliser le système de santé plutôt que de préserver le serment d’Hippocrate. Elles ont démantelé l’hôpital public, supprimé des lits, précarisé le personnel de santé. Elles ont aussi éclaté les processus de production, externalisé la production. Aujourd’hui, l’Europe est dépendante pour la production de produits simples comme les masques ou les éléments de base des médicaments.

Cette crise va tester notre résilience, notre humanisme, nos priorités, notamment entre les profits et la santé publique, la démocratie et l’autoritarisme, comme en Chine, qui privilégie un contrôle technologique de sa population. La crise sanitaire est une composante de la crise écologique, avec la crise climatique, la raréfaction des ressources non renouvelables, l’effondrement de la biodiversité. Face à cela, il faut revoir notre modèle de société, avec plus de relocalisation, de convivialité, de proximité, moins de transports, moins de concentration humaine pour plus d’égalité territoriale, plus d’argent dans la santé environnementale et publique que dans la recherche privée.

Jérôme Gleizes Enseignant à Paris-13

(1) « “Le Covid-19 est un réel danger !” Deux scientifiques font le point sur le coronavirus SARS-CoV2 » Le Quotidien du médecin, 6 mars 2020.

(2) Estimation haute à partir des données du Diamond Princess, un bateau de croisière mis en quarantaine au Japon.


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