1er mai : « Même confinés, on n’est pas bâillonnés »

Si les mesures de confinement rendent impossible la tenue des traditionnels défilés du 1er mai cette année, les initiatives syndicales pour fêter les travailleuses et les travailleurs ne manquent pas. Tour d’horizon.

Pauline Josse  • 29 avril 2020
Partager :
1er mai : « Même confinés, on n’est pas bâillonnés »
© Damien MEYER / AFP

P lus que jamais le 1er mai » : c’est la ligne commune défendue par l’intersyndicale regroupant la CGT, FSU, Solidaires, Fidl, MNL, Unef et UNL pour la journée internationale des travailleuses et des travailleurs. Malgré le contexte inédit, il est hors de question pour les organisations syndicales de faire une croix sur cette journée de mobilisation à cause du confinement. « C’est une journée indispensable. Peu importe le pays, toutes les travailleuses et tous les travailleurs sont confrontés directement à cette crise sanitaire, ainsi qu’à ses conséquences économiques et sociales », explique Éric Beynel, codélégué général de Solidaires. Mais faute de masques en nombre suffisant pour protéger les manifestants et vu la situation encore tendue dans les services de réanimation à l’hôpital, Éric Beynel juge irresponsable d’appeler à manifester ou à se rassembler dans ce contexte : « C’est contraire à notre principal objectif : que tout le monde puisse être aussi bien protégé face au Covid. »

Il a alors fallu penser de nouveaux espaces pour faire entendre les revendications et défendre les droits des travailleur·ses. Notamment les fenêtres, balcons et halls d’immeuble à travers des affiches et des banderoles. « Cela peut même être avec un simple pull rouge attaché dans son jardin ou à sa porte si on n’a pas d’autres moyens », explique le codélégué général de Solidaires. Des kits de visuels et de slogans ont été mis à disposition par les différents syndicats : « À défaut d’être tous ensemble, on se doit d’être partout. »

Manifestations virtuelles

Pour manifester depuis chez vous, les syndicats permettent de télécharger des kits de visuels et de slogans, par exemple sur le site de la CGT et celui de Solidaires : à imprimer, dessiner, accrocher à votre porte ou votre fenêtre !
Les réseaux sociaux pourraient bien remplacer le terrain habituellement occupé par les manifestants chaque année dans la rue, notamment à travers des Facebook Live, des hashtags ou encore la publication de photos de manifestants avec des pancartes « Le jour d’après je veux… ».

L’occasion, selon Nathalie Verdeil, secrétaire confédérale de la CGT, de permettre aux syndiqués et à tous ceux qui le souhaitent d’exprimer leurs propres revendications, « d’être acteur de ce 1er mai et pas seulement spectateur ».

La CGT compte bien profiter de cette journée pour faire entendre son message : celui de « l’urgence à faire naître un autre monde : juste, durable et solidaire », en essayant de répondre à la fois aux besoins de protection des salariés dans la crise actuelle, « sans pour autant oublier ce qui nous attend à la sortie », précise la secrétaire confédérale. Une pétition a également été lancée par 25 organisations associatives et syndicales après la publication de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après ». Elle recense actuellement près de 150 000 signataires et sera discutée ce jeudi 30 avril à 18 heures lors d’une table ronde en ligne sur le site de Mediapart.

Pour coller à la dimension internationale de l’événement, la CGT prévoit également de participer à un concert mondial diffusé à partir de 11 heures, heure française, le 1er mai. Philippe Martinez, secrétaire général du syndicat, a préparé un discours traduit en plusieurs langues pour accompagner l’événement. « Même confinés, on n’est pas bâillonnés », affirme Nathalie Verdeil.

De son côté, Force ouvrière a lancé sa propre campagne sur les réseaux sociaux :

« On profite de ce confinement pour ressortir toutes les affiches de FO depuis sa création. À travers ce retour dans le temps, on souhaite revenir sur ce qu’est véritablement le 1er mai, à savoir la solidarité et l’internationalisme », précise Cyrille Lama, secrétaire confédéral de Force ouvrière. Ce vendredi, des photos des dernières mobilisations compilées par les unions départementales ramèneront à notre époque les luttes du syndicat. « On n’a reçu quasiment que des images des manifestations contre la réforme des retraites », se félicite le secrétaire confédéral. Quant aux revendications, l’accent est mis cette année sur la santé, « qui doit être un droit fondamental pour tous ».

Originalité et créativité à l’échelle locale

Les syndicats se reposent également sur leurs ramifications locales pour faire vivre la mobilisation et les revendications partout en France. Dans le Nord, l’union départementale CGT va passer à l’antenne de trois radios associatives tout au long de la journée. À Pontivy, l’union locale CGT organise des prises de parole en ligne diffusées dans toute la Bretagne. Pour Ronan Le Nezet, secrétaire de l’union locale, « on ne pouvait pas se contenter de ne rien faire, cette crise rappelle l’utilité des premières mains de l’emploi, oubliées depuis tant d’années ».

De façon plus informelle, le syndicaliste prévoit de déposer en petit comité une affiche et un brin de muguet dans un lieu symbolique pour rappeler que « malgré le confinement et les mesures de restrictions de liberté, on est là et on s’exprime ». D’autres rassemblements de ce type en effectif limité sont prévus un peu partout sur le territoire. En Haute-Corse, l’union locale de la CGT semble avoir trouvé un compromis pour à la fois occuper l’espace public et respecter les mesures de distanciation sociale : un défilé en voitures s’élancera de l’hôpital de Bastia à partir de 10 heures pour rendre hommage à tous les personnels du secteur de la santé. Il s’achèvera devant la préfecture.

Cette année plus qu’une autre, le 1er mai aura une coloration symbolique. Pour autant, à travers les différentes formes de mobilisation, les syndicats espèrent faire de cette journée un premier point d’étape pour prouver au gouvernement qu’il devra traiter avec eux pour construire une société post-Covid.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »
Reportage • 8 octobre 2026

Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »

Pour la première fois depuis le début du mouvement dans les lycées, l’université parisienne Panthéon-Assas a été bloquée. Parmi les étudiants en droit de la faculté historiquement marquée à droite, les débats ne manquent pas, dont le futur projet de loi du gouvernement.
Par William Jean
À Lille, les étudiants en journalisme questionnent le traitement des mobilisations lycéennes 
Médias • 7 octobre 2026 abonné·es

À Lille, les étudiants en journalisme questionnent le traitement des mobilisations lycéennes 

Ce mercredi 7 octobre, des poubelles bloquent l’entrée de l’École supérieure de journalisme de Lille. En assemblée générale, les étudiant.es s’interrogent et alertent notamment sur le traitement médiatique du mouvement lycéen.
Par Louis Witter
Lycéen·nes : « Il ne faut pas juste qu’on se fasse entendre, il faut qu’on soit écouté·es ! » 
Reportage • 7 octobre 2026 abonné·es

Lycéen·nes : « Il ne faut pas juste qu’on se fasse entendre, il faut qu’on soit écouté·es ! » 

La colère lycéenne a vite gagné toutes les régions et notamment les établissements situés en zone rurale. À Alençon, dans l’Orne, les lycéen·es se sont organisés pour tenir.
Par Céline Martelet et Paul-Elyes Hecham
Face aux lycéens, une chaîne pénale au service du maintien de l’ordre
Enquête • 7 octobre 2026 libéré

Face aux lycéens, une chaîne pénale au service du maintien de l’ordre

Entre le 28 septembre et le 5 octobre, plus de 5 000 personnes ont été placées en garde à vue. Parmi elles, 85 % de mineurs. Une répression inédite faisant suite à des consignes ministérielles.
Par Pauline Migevant et Céline Martelet