Journalistes au temps du virus (semaine 6)

Ce Politis porte le numéro 1600, beau millésime que nous aurions salué plus festivement s’il ne survenait pas en pleine crise Covid.

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La vie d’un hebdomadaire ne s’égrène pas qu’en semaines, mais en numéros, identifiant unique qui échappe en général aux lecteurs et aux lectrices, mais qui ponctue le boulot de la rédaction. Ce Politis porte le numéro 1600, beau millésime que nous aurions salué plus festivement s’il ne survenait pas en pleine crise Covid. Dans le 1500, paru en avril 2018, il était beaucoup question de projets rétrogrades de la majorité macroniste (chômage, justice, Parlement, parcoursup…), qui n’avait pas un an. Qui imagine ce que contiendra le 1700 qui devrait théoriquement paraître juste dans l’entre-deux-tours de la présidentielle 2022 ? Au vu des immenses bouleversements en cours, cette échéance, cardinale dans les institutions françaises, apparaît bien dérisoire.

Politis tient le coup, depuis sa fondation il y a trente-deux ans. C’est un titre modeste (diffusion, notoriété, effectifs, pagination, salaires…), mais il tient le coup. Car sa force principale, c’est qu’il ne dépend que de son lectorat. Et la volonté tenace de ses animateurs de ne rien céder de son indépendance. Qui se souvient encore de L’Événement du jeudi, né peu avant Politis, fondé sur une souscription de lecteurs, mais finalement vendu à un groupe de presse (Lagardère), et disparu de l’histoire à l’aube du XXIe siècle ? Combien de titres sont nés depuis, mais n’ont pas duré, avalés par des groupes ou morts de trop dépendre de leurs annonceurs ? La publicité a été une vache à lait dont la presse s’est gorgée, jusqu’à s’en asphyxier et être incapable de s’en passer quand la manne s’est raréfiée. Avec la crise, elle est tarie, et les télés, radios et journaux « commerciaux » lancent des appels à l’aide désespérés au gouvernement, qui y « réfléchit ». L’argent public servira-t-il à compenser pour ces médias les millions d’euros déversés par les banques, les lessiviers, les constructeurs automobiles pour vendre leurs produits ? Sans compter que ces médias appartiennent presque tous à des groupes qui privilégieront toujours leurs intérêts premiers, qui le fret maritime (Bolloré), qui l’énergie (Kretinsky), qui le BTP (Bouygues), qui les télécoms (Drahi, Niel), etc., bien loin des enjeux démocratiques qui devraient régir le rôle de la presse.

Le tournant est là, et il vaut pour le paysage médiatique comme pour l’ensemble de l’économie : la sortie de crise ne sera-t-elle qu’un sauvetage du monde d’avant, ou l’opportunité historique de rebâtir autrement, plus viable, plus durable, plus juste ? Même si la crise aura sans doute des conséquences pour l’économie du journal, elle ne remet pas en cause notre choix historique d’indépendance. Politis ne mourra jamais de la chute d’un cours de Bourse ou du caprice d’un industriel. Merci de votre soutien, bonne lecture de ce numéro et des suivants.


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