Même le rebut manque

Glaneurs, biffins, ferrailleurs… Ceux qui vivaient de la récup’ se retrouvent totalement privés de ressources avec le Covid-19.

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Dans les supermarchés, des pancartes sont apparues en tête de rayon. Elles affichent toutes le même message : « Chers clients, n’achetez pas plus que nécessaire pour éviter une pénurie. » Certains étals sont pourtant désespérément vides. Pour ceux qui ont l’habitude de récupérer des produits tout juste périmés au fond d’une poubelle ou des paniers de légumes qui n’auraient pas trouvé acquéreur sur les marchés, l’effet de la pénurie est bien plus cruel.

« Les gens qui n’avaient pas les moyens de faire leurs courses dans la grande distribution avant la crise sanitaire ne les ont pas davantage aujourd’hui », relève Mathieu Jeanvrain, coordinateur de l’aide alimentaire pour l’association Cœurs résistants à Rennes. Habituée à organiser des maraudes pour les plus démunis, notamment avec des paniers issus du glanage des fins de marché, l’association a dû repenser toute son activité dès le 17 mars. Aidée par des acteurs historiques comme les Restos du cœur ou la Croix-Rouge, elle livre depuis le début de la crise près de 5 000 paniers de courses chaque semaine aux plus précaires de -l’agglomération bretonne. Faute d’accès à des collectes alternatives de produits de première nécessité, le constat de Mathieu Jeanvrain est sans appel : « Je peux vous dire qu’on voit une partie de la population basculer dans la pauvreté. Avec cette crise, on se prend en pleine face des années et des années de mauvaises politiques sociales. »

Des « mauvaises politiques » également subies de plein fouet en région parisienne par les membres de l’association Amelior. Depuis 2012, elle fédère le travail des biffins (1) et recycleurs d’Île-de-France et réclame auprès de l’État la reconnaissance de leur activité comme un travail à part entière. « Utile au même titre que celui des éboueurs », précise Samuel Le Cœur, fondateur et président de l’association. Sans succès.

Pourtant, cette reconnaissance aurait permis aux quelque 500 membres qui vivent des déchets (collecte, valorisation et revente sur les marchés) d’être protégés pendant une période de crise comme celle-ci. « Depuis le 17 mars, ils n’ont plus un euro en poche, déplore le président de l’association. On est habitués à gérer l’urgence économique. Là on se retrouve à gérer l’urgence humanitaire. » Depuis un mois, les camions d’Amelior ne transportent plus d’objets de récupération ou de ferraille, mais des denrées alimentaires pour garantir la survie des familles vivant de ce travail. Elles résident essentiellement en bidonvilles, squats et dans des quartiers populaires de banlieue parisienne. Plus que la levée hypothétique du confinement le 11 mai, l’association attend surtout la réouverture des marchés le plus tôt possible, dans le respect des normes sanitaires et avec l’aval des autorités. Sans quoi, « des milliers de personnes vont crever de faim ».En attendant, elle se dit prête à la collecte des encombrants, dépôts sauvages et autres déchets qui jonchent les villes confinées.

(1) Ce terme qui désignait autrefois les chiffonniers des puces de Saint-Ouen est aujourd’hui employé pour les personnes qui ramassent fripes et objets dans les poubelles pour les revendre.


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