Crise du logement : à quoi pourrait ressembler un modèle pérenne de logement ?

Aujourd’hui dans la série #DéconfinonsLesIdées, Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre, lance des pistes pour répondre à la crise du logement. Pour lui, les solutions pour en venir à bout existent déjà et passent notamment par un encadrement des loyers et un développement du parc social.

Marie Toulgoat  • 8 mai 2020
Partager :
Crise du logement : à quoi pourrait ressembler un modèle pérenne de logement ?
© PHOTO : Réhabilitation du quartier de Bataclan à Bordeaux (Philippe Roy / Aurimages via AFP)

Depuis l’entrée en confinement le 17 mars, les conséquences de la crise du logement sont amplifiées. Avec l’interdiction de quitter son domicile, de nombreux ménages se retrouvent contraints de vivre dans des habitats insalubres ou surpeuplés. D’autres, frappés économiquement par la pandémie, sont dans l’incapacité d’honorer leur loyer. Comment répondre à la crise du logement dignement ?

Pour Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre, les solutions existent déjà mais sont mal employées. Entretien.

Ils existent déjà des outils qui luttent contre la crise du logement, sont-ils efficaces ?

Manuel Domergue : Ce sont des outils qui ont fait leurs preuves, encore aujourd’hui, mais qui sont attaqués, notamment par ce gouvernement.

Le premier outil, ce sont les aides au logement. En France, nous avons la chance d’avoir des aides personnelles au logement (APL) à hauteur de 16 milliards d’euros par an environ pour les personnes à bas revenus. C’est un outil qui est bien ciblé et intelligent pour ceux qui veulent louer un appartement. Mais ces aides sont rabotées d’année en année, alors que les loyers augmentent. Depuis 2017, on compte 3,9 milliards d’euros de coupes dans les APL.

Le second outil, c’est le parc social : on est un des pays les plus dotés en HLM. Cet outil marche assez bien et les niveaux d’investissements publics sont assez importants. Et puis les loyers sont bas sans dividendes aberrants. C’est intelligent, sauf que ça a encore été largement rogné financièrement. En 2016, les aides à la pierre pour le financement de logements sociaux étaient d’environ 250 millions d’euros, il n’y en a plus depuis 2019. À noter qu’il subsiste encore quand même des avantages fiscaux pour le secteur HLM.

Mais, depuis 2017, le secteur du logement est celui qui a été le plus mis à contribution par la rigueur budgétaire. Les APL et les HLM sont moins efficaces puisque moins financés. On en paye le prix aujourd’hui avec une politique du logement insuffisante. Il ne faut pas non plus oublier que la crise du logement, c’est aussi le reflet d’un tas d’autres politiques qui dysfonctionnent, comme l’aide sociale à l’enfance, l’accueil des demandeurs d’asile ou la psychiatrie. Tout ça vient amplifier l’ampleur du problème.

Puisque ces outils dysfonctionnent, à quoi devrait ressembler un modèle pérenne du logement ?

D’abord, il faudrait un marché immobilier et de la construction fortement régulé pour ne pas construire n’importe où et n’importe comment. On ne peut plus construire sans prendre en compte les enjeux écologiques et les deux doivent aller de pair. Il faut pour donc pour cela une planification foncière démocratiquement gérée par les collectivités.

Ensuite, les loyers devraient être encadrés. On comprend que tout le monde ne peut, ni ne veut, habiter dans le parc social. Le marché locatif privé doit être encadré avec des niveaux de loyers maximaux à ne pas dépasser. Aujourd’hui, dans les plus grosses métropoles, on atteint des montants aberrants, faute de courage politique.

Politis lance la série #DéconfinonsLesIdées. Chaque jour, nous soulevons une question qui répond à la crise du #covid19 et à ses causes profondes, et proposons une solution grande ou petite. Une série pour inspirer votre réflexion et susciter le débat.

Pour finir, une politique du logement efficace serait de mettre en place un parc social plus important. Il existe beaucoup de zones tendues où il y a une forte demande locative, et c’est indispensable que le parc social puisse venir en aide aux personnes qui ne peuvent pas payer les prix pratiqués. Aujourd’hui, il y a 5 millions de logements sociaux et il en faudrait plusieurs millions supplémentaires pour s’adapter à la demande. Il faut savoir qu’actuellement 2 millions de ménages sont en attente d’un logement social.

Les solutions que vous proposez restent majoritairement aux mains des pouvoirs publics, qui en font pourtant de moins en moins en matière de logement. Comment faire pour leur forcer la main ?

Le budget public pour le logement est de 40 milliards d’euros par an. Il est donc évident que les réponses doivent venir des pouvoirs publics puisque l’État et les collectivités sont ceux qui ont les moyens financiers. Mais les associations ont aussi un rôle très important à jouer, non pas pour se substituer à l’État, mais pour le devancer. Leur objectif, c’est de signaler quand il y a des trous dans la raquette, mais aussi de dénoncer publiquement et de proposer des solutions. La crise du logement ne doit pas se résorber par la générosité du public, mais par des politiques publiques.

Idées
Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Henri Krasucki, la dignité par le combat
Témoignage • 25 septembre 2026 abonné·es

Henri Krasucki, la dignité par le combat

Dans un témoignage posthume sur sa jeunesse ouvrière, puis comme cadre des jeunes résistants FTP-MOI à Paris, jusqu’à sa déportation à Auschwitz, le syndicaliste révèle son humanisme et son respect pour le travail, l’engagement et la culture.
Par Olivier Doubre
Olivier Faure : « Je ne vois pas ce qui pourrait conduire vers une autre décision que la censure »
Entretien • 21 septembre 2026 libéré

Olivier Faure : « Je ne vois pas ce qui pourrait conduire vers une autre décision que la censure »

Alors que le gouvernement prépare un plan d’économies budgétaires inédit et que les divisions à gauche persistent, le candidat à la primaire sociale-démocrate défend une autre voie : justice sociale et fiscale renforcée, investissements écologiques ambitieux et rassemblement des gauches autour d’un projet commun. Il expose sa vision d’une «France vivante» et les contours de sa candidature.
Par Lucas Sarafian
« La technologie n’est pas intrinsèquement fasciste »
Entretien • 17 septembre 2026 abonné·es

« La technologie n’est pas intrinsèquement fasciste »

Dans La Sommation technologique, l’essayiste et sociologue Irénée Régnauld analyse le terreau « technofasciste » en France et invite la gauche à s’emparer du « paradoxe numérique ».
Par Thomas Lefèvre
Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »
Entretien • 15 septembre 2026 abonné·es

Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »

Lancées avant l’été, les mobilisations autour de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ont repris partout en France. Emmanuelle, du collectif #NousToutes, et Suzy Rojtman, du Comité national pour les droits des femmes, participent à deux initiatives distinctes, qui mettent en exergue les dissensus au sein du mouvement féministe.
Par Salomé Dionisi