Le circuit-court : modèle d’avenir face aux crises sanitaires ?

Aujourd’hui dans #DéconfinonsLesIdées, nous nous interrogeons sur l’avenir du circuit court. Ce modèle a séduit de nombreux nouveaux consommateurs pendant le confinement. Mais peut-il se généraliser au long terme ? Sans doute pas sans l'appui des collectivités ni de politiques agricoles pensées en sa faveur.

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Il a fallu attendre 2009 pour que le ministère de l’Agriculture lui donne une définition : sans limites géographiques, le circuit court désigne un mode de commercialisation des produits agricoles soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire. Dans les faits, il se développe surtout à l’échelle locale, voire régionale, et entend se différencier de la grande distribution par la qualité des produits vendus. Mais ce modèle de consommation sans intermédiaire (ou presque) ne date pas d’hier. La pratique s’inscrit dans une tradition spécifiquement française de marchés en plein air et de vente à la ferme, mise à mal par l’avènement de la grande distribution au XXe siècle.

Une enquête réalisée en 2013 par des instituts de recherche en agronomie révèle que la part de circuit court dans les achats alimentaires représentait environ 10 % du panier des Français·es. D’après Yuna Chiffoleau, agronome et chercheuse à l’INRA, ce chiffre pourrait atteindre les 20 % depuis le début de la crise sanitaire. « Ce regain d’intérêt pour le circuit court n’est pas anecdotique. On l’a déjà observé au moment de la crise de la vache folle, de l’épisode de grippe aviaire ou lors de crises dites de tromperie avec les lasagnes de cheval. » Cette fois, avec la crise du Covid-19, ce mode de consommation répond aussi à d’autres préoccupations : « Celles de soutenir les producteurs près de chez soi et de faire attention à sa santé, en consommant de bons produits pour mieux résister à la maladie. »

30 % de clientèle nouvelle

Selon Michel Vampouille, président de la fédération Terre de Liens (qui achète des terres agricoles pour les proposer à la location à des paysan·es via un bail rural environnemental), les agriculteurs·rices membres de sa fédération ont observé une hausse de 30 % de leur clientèle en circuit court.

La période a permis de prendre du temps pour réfléchir à notre façon de consommer, et de passer le cap de changer ses habitudes pour certains. Nous sommes à un moment où cela peut basculer.

Cette bascule, Bruno Parmentier, économiste et ancien directeur de l'École supérieure d'agriculture d'Angers, n’y croit pas. Pour lui, « ce n’est pas un phénomène économique, c’est un phénomène culturel ». S’il croit au développement du circuit court dans des zones rurales, sa faisabilité à l’échelle des grandes villes lui paraît impensable : « Il faut imaginer que 12 millions de personnes vivent en région parisienne et, qu’en moyenne, chacun·e avale une tonne par an : 600 kilos de liquide et 400 kilos de solide. Les grandes villes auront toujours besoin de passer par l’approvisionnement industriel pour répondre à une équation de cette ampleur. » Plutôt que de s’interroger sur le nombre d’intermédiaires qui ont été en jeu dans la vente du produit, l’économiste préconise de repenser dans son ensemble notre façon de nous alimenter, notamment en réduisant les apports en protéine animale pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

« On sort progressivement des clichés du bobo urbain élitiste »

Avec le développement de plateformes numériques et de livraisons à domicile, la chercheure Yuna Chiffoleau croit à l’inverse que cette crise a pu permettre à des consommateurs éloignés de ce modèle d’en découvrir les bienfaits :

Les nouveaux acheteurs ont pu se rendre compte que ce n’était pas si coûteux, que les produits proposés étaient variés et que cela n’implique pas de démarche militante ! On sort progressivement des clichés du bobo urbain élitiste.

La donne pourrait aussi changer avec l’appui de collectivités, en passant par la restauration collective dans les cantines scolaires et d’entreprises. Michel Vampouille, de son côté, attend une réponse politique globale : « Pour que nos belles expériences se généralisent et n’aggravent pas la fracture entre ceux qui ont accès aux circuits courts et ceux condamnés à la malbouffe, il faut repenser la politique agricole commune. » Notamment en facilitant le développement des installations agricoles sur le territoire et la diversification de leur production afin de répondre à cette nouvelle demande croissante de proximité.


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